Pourquoi le prix du carburant atteint un nouveau record alors que le baril n’est même pas à son maximum
Les prix des carburants atteignent de nouveaux records. Ce mercredi 9 septembre, le gazole se paie en moyenne 2,29 euros le litre en France, le SP95-E10 autour de 2,12 euros, et l’essence SP98 atteint 2,21 euros le litre en moyenne. Sur une semaine, le gazole a progressé d’environ 6 à 7 centimes le litre selon les bases de prix consultées, tandis que l’E10 a gagné environ 5 centimes.
Ces hausses sont malheureusement devenues habituelles ces derniers mois sur fond de guerre au Moyen-Orient. Le blocage du détroit d’Ormuz, principal canal par lequel transite une importante partie du pétrole mondial, fait grimper le cours du Brent, ce qui se répercute nécessairement sur les prix affichés à la pompe.
Mais cette fois-ci, le prix du pétrole brut est loin d’être à son maximum. Le baril de Brent, la principale référence du pétrole brut en Europe, évolue autour de 100,65 dollars ce mercredi. Il franchit d’ailleurs pour la première fois depuis le mois de juillet la barre symbolique des 100 dollars. Mais il est loin de son record de l’année. Au printemps, il avait atteint environ 126 dollars le baril, son plus haut niveau depuis mars 2022 après l’invasion de l’Ukraine.
Le prix à la pompe ne dépend pas uniquement du Brent
« Cet écart entre ce que vous payez et ce que vous voyez sur les marchés financiers, le Brent, n’a jamais été aussi fort depuis 15 ans », notait fin août la journaliste économique de BFMTV, Laure Closier. Alors, pourquoi cette différence ? « Le point essentiel est que le prix à la pompe ne dépend pas uniquement du Brent, c’est-à-dire du pétrole brut », souligne Patrice Geoffron, professeur à Dauphine et directeur du Centre de géopolitique de l’Énergie, au HuffPost.
Le prix des carburants est bien sûr influencé par le coût du baril, mais aussi par les coûts de raffinage du pétrole brut, le taux de change euro/dollar, les coûts de transport, le stockage et la distribution, ainsi que la marge des entreprises et les taxes qui pèsent à 60 % du prix final. Autrement dit, une baisse du Brent ne signifie pas mécaniquement une baisse équivalente du prix à la pompe. Et inversement, une hausse du pétrole n’est qu’une partie de la hausse finale. « C’est précisément sur ces produits finis que le choc est aujourd’hui le plus fort », ajoute le spécialiste.
« La principale raison de l’écart grandissant entre le brut et les prix des carburants en Europe, c’est que le problème tient de plus en plus au raffinage et à l’approvisionnement en produits finis, plutôt qu’à l’offre de brut uniquement », a expliqué Sumit Ritolia, analyste principal pour l’offre et la modélisation du raffinage chez Kpler, à Euronews. « Le brut peut être disponible, mais la capacité à le convertir en bons produits – en particulier du diesel – s’est nettement resserrée », a‑t‑il ajouté.
Le raffinage du pétrole délocalisé au prix fort
La guerre au Moyen-Orient ne perturbe pas uniquement l’approvisionnement en pétrole brut, elle réduit aussi les capacités disponibles pour transformer ce pétrole en carburants. Des installations de raffinage de la région ont été touchées et certaines fonctionnent avec des capacités réduites. « La situation est assez inédite » puisque deux conflits se cumulent et pèsent sur le pétrole mondial, estime Patrice Geoffron. Face au Moyen-Orient, il y a également la Russie : « Les perturbations touchant les raffineries et les exportations retirent une part importante de l’offre de diesel du marché international. » Selon Reuters, les conflits en Iran et en Ukraine ont contribué ces derniers mois à mettre hors service ou à réduire près de 9 % des capacités mondiales de raffinage.
Le pétrole brut doit donc être raffiné ailleurs. Une partie des flux se déplace vers d’autres grands centres de raffinage, notamment en Chine, en Inde et aux États-Unis. Et ça coûte donc plus cher : transports plus longs, main-d’œuvre… Ensuite, le marché mondial ne dispose pas instantanément d’une capacité de raffinage de remplacement équivalente à celle qui est perturbée. Les États-Unis font déjà fonctionner leurs raffineries à des niveaux élevés. Il en est de même pour l’Europe ou encore la France qui fait tourner ses six usines de raffinage à plein régime. Les capacités de raffinage disponibles ne suffisent donc pas à transformer suffisamment de brut en carburants, ce qui a une incidence directe sur les prix.
« Le phénomène est mondial et ne concerne pas seulement l’Europe. Aux États-Unis, pourtant à la fois grand producteur de pétrole et grand raffineur, le gallon de diesel a atteint environ 5,90 dollars en hausse de plus de 40 % », précise Patrice Geoffron. « L’Europe est particulièrement exposée, car elle consomme beaucoup de gazole et doit en importer », précise le professeur en économie.



