Ce que dit l’incapacité de Glucksmann à soutenir (sur le terrain) le mouvement lycéen
Un candidat empêché de se rendre sur la place publique. En pleine mobilisation de la jeunesse, et alors que d’importants rassemblements sont annoncés le 17 octobre autour de divers mots d’ordre, Raphaël Glucksmann reste à la maison. Certes il réaffirme régulièrement son soutien aux « revendications légitimes » des lycéens, mais n’apparaît jamais à leurs côtés sur le terrain. Même à Marseille début octobre, où il a rencontré des jeunes dans un bar, il a refusé de se rendre dans les cortèges. « Le rôle d’un politique n’est pas d’aller manifester mais d’apporter des réponses », argumente-t-il.
Sur ses réseaux sociaux, impossible de trouver la moindre image de lui devant un lycée bloqué ou en manifestation. Assez inhabituel pour un responsable politique de gauche, a fortiori à quelques mois d’une élection présidentielle. Le contraste est d’autant plus saisissant avec Jean-Luc Mélenchon, qui se démultiplie auprès de lycéens et d’étudiants en colère.
Le candidat de La France insoumise espère que « la mobilisation du 17 octobre sera un moment important où s’exprimera au même moment l’exaspération aiguë de très nombreux secteurs de la société ». Marine Tondelier et Fabien Roussel ont confirmé qu’ils seraient, eux aussi, dans la rue. Mais du côté de Raphaël Glucksmann, c’est silence radio. Malgré plusieurs tentatives, Le HuffPost n’a pas réussi à savoir si l’eurodéputé prévoyait de se rendre dans les défilés du 17 octobre.
Il faut dire que dans le passé, plusieurs expériences ont tourné au cauchemar. Comment redescendre dans la rue après l’échec du 1er mai 2024 où, à Saint-Étienne, il avait été exfiltré sous les huées ? « À bas le parti socialo » ou encore « Glucksmann casse-toi, Sainté n’est pas à toi », pouvait-on entendre de la bouche de manifestants, remontés contre un Raphaël Glucksmann contraint de quitter les lieux, exfiltré capuche sur la tête, sur fond de très fortes tensions à gauche en amont des européennes, marquées notamment par des attaques aux relents antisémites.
« C’est dégradant »
Depuis, les mêmes déconvenues se sont reproduites. Le 7 septembre, lors d’un rassemblement en faveur de la loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants à Paris, il est interpellé par une manifestante qui lui reproche d’appartenir à « la fausse gauche » et d’être entouré de macronistes. La séquence devient virale, et gâche le déplacement de l’eurodéputé.
Même dimanche soir, il n’a pas pu profiter pleinement de sa victoire à la primaire, bousculé par un homme qui lui a jeté un sac de farine à la figure. « Une tarte à la crème dans la gueule ou une enfarinade réussie, c’est dégradant », reconnaît alors un proche de Raphaël Glucksmann dans L’Opinion. D’autant plus que ces incidents pourraient être amenés à se reproduire et à coller à la peau du candidat pendant toute la campagne. « Chaque événement qu’on organise, chaque manifestation dans laquelle on se rend, il y a des militants insoumis qui harcèlent, insultent, enfarinent ou menacent », a-t-il dénoncé lundi matin sur France Inter. Dans son entourage, on fait mine de ne pas s’y intéresser, balayant « un non-sujet ».
Opposition frontale à LFI
Pourtant, comme le révèle La Tribune dimanche, la question est prise au sérieux par ses équipes qui ont fait une « demande formelle » à l’État. « Il est temps que l’État réfléchisse à un dispositif pour assurer sa sécurité », assure le sénateur PS Alexandre Ouizille auprès de nos confrères, dénonçant « une sorte d’empêchement démocratique ».
Désormais, un dilemme se pose au candidat. Aller en manifestation au risque de se faire conspuer, ou ne pas y aller et être accusé de déserter ? Reste un non-dit. Si Raphaël Glucksmann est tant malmené sur le terrain c’est peut-être parce qu’il suscite un certain malaise dans le peuple de gauche.
Comment expliquer, sinon, que les autres responsables de son camp ne reçoivent pas un tel accueil ? « Bien sûr que je ne plais pas à tout le monde à gauche », avait concédé Raphaël Glucksmann début septembre, après avoir été chahuté à Paris. Et pour cause : l’un de ses marqueurs importants repose sur l’opposition frontale à La France insoumise.
Encore cette semaine, il est présenté en une du Point comme « l’homme qui veut libérer la gauche de Mélenchon ». En pages intérieures, il déroule ses marottes habituelles et accuse le mouvement de gauche de « se prosterner devant les tyrans » et de « surfer sur les fièvres identitaires ». Difficile ensuite, dans des manifestations peuplées de nombreux militants ou électeurs de Jean-Luc Mélenchon, d’être accueilli avec des roses.
« Il prête le flanc à être taxé de droite »
Le revirement est total pour un Raphaël Glucksmann qui est entré en politique sur le thème de la jeunesse. En 2021, il a même sorti un livre intitulé Lettre à la génération qui va tout changer (Allary éditions), dans lequel il appelait les jeunes à faire « irruption sur la scène politique ». Sur Instagram, où il était extrêmement suivi (le nombre de ses followers est désormais en baisse), Raphaël Glucksmann réussissait à séduire une partie de la jeunesse notamment via son combat pour les Ouïghours.
« Aujourd’hui, les Ouïghours, il n’en parle plus. Il ne porte aucun combat, il se contente de dire “Pas Mélenchon”. Il a prêté le flanc à être taxé de droite et ne peut plus parler à la jeunesse », regrette un élu de gauche auprès de l’AFP. La preuve : aucune des figures qui ont émergé au cours de la mobilisation lycéenne ne s’est réclamée d’une quelconque proximité avec Raphaël Glucksmann. « Je ne pense pas qu’il serait accueilli avec beaucoup d’ovations parce que je considère qu’il n’est pas de gauche, au vu de toutes les positions qu’il a prises », a même estimé l’ancienne présidente de l’Union syndicale lycéenne Sofia Tizaoui sur BFMTV.
Selon un récent sondage Ipsos-BVA, les jeunes de 18 à 24 ans sont largement acquis aux idées de Jean-Luc Mélenchon, qui recueille de 41 à 43 % d’intentions de vote. Très loin devant Raphaël Glucksmann, qui plafonne à 5 ou 6 %.


