Politique

Sur France 2, Philippe refuse de jouer « le bon pote » en pariant sur le sérieux et la sueur

Un grand oral de bon élève. Édouard Philippe a inauguré le retour de l’émission L’heure de Vérité, sur France 2, ce jeudi 8 octobre, un rendez-vous que ses proches présentaient comme capital à sept mois du premier tour de la présidentielle. Fidèle à lui-même, il a endossé le costume du candidat sérieux qui refuse de « raconter des craques » aux Français dans « un moment dangereux » pour le pays.

Pendant près de deux heures, l’ancien Premier ministre a défendu ses constats et ses propositions en matière d’économie, de défense, d’immigration ou encore d’écologie. À l’aise sur l’ensemble des sujets abordés par les six intervenants, même sa réforme des retraites à 65 ans, il ne s’est jamais départi de son vocabulaire grave, « vertigineux » selon ses mots, pour qualifier l’état du pays et la tâche qui attend le futur président de la République.

Ses soutiens espéraient qu’il trace un cap, et qu’il parvienne à embarquer la population (ou une partie) autour d’un projet fédérateur pour se hisser au second tour. Il peut tenir en quelques mots, prononcés par le principal concerné dans les dernières minutes de son émission : « j’aspire à la puissance, la confiance, la fierté (…) mais si la part de rêve consiste à faire prendre des vessies pour des lanternes aux Français, alors ce ne sera pas moi ».

Philippe le déterminé

De fait, le maire du Havre jouait gros face à Caroline Roux et ses comparses. Candidat à l’Élysée depuis septembre 2024, il jouit certes toujours du statut de favori au sein du bloc central, récoltant, selon les sondages, davantage d’intentions de vote que les autres héritiers du macronisme. Mais sa popularité s’érode dangereusement depuis plusieurs mois, abîmée sans doute par la primaire sauvage avec Gabriel Attal. Il est désormais talonné par Jean-Luc Mélenchon, loin derrière Marine Le Pen.

Ce jeudi, Édouard Philippe a donc pris soin de répondre en plusieurs points à ceux qui doutent encore de sa détermination au sein de son camp, et à ses adversaires qui s’attachent à le dépeindre en « flemmard. » Sur le fond, le Normand a répété son intention, s’il est élu, de gouverner par ordonnance dès le mois de juillet 2027. Il proposerait en tout une vingtaine de textes (sur la santé ou la justice, si l’on se réfère à ses déclarations passées) pour mettre fin à « cet état d’indécision, d’indétermination dans lequel vit le pays depuis au moins 2024. »

Toujours dans cette optique volontariste, l’ancien Premier ministre n’était pas venu les mains vides sur le plateau de France 2. Attendu au tournant sur le programme « massif » qu’il promet depuis plusieurs mois, Édouard Philippe a fait plusieurs propositions nouvelles, à l’attention des familles, en promettant une allocation sociale unique de 350 euros dès le premier enfant, en matière d’immigration légale (qu’il souhaite réduire de moitié) ou de réduction de la fonction publique (en ne remplaçant qu’un tiers des 750 000 départs à la retraite).

Rien pour gommer la raideur

Le fond de sauce, lui, est connu. Pour le maire du Havre, les Français doivent se préparer à faire des efforts supplémentaires, « pas de sang ni de larmes, mais de la sueur », en acceptant de travailler plus longtemps « pour s’en sortir. » Il a d’ailleurs revendiqué le principe de « travailler plus pour gagner plus » cher à Nicolas Sarkozy.

Si l’objectif semble réussi concernant sa détermination, même dans l’attitude, quand il a martelé plusieurs fois son souhait de « commander la France », les choses sont quelque peu différentes sur les autres défis que l’ancien Premier ministre doit relever pour relancer sa candidature. Il était notamment plus à la peine pour évoquer sa vie privée ou son style en cas de victoire le printemps prochain, autrement dit, au moment de « fendre l’armure » pour rompre avec une forme de raideur qui colle à son image. En guise de confessions, les téléspectateurs n’auront eu à se mettre sous la dent que quelques anecdotes familiales, et son refus anticipé de vivre à l’Élysée après son élection.

Difficile aussi, de déceler le projet susceptible d’enthousiasmer une majorité de la population, à l’heure où celle-ci réclame un changement net par rapport aux politiques conduites ces dernières années. Il ne veut pas être celui qui va raconter aux Français « ce qu’ils ont envie d’entendre parce que ça fait du bien ». Pas un « bon pote » ni un « type rond, sympa ». Là aussi, on peine à déceler la rupture.