Ne soyez pas surpris si ce film de super-héros n’en est pas vraiment un
Au milieu d’une semaine chargée dans les salles obscures, un film pourrait bien tirer son épingle du jeu grâce à un parti pris surprenant. Estampillé DC Studios, ce long-métrage s’appelle Clayface. Un nom qui devrait parler aux fans de Batman.
En salle ce mercredi 21 octobre, ce film tiré de l’univers des comics DC s’annonce comme une proposition particulièrement osée dans l’univers cinématographique de super-héros initié par le réalisateur James Gunn depuis son film Superman en 2025.
L’histoire ? C’est celle de Matt Hagen (Tom Rhys Harries), un jeune acteur de Gotham promis à une brillante carrière. Sauf que son ascension est brutalement stoppée lorsqu’il est défiguré par un baron du crime. Désespéré puisqu’incapable d’exercer son métier, il accepte un traitement expérimental pour retrouver son visage. Sans surprise, la transformation échoue et altère encore plus le corps de Matt. Alors qu’il sombre dans une spirale de vengeance, il devient peu à peu Clayface, l’un des adversaires les plus singuliers de Batman.
Bien que ce film soit intégré à l’univers superhéroïque du plus grand concurrent de Marvel, les capes et autres superpouvoirs ne seront pas de la partie dans ce film assumant d’explorer le body horror. Un genre horrifique dans lequel s’inscrivent des films dérangeants comme The Substance, Titane, The Thing, Videodrome ou La Mouche.
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Un vilain de seconde zone au premier plan
Clayface (en VO) ou Gueule d’Argile en français, est un supervilain de l’univers Batman dont la première apparition remonte aux années 1940. La première version du personnage, nommée Basil Karlo, est celle d’un acteur raté en quête de vengeance. Pour ce film, le réalisateur James Watkins a choisi de mélanger les adaptations en s’appuyant sur l’identité d’une autre version du Clayface des comics, celle de Matt Hagen. Apparue en 1961, cette deuxième itération de Gueule d’Argile est celle d’un aventurier et chasseur de trésor transformé au contact d’une étrange fontaine de glaise radioactive lui offrant des pouvoirs métamorphes.
Si le personnage n’est jamais apparu dans un film live action Batman au cinéma, les amateurs d’animation l’ont forcément croisé dans un double épisode mémorable de l’excellente série animée Batman des années 1990 ou plus récemment avec une version bien plus légère dans la série animée Harley Quinn sur HBO.
Pour le troisième film de son univers (après Superman et Supergirl), James Gunn mise donc sur ce méchant de seconde zone du panthéon des vilains de Gotham City. En souhaitant bousculer les attentes des fans. Il faut dire que ce personnage bénéficie de son propre film alors que Batman n’a toujours pas été introduit dans l’univers de James Gunn. Il faut en effet rappeler que si ce personnage est historiquement rattaché au Chevalier Noir, Clayface n’est pas relié à The Batman avec Robert Pattinson, bien qu’au départ, Clayface ait été imaginé comme un spin-off de ce film, avant d’être finalement rattaché à l’univers cinématographique développé par James Gunn, le DC Universe.
Assumer le pas de côté
Cette dernière décision s’inscrit dans une volonté plus large du studio DC dirigé par James Gunn depuis 2022. Comme pour The Penguin, hommage appuyé à la série Les Sopranos ou la récente série Lanterns lorgnant du côté de True Detective, Clayface a pour mission de sortir des codes classiques de l’adaptation super-héroïque imposés par Marvel depuis 2008, où tout se ressemble, se recoupe et s’imbrique en un tout homogène. Venant lui-même du cinéma bis et horrifique, James Gunn assume vouloir mettre en vedette des personnages plus bizarres et surtout moins attendus du grand public. À ce titre, il a été convaincu de miser sur Gueule d’Argile après avoir découvert un scénario original proposé depuis plusieurs années par le réalisateur et nouveau maître de l’horreur Mike Flanagan (Carrie, Doctor Sleep, The Haunting of Hill House).
Bien aidée par le succès commercial (et critique) du film Joker de Todd Philips en 2019, l’idée d’un nouveau film explorant l’origin story d’un supervilain sans faire de lien évident avec Batman a ainsi pu voir le jour. Avec cette fois un accent horrifique prononcé, puisant dans le style body horror de cinéastes tel que David Cronenberg, là où Joker s’inspirait plutôt des films de Martin Scorsese. Si Mike Flanagan a dû renoncer à la réalisation de Clayface pour se concentrer sur d’autres projets, James Watkins (Speak No Evil, La Dame en noir) a accepté le poste en s’appuyant sur l’histoire de Mike Flanagan.
Et comme le relèvent Forbes et Variety, le pari semble plutôt réussi, au regard des premiers retours américains. « Un ajout génial à l’univers DC, qui ne nécessite aucune connaissance préalable de l’univers pour être apprécié », souligne aussi le rédacteur en chef de Collider, qui vante un film « rempli de scènes brutales » et un « public choqué à plusieurs reprises ». « Des moments sombres et macabres, des idées tordues », relève de son côté le youtubeur Brandon Davis. En France, le rédacteur en chef du site spécialisé Comicsblog.fr est plus mesuré en évoquant sur X « un petit film d’horreur satisfaisant qui a quelques bonnes idées de mise en scène et suffisamment de sang pour justifier » sa limite d’âge pour les jeunes spectateurs. « Ni désagréable, mais pas inoubliable non plus », résume-t-il. À voir, donc, à condition d’avoir l’estomac bien accroché…



