Culture

« American Nightmare », la nouvelle réf (un peu facile et vite récupérée) pour parler du chaos du 17 octobre

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Si Hunger Games ou le manga One Piece servent de point d’ancrage pop culturel pour les étudiants et bon nombre de manifestants réunis samedi 17 octobre en France, une tout autre franchise s’invite comme nouvelle référence après les événements violents perpétrés en marge de cette même mobilisation du 17 octobre.

Son nom ? The Purge, ou American Nightmare en français. Une série de cinq films horrifiques et dystopiques sortis entre 2013 et 2021 dans laquelle les États-Unis, dirigés par un régime réactionnaire, autoritaire et policier, ont instauré une purge annuelle, sorte de catharsis nationale pour évacuer la violence. Une fois par an, il est donc permis de régler ses comptes ou de s’adonner aux pires actes sans risquer de poursuites. Un défouloir extrême jugé comme un « mal nécessaire » par le héros du premier volet.

Baptisée « La Purge », cette période de 12 heures débute à la nuit tombée et s’achève au petit matin. Pendant ce laps de temps, tout est permis : meurtres, pillages, violences urbaines… Écrit et réalisé par James DeMonaco, le premier film American Nightmare avec Ethan Hawke dans le rôle principal avait été un succès inattendu au box-office, surtout avec son budget de 3 millions de dollars. Depuis quatre autres films et une série ont vu le jour.

« Ceci n’est pas un exercice. Ce message d’alerte annonce le commencement de la purge annuelle ratifiée par le gouvernement des États-Unis. L’usage d’armes de classe 4 ou inférieures est autorisé pendant la purge. Toutes les autres armes sont interdites. Les membres du gouvernement de niveau 10 bénéficient d’une immunité totale pendant la purge et ne doivent pas être agressés. Dès que retentira la sirène, tout crime y compris celui d’homicide sera légal pendant les douze heures qui suivront. La police, les pompiers et les services d’urgence médicale seront indisponibles jusqu’à 7 heures demain matin, heure où la purge se terminera ». Le message d’alerte annonçant le début de la purge dans les films American Nightmare.

Dans la pop culture, cette franchise s’est rapidement bâtie une solide réputation de divertissement violent et décomplexé. Son concept a depuis été parodié dans la série Rick et Morty ou repris (comme une blague ?) par Donald Trump lors d’un meeting pour la présidentielle américaine de 2024. En 2015, le hashtag #BaltimorePurge avait également vu le jour en marge d’émeutes dans cette ville du Maryland après le décès d’un Afro-américain arrêté par la police.

Une comparaison qui peine à convaincre

Depuis samedi 17 octobre, American Nightmare sert aussi de référentiel sur les réseaux sociaux pour qualifier les images des scènes de chaos filmées en marge des manifestations pacifiques organisées un peu partout en France. « On est en France ou dans American Nightmare ? », « La France est devenue un American Nightmare », « J’me réveille et je vois que la France c’est devenu American Nightmare ? », peut-on lire en ligne sur X, TikTok ou Instagram. D’autres vidéos relayant les violences urbaines de samedi ajoutent le son de la fameuse sirène annonçant le début de la purge pour faire écho à celles visibles dans la franchise cinématographique.

En dehors du parallèle un brin caricatural avec un surgissement soudain de violence en milieu urbain, la comparaison avec American Nightmare s’arrête là. La franchise se distingue avant tout par son parti pris dystopique. D’autant plus que ce dernier s’inscrit dans un pays où la législation autour des armes à feu est diamétralement différente de celle de la France.

Les vidéos osant la comparaison s’appuient, elles, uniquement sur les images, certes impressionnantes, des pillages et de la casse. Ce qui évacue de l’équation le mouvement citoyen pacifique majoritaire qui s’exprime depuis plusieurs semaines à travers la gronde initiale des lycéens. La comparaison tient encore moins quand la police est présente sur les images : dans les films, la violence vient uniquement des citoyens, puisque la police ne travaille pas pendant la purge. Idem pour les hôpitaux, fermés pour l’occasion. Or, en France, les pompiers, le SAMU et autres street medic étaient plus que présents pour soigner les blessés.

Même chose pour la dimension politique des dégradations observées le 17 octobre. Le troisième film a beau montrer quelques attaques contre des figures de pouvoir, difficile de tirer un parallèle avec les incidents survenus samedi. Dans les films, on casse pour casser, et surtout parce que l’État le permet. Tout l’inverse de ce qu’il s’est passé à Limoges, Marseille ou Bordeaux, dont les mairies ou la résidence préfectorale ont été visées pour le symbole et dans l’illégalité la plus totale.

Instrumentalisation par l’extrême droite

Désormais ce sont des figures politiques d’extrême droite qui instrumentalisent cette comparaison en allant puiser dans ce référentiel culturel commun pour nourrir les craintes d’une partie de ses soutiens.

Marion Maréchal, eurodéputée d’extrême droite et nièce de Marine Le Pen, y fait par exemple référence en partageant une vidéo de violence filmée dans une salle des fêtes à Douai le 17 octobre. « Ceci n’est pas un épisode de La Purge. Ceci est ce que sont en train de vivre les Français livrés aux barbares », a-t-elle déclaré. Même combat pour la militante et influenceuse d’extrême droite Mila. « Maintenant que la nuit du French Nightmare est passée, vous comptez déployer l’armée quand ? », écrivait-elle sur X, en partageant une vidéo filmée lors de la manifestation parisienne où l’on peut voir des individus masqués devant un incendie.

La comparaison a pourtant bien du mal à tenir quand la franchise révèle peu à peu que le concept de purge est en réalité un prétexte politique pour renforcer les inégalités, en décimant volontairement les classes sociales les plus vulnérables dans le but d’alléger les dépenses de l’État en aide sociales, de santé ou de logement. Pour les plus riches, la purge permet aussi de s’adonner à des jeux macabres, renforçant leur sentiment de supériorité sur le reste de la société.

D’ailleurs, le deuxième film montre que les homicides (les « quotas d’extermination » du gouvernement) sont moins nombreux qu’attendus, obligeant le régime à employer des commandos secrets pour procéder à des exécutions de masses dans les quartiers défavorisés. Rien à voir, donc, avec les actes de violence condamnables, mais dissociables du mouvement de contestation plus large observé en France, bien que l’extrême droite s’en serve sans retenue pour servir un agenda politique plus large.