Le gros succès du cinéma d’horreur en 2026, n’est pas juste dû au carton « Obsession »
Les films d’horreur sortent de l’ombre. Zombies, tueurs en série et autre jump scares ont toujours eu une place dans les salles obscures. Ils ont désormais pignon sur rue et pas qu’en cette journée d’Halloween. En cause : une exposition revalorisée, un regard critique différent, et un renouveau du genre avec des réalisateurs indépendants.
Si vous êtes cinéphiles, vous n’avez pas pu passer à côté de ces phénomènes. Sorti en mai, Obsession a réalisé 525 millions de dollars de recettes dans le monde et totalisé plus de 1,8 million d’entrées en France. Backrooms sorti en juin a engrangé 400 millions de dollars et 1,4 million de places. Le dernier volet de la saga Resident Evil réalisé par Zach Cregger sorti le 16 septembre, totalise 385 millions de dollars de recette et a dépassé le million de spectateurs dans les salles françaises. Sorti le 9 octobre aux États-Unis, Malfaisante avec Jessica Chastain frôle déjà les 100 millions de dollars de recette.
Le succès des deux premiers peut s’expliquer par plusieurs facteurs. Ils ont été réalisés par des youtubeurs (Curry Barker et Kane Parsons) aux communautés importantes (et jeunes). Ils ont ainsi bénéficié d’un engagement fort, d’un gros bouche-à-oreille et d’un écho médiatique important, générant un phénomène culturel et des retombées en salles.
Ça c’est côté chiffres, mais côté statuettes aussi, 2026 fait date. Le film de vampires de Ryan Coogler Sinners, hit du box-office l’an passé avec 370 millions de recettes, a fini la saison des cérémonies de 2026 avec de très nombreux prix, notamment quatre Oscars dont celui du meilleur acteur pour Michael B. Jordan. L’autre carton « horrifique » de 2025, Évanouis de Zach Cregger est lui aussi reparti des Oscars avec le prix de la meilleure actrice dans un rôle secondaire pour Amy Madigan.
L’effet Get Out
Si le cinéma d’horreur de 2026 se distingue de celui des années précédentes, c’est qu’il vient confirmer une mutation. Les Dents de la mer, The Thing, Psychose, L’Exorciste, Massacre à la tronçonneuse, Halloween, Scream, Shining ou encore Blair Witch… Le septième art compte de très nombreux films d’horreur cultes (tous genres mélangés). Ces œuvres n’ont pas toutes été encensées par la critique, ni forcément explosé le box-office à leur sortie. Vues en général uniquement par un public cible averti, beaucoup ne sont devenues des références que bien après.
Ce qui n’a jamais empêché Hollywood de continuer à produire chaque année plusieurs films d’horreur présentant des menaces de types variés : démons, aliens, clowns tueurs ou humains contaminés. Il y a toujours eu un public pour l’horreur, genre consommé principalement par des spectateurs jeunes qui viennent au cinéma en groupe.
Les coûts de production sont par ailleurs plutôt bas (notamment si l’on compare aux films de super-héros), l’investissement en vaut en général la chandelle pour les studios comme le rappelle Raindance. C’est notamment le cas des slashers movies pour adolescents où la présence d’une superstar au casting n’est même pas nécessaire pour faire recette.
Il y a bien évidemment des exceptions : des films d’horreur (ou « de genre » ) unanimement ovationnés par les critiques cinéma et primés, d’autres auxquels le public s’est attaché. Mais un changement de perspective général a commencé à s’opérer en 2017 avec la sortie en salle de Get Out. Comme le souligne Russh, ce sont les nominations aux Oscars du long-métrage de Jordan Peele (dans les catégories reines de meilleur film, meilleure réalisation et meilleur acteur) et la statuette de meilleur scénario original qui ont changé la donne.
L’horreur sort du placard
Conséquence d’un cercle vertueux, l’horreur a progressivement gagné une place plus régulière en sélection (et dans les palmarès) des festivals de cinéma internationaux qui l’en excluaient souvent. Exemple avec la Palme d’or décernée à Titane de Julia Ducournau en 2021, le choc The Substance de Coralie Fargeat à Cannes en 2024, ou la sélection de La Spirale à Venise en 2026.
Ce changement d’image global, c’est également à une nouvelle génération de réalisateurs « indé » qu’on le doit comme le souligne le Guardian. Jordan Peele avec Get Out ou Nope, Ari Aster avec Hérédité ou Midsommar, Osgood Perkins avec Longlegs, Zach Cregger avec Barbarian, Julia Ducournau avec Grave, Sébastien Vaniček avec Vermines etc. Des cinéastes qui ont sorti le genre de son cadre et en ont modifié les codes un peu figés, tout en en conservant des ressorts efficaces essentiels.
Cette bascule est aussi visible sur le calendrier des sorties. Auparavant cantonnés à la période d’Halloween ou aux temps morts de l’été, les films d’horreur sont désormais programmés toute l’année. En 2027 par exemple, les spectateurs pourront découvrir River en janvier, In a Violent Nature 2 en février, L’Exorciste : Martyre avec Scarlett Johansson en mars, Monitor en avril, Anything but Ghosts (de Curry Barker) en mai, Sans un Bruit 3 en juillet ou encore le remake du Projet Blair Witch en septembre. Rien que cela.
L’objectif des films d’horreur n’a jamais été uniquement de « faire peur », comme le souligne Elle Canada. Le fond sociétal, le propos a toujours été là, mais disparaissait auparavant, aux yeux de beaucoup de spectateurs, sous les litres d’hémoglobine. Mais cette conjonction de facteurs a fait basculer la lecture critique qu’en a désormais un public élargi. Les costumes d’Halloween seront remisés au placard après le 31 octobre. Le cinéma d’horreur, lui, ne compte pas retourner dans la case où il était coincé depuis toujours.



