Les « midterms » pourraient voir la naissance d’une « taxe Zucman » inédite en Californie
La lecture de ce contenu est susceptible d’entraîner un dépôt de cookies de la part de l’opérateur tiers qui l’héberge. Compte-tenu des choix que vous avez exprimés en matière de dépôt de cookies, nous avons bloqué l’affichage de ce contenu. Si vous souhaitez y accéder, vous devez accepter la catégorie de cookies “Contenus tiers” en cliquant sur le bouton ci-dessous.
Qu’ont en commun Kim Kardashian, Mark Zuckerberg, George Lucas et Beyoncé ? Tous habitent en Californie, où ils font partie des plus de 250 milliardaires résidents de l’État. Quid de Peter Thiel, Steven Spielberg et des patrons de la tech Travis Kalanick (Uber), Meg Whitman (eBay), Sergey Brin et Larry Page (Google) ? Eux aussi sont multimilliardaires… mais ils viennent de quitter le Golden State pour un autre État de résidence.
Alors, Los Angeles, San Francisco, les plages interminables, les randonnées dans les parcs nationaux et les studios de cinéma ont-ils subitement perdu de leur attractivité ? Non, les midterms approchent. Et avec les élections de mi-mandat, un scrutin observé de toutes parts : le vote sur la « Proposition 40 ». Une mesure qui, si elle reçoit la majorité des suffrages ce mardi 3 novembre, imposera une taxe – inédite dans le monde – aux plus grandes fortunes.
Ce texte est une forme de « taxe Zucman » version californienne. Elle vise à ponctionner 5 % de la richesse des milliardaires installés dans l’État afin de financer essentiellement la Sécurité sociale (et un peu le système éducatif ainsi que les banques alimentaires). Mais il ne s’agit pas d’une taxe qui reviendrait chaque année à l’image de ce que prône l’économiste français, plutôt d’un one-shot. Ses promoteurs la présentent d’ailleurs comme une solution de court terme pour endiguer une situation catastrophique.
Un État plombé par la gestion de Trump
Ce projet est motivé par une donnée simple : avec cet impôt exceptionnel, la Californie lèverait autant qu’en une année d’impôt sur le revenu (soit environ 100 milliards de dollars). En faisant contribuer un peu plus de 250 personnalités richissimes (dont la fortune augmente davantage en moyenne chaque année que le montant de cette taxe, soit dit en passant), les caisses des services publics se verraient remplies d’autant que lorsque l’ensemble des contribuables paient leurs impôts pendant un an.
Le timing de cette « Proposition 40 » n’a donc rien d’anodin. Elle est soumise aux voix alors que Donald Trump gouverne aux États-Unis depuis près de deux ans, et qu’il a considérablement sabré dans les services publics que fournissait l’État fédéral (sur le conseil notamment d’Elon Musk et de son « Département de l’Efficacité gouvernementale »), la guerre en Iran produisant par ailleurs une flambée des prix tout comme les diverses brouilles commerciales déclenchées par les tarifs douaniers imposés à l’étranger. Avec pour conséquences une explosion du coût de la vie pour les Californiens, une crise du logement et des finances exsangues pour l’État local, contraint de se substituer au gouvernement.
D’où cette idée de « lever des dizaines de milliards pour dollars pour faire face aux défis actuels », comme le résume le California Budget and Policy Center, un think tank qui soutient la mesure. A fortiori dans un État où les industries du divertissement et de la tech ont permis à des individus de voir bondir leurs revenus, creusant les inégalités au point que la Californie accueille désormais plus de 4,5 millions d’Américains « pauvres », de très loin un record aux États-Unis.
Des fuyards et des manœuvres
À l’image de ce que propose Gabriel Zucman en France, les défenseurs de la proposition font le constat que les plus hautes fortunes paient proportionnellement beaucoup moins d’impôts que le reste de la population. Selon les estimations, les milliardaires paieraient environ 1 % d’impôts en Californie, bien moins qu’un employé de classe moyenne. Sont donc concernés les milliardaires (individus, couples mariés et trust, c’est-à-dire les patrimoines affectés par exemple aux enfants de grandes fortunes) établis en Californie au 1er janvier. Au total, selon les estimations, la fortune des quelque 250 concernés excéderait les 2 billions de dollars en français (soit 2 suivi de 12 zéros).
Face au risque pour eux que la mesure soit votée, de nombreux milliardaires ont donc fait leurs valises, décidant de s’enregistrer comme résidant en Floride, dans le Nevada ou au Nouveau-Mexique, à la fiscalité plus avantageuse. D’autres, sachant que le revenu qui sera considéré sera leur fortune au 31 décembre prochain, manœuvrent pour protéger une partie de ce qu’ils possèdent.
Fondateur de Facebook (et désormais de Meta), Mark Zuckerberg est allé encore plus loin. Après avoir menacé de quitter la Californie, celui dont les deux résidences principales sont situées en Californie, à Palo Alto, cœur de la Silicon Valley, et au lac Tahoe, a fini par passer un accord avec le géant qu’il a créé. Celui-ci compensera avec des actions les dix milliards de dollars que Zuckerberg (dont la fortune est estimée à plus de 200 milliards) devra verser à l’État de Californie si le texte passe. En clair, c’est Meta qui paiera la taxe à sa place.
La lutte des classes moderne
À l’heure où sont écrites ces lignes, les derniers sondages donnent la mesure battue dans les urnes, de quelques points. Un revirement (alors que le oui a longtemps mené dans les enquêtes d’opinion) notamment dû à l’intense lobbying des opposants au texte. Le libertarien Peter Thiel et l’ancien PDG de Google Eric Schmidt, qui font partie des immenses fortunes qui ont déménagé fin 2025, ont dépensé des dizaines de millions de dollars chacun pour tenter d’influencer le vote. Un récent article du New York Times chiffrait à 102 millions de dollars la participation du seul Sergey Brin à cette entreprise d’influence. Bien moins, certes, que les 10 milliards que lui aurait coûtés la proposition votée.
Le gouverneur démocrate de l’État Gavin Newsom s’est également opposé à la « Proposition 40 », en prenant pour argument ces milliardaires fuyant l’État. Car le dossier – qui reçoit à l’inverse le soutien fervent de Bernie Sanders ou des « Démocrates socialistes », branche la plus à gauche du parti à l’âne – est largement symbolique. Après avoir connu l’âge d’or du cinéma et de la musique, la Californie a continué à rayonner grâce à la Silicon Valley, cette région du nord de l’État où sont nés et ont grandi les géants d’Internet, de Google à Microsoft en passant par Apple et Facebook.
De quoi donner des airs de lutte des classes moderne au vote de ce mardi. Car si la mesure se retrouve sur les bulletins des Californiens ce 3 novembre, c’est parce que Dave Regan, le patron d’un syndicat d’employés du secteur de la santé, S.E.I.U.-United Healthcare Workers West, a contribué à recueillir des centaines de milliers de signatures de citoyens la réclamant. Une initiative militante et populaire qui pourrait désormais donner lieu à une première mondiale.



