Culture

160 personnalités, dont Annie Ernaux, soutiennent Sally Rooney dont les livres ont été retirés au Royaume-Uni

Dans une courte lettre ouverte publiée sur le site britannique The New Statesman ce mercredi 21 octobre, près d’une centaine de personnalités ont pris la défense de l’écrivaine irlandaise Sally Rooney, célèbre notamment pour son roman Normal People. « Sally Rooney est une écrivaine, pas une terroriste », ont écrit les signataires. Parmi eux figurent des grands noms de la littérature mondiale : la poétesse canadienne Anne Carson, dernière lauréate du prix Nobel, la Française Annie Ernaux, le Britannique Julian Barnes, l’Indienne Arundhati Roy et l’Irlandais Colm Tóibín.

Des personnalités qui dépassent le monde littéraire figurent parmi les signataires. La tribune recense en effet quelques têtes du cinéma et de la télévision, notamment Paul Mescal et Daisy Edgar-Jones, révélés dans l’adaptation cinématographique du best-seller Normal People, l’actrice Tilda Swinton, ainsi que le réalisateur britannique de La Zone d’intérêt, Jonathan Glazer.

L’arrêt de la mise en vente des livres de Sally Rooney

Si toutes ces personnalités réagissent, c’est dû à l’annonce de la semaine dernière : l’arrêt de la vente des ouvrages de Sally Rooney au Royaume-Uni. Pour rappel, l’écrivaine irlandaise est dans le viseur des autorités depuis son soutien à Palestine Action, un réseau de protestation classé comme terroriste par le gouvernement britannique en juillet 2025, suite à des actes de vandalisme perpétrés sur une base de l’armée de l’air. Depuis, tout soutien financier ou matériel au mouvement est prohibé.

Or, l’autrice avait annoncé en août 2025, dans une tribune publiée par The Irish Times, son intention de reverser une partie de ses droits d’auteur, y compris les redevances issues des adaptations télévisées de ses romans, à l’organisation pro-palestinienne.

Une mesure de censure, selon les signataires

Pour les signataires, l’arrêt des ventes des ouvrages de l’autrice constitue « une atteinte aux principes fondamentaux de la liberté d’expression, si longtemps tenus pour acquis dans ce pays (le Royaume-Uni) ». Ils dénoncent ainsi une mesure « fondée sur une législation antiterroriste mal conçue et draconienne ». « Nous rejetons catégoriquement la censure, qu’elle soit directe ou indirecte », dénoncent-ils, appelant le gouvernement du travailliste Andy Burnham à « changer de cap, en modifiant la législation qui nous a conduits à ce point d’absurdité répressive ».

Huda Ammori, la cofondatrice de Palestine Action, s’est lancée dans un bras de fer judiciaire avec le gouvernement pour faire annuler l’interdiction. Depuis cette décision gouvernementale, plus de 3 700 personnes ont été interpellées lors de manifestations de soutien, selon le collectif Defend Our Juries. Une audience est prévue début novembre devant la Cour suprême britannique.