La hausse du taux d’emprunt de la France cache de mauvaises nouvelles pour nos portefeuilles
La France vit des heures économiques compliquées. Illustration ce mercredi 21 octobre quand elle a brièvement emprunté à un taux de plus de 5 % sur dix ans, du jamais-vu depuis 2002. Les violences et pillages du week-end sont passées par là, renforçant les doutes des investisseurs sur la capacité du pays à redresser ses comptes.
Par ailleurs, Moody’s devrait abaisser ce vendredi 23 octobre sa note de la dette française, estiment une majorité d’économistes, qui voient dans l’état actuel de l’économie française des raisons pour que l’agence de notation s’aligne sur ses pairs, Standard & Poor’s et Fitch. Cette note de Moody’s, qui évalue la capacité de la France à rembourser ses emprunts, est actuellement de Aa3, avec perspective négative, ce qui caractérise la dette comme « de bonne qualité », mais avec un risque d’abaissement.
Conséquence, la hausse des taux d’intérêt de la dette française a des répercussions sur les finances publiques, mais aussi sur l’ensemble de l’économie, affectant notamment les conditions de crédit des ménages et des entreprises, comme on peut le voir ci-dessous point par point.
· Pour les banques, durcissement des conditions à venir
Sur le marché français, assureurs et banques sont des acheteurs naturels de dette française dans le cadre de la gestion de leur bilan et des fonds en euros qu’ils proposent à leurs clients.
La hausse des taux induit une baisse de la valeur des obligations publiques existantes, « infligeant des pertes aux banques françaises qui en détiennent beaucoup. D’où une forte baisse des cours de leurs actions depuis août », souligne Éric Dor, directeur des études économiques à l’école de commerce Ieseg.
À cela s’ajoute le fait que, les produits d’épargne classiques retrouvant une meilleure rémunération, « moins de clients vont demander des montages financiers complexes », entraînant « une réduction de chiffre d’affaires » pour les banques. En outre, « plus de clients font défaut sur leurs prêts ».
« Ces banques sont assez capitalisées pour absorber le choc », poursuit Éric Dor, mais « toute perte de rentabilité peut les amener à augmenter les taux sur le crédit ».
· Dans l’immobilier, l’accès à la propriété compliqué
Pour les crédits immobiliers, les banques calculent le taux d’intérêt par rapport à un taux de référence, qui dépend des taux longs souverains. Actuellement, les taux immobiliers évoluent entre 3,2 % et 3,5 % (avec un taux moyen de 3,32 % en août).
Mais « on va avoir très rapidement des taux à plus de 4 % d’ici le premier trimestre 2027 », estime Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade, pour qui « la reprise attendue depuis 2023-2024 du marché immobilier est tuée dans l’œuf ».
Remonter à 4 % « compromettrait la capacité de financement des ménages », car par ailleurs, « la hausse des salaires est insignifiante, le pouvoir d’achat est en diminution, les dépenses alimentaires et énergétiques des ménages augmentent », souligne Loïc Cantin, président de la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim).
Des taux de crédit immobilier plus élevés évincent progressivement de l’accession à la propriété les ménages modestes, puis une partie de la classe moyenne.
Ce phénomène a aussi un impact sur la construction neuve, en crise depuis quatre ans, avec des promoteurs qui peinent à trouver preneurs pour leurs logements.
· Des prêts à la consommation plus difficiles
Les taux d’intérêt du crédit à la consommation, actuellement autour de 6 %, devraient aussi augmenter pour « facilement atteindre les 7 – 7,5 % » d’ici la fin du premier trimestre 2027, selon Maxime Darmet.
Pour les Français, « ce sera plus difficile d’avoir accès au crédit », utilisé notamment pour l’achat des voitures, des biens d’équipement ou des travaux de rénovation, ajoute-t-il.
Ces secteurs devraient être impactés, et « des pans entiers de l’économie peuvent être grippés », estime Paul Chollet, chef économiste de Crédit Mutuel Arkéa.
· Des entreprises pénalisées aussi
Pour les entreprises qui se financent par emprunt bancaire, même mécanisme : les taux facturés par les banques vont augmenter.
Et pour les grandes entreprises « qui ne passent pas par des emprunts bancaires mais qui émettent elles-mêmes des obligations d’entreprises, leur taux va être indexé sur celui des OAT (obligations assimilables du Trésor, titres de dette française), plus une prime de risque qui va dépendre de leur solvabilité », explique Éric Dor. Du fait de ces conditions, « l’investissement va souffrir », dit-il.
Pour Maxime Darmet, la détérioration du crédit « va aussi contribuer à maintenir un niveau de faillites très élevé » des entreprises.



