Très différente du livre, la « Carrie » de la série a séduit Stephen King, et nous avec
« Certains gamins seront toujours les victimes ». Dans la famille des adaptations de romans de Stephen King, il y a Simetierre, Misery, Ça, The Mist, Marche ou Crève, mais aussi (et surtout), Carrie. 52 ans après la publication du livre, Prime Video dévoile une nouvelle version, made in Mike Flanagan, le (nouveau) maître de l’horreur. Une série en huit épisodes qui a choisi de s’éloigner de la matière d’origine sur le fond comme sur la forme.
Carrie met en scène la jeune Carietta White. Âgée de 16 ans, l’adolescente doit composer avec les principes d’une mère rigoriste et veuve qui refuse son intégration au lycée. Elle y est victime de harcèlement via les réseaux sociaux, et découvre qu’elle est dotée de capacités télékinésiques dangereuses. Avec ce simple résumé, on pourrait croire que la version de Mike Flanagan a calqué le roman de Stephen King.
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Le showrunner à qui ont doit également The Hunting of Hill House, Bly Manor, Jessie ou Doctor Sleep a pourtant choisi de s’en éloigner, à pluseurs niveaux. Cela risque de titiller les puristes qui ont le livre sur leur table de chevet, mais ce dernier a très largement modifié l’histoire de Carrie pour la moderniser d’une part, l’enrichir et la rendre plus nuancée qu’elle ne l’est dans l’œuvre originale.
Une « anti-Carrie »
Il y a tout d’abord le point de départ. Alors que dans la version de King, les brimades durent depuis des années, dans la série, Carrie (Summer H. Howell) est propulsée au lycée après une vie d’isolement, et découvre, émerveillée, cet univers dont elle ignore tout. Elle devient presque instantanément une cible pour « la reine du lycée » Chris, et un objet de moqueries et de pitié pour les autres. Sa naïveté vient se heurter à l’omniprésence des réseaux sociaux et à leur violence. En résulte une colère qui grandit et gronde, et un massacre, à l’image de ceux perpétrés dans des établissements scolaires américains.
« Les ados d’aujourd’hui doivent gérer une cruauté et de l’anxiété à un niveau que Stephen n’aurait jamais pu imaginer il y a 50 ans, et que moi-même n’ai jamais vécu. Je ne suis jamais allé à l’école en me disant que je pourrais m’y faire tuer » a raconté Mike Flanagan au Sydney Morning Herald. Il a décidé de créer une « anti-Carrie » et que le personnage soit une page presque blanche au départ, afin que le spectateur assiste, au fil des huit épisodes, à la naissance de son traumatisme et connaisse la source d’un déchaînement de violence inévitable.
Comme l’a expliqué Mike Flanagan, ce qui rend l’histoire de Carrie plus actuelle et nécessaire que jamais en 2026, est justement que « les moments les plus vulnérables, humiliants et majeurs de la vie des adolescents, sont désormais filmés, diffusés et conservés pour toujours sur internet » a-t-il souligné. Il a donc évidemment souhaité que les réseaux sociaux soient un personnage principal du scénario.
C’est justement ça qui a convaincu Stephen King de donner son accord alors qu’il était initialement opposé à une nouvelle adaptation de Carrie. « La version de CARRIE de Mike Flanagan est brillante. Ce qu’elle dit des réseaux sociaux est très choquant, mais très vrai » a écrit l’écrivain sur Threads début septembre.
La responsabilité du harcèlement
Mike Flanagan a également développé plus en profondeur d’autres personnages que ne le faisait le court roman de King, comme celui de la mère, jouée ici par Samantha Sloyan, bien plus nuancée que celle du roman ou du film de Brian De Palma de 1976. Même chose en ce qui concerne les profils de certains élèves ou professeurs, et notamment de Chris Hargensen (Alison Thornton), Sue (Sienna Agudong) Emaline (Thalia Dudeck), le principal Grayle (Matthew Lillard) ou encore de Mademoiselle Desjardin (Amber Midhunter), la prof d’EPS.
Cette nouvelle adaptation met le doigt sur une problématique profondément concernante en matière de harcèlement (ou cyberharcèlement) : celle de la responsabilité multiple. Personne n’est un monstre en soi, pas Carrie, ni sa mère, ni les harceleurs, ni leurs parents, ni le corps enseignant. Tous ont des raisons d’agir comme ils le font, ou de ne pas agir justement, des cicatrices passées ou récentes. Mais chacun, à son niveau, est coupable. Ce qui est souligné, c’est une défaillance systémique, y compris du système scolaire.
Un bémol à souligner : on peut regretter qu’une fois encore, Carrie soit interprétée par une très jolie jeune fille alors que dans le roman, elle est tout l’opposé. La représenter comme King l’avait décrite aurait d’ailleurs peut-être apporté plus de force à ce récit modernisé.
Sans rien révéler d’essentiel dans l’intrigue, on peut vous promettre une montée en puissance progressive au fil des épisodes. Et un final en forme de feu d’artifice chargé en hémoglobine, forcément.



