La campagne pour 2027 est-elle un si gros handicap que cela pour le budget de Lecornu ?
De quel côté la tempête soufflera-t-elle ? Sébastien Lecornu préside un séminaire gouvernemental ce jeudi 17 septembre pour décider des derniers contours des budgets (État et Sécurité sociale) qu’il entend présenter en conseil des ministres à la fin du mois. Une nouvelle étape majeure avant les discussions forcément orageuses au Parlement.
De fait, le Premier ministre navigue sur une mer agitée. Sur le plan économique, tout d’abord, les indicateurs sont au rouge. La croissance sur l’année précédente sera moins élevée que prévu (0,4 % contre 0,7 % du PIB), tandis que la dette continue de s’emballer, suivant un déficit toujours au-dessus de la barre des 5 %. Autant de réalités qui contraignent la copie d’un locataire de Matignon désireux de trouver 30 milliards d’euros d’économie.
Sur le plan politique, ensuite, la barque de Sébastien Lecornu risque d’être soumise à rude épreuve. Plus encore que l’année dernière, quand le gouvernement avait fait valider son budget en février, avec plusieurs mois de retard, l’équation des mois prochains semble effectivement insoluble. En cause ? La campagne de l’élection présidentielle.
Qui pour assumer les choix impopulaires ?
Sébastien Lecornu n’a pas le choix. S’il veut réaliser les économies espérées et arriver à bon port, il va devoir endosser des mesures impopulaires. Outre la réduction du train de vie de l’État, une stratégie commode pour une majorité de partis, le gouvernement se dirige vers une mise à contribution des retraités pour environ 6 milliards d’euros. Dans le détail, le ministère de l’Économie travaille sur deux options, soit geler les pensions (ne pas les indexer sur l’inflation), soit remettre en cause l’abattement de 10 % (pour frais professionnels) dont ils bénéficient sur leur déclaration d’impôt.
C’est là que viendront les premières bourrasques. Sans majorité à l’Assemblée nationale, le locataire de Matignon va devoir trouver des alliés du côté de l’opposition pour soutenir sa feuille de route, ou refuser de faire chuter le gouvernement en cas de motion de censure. Complexe, à cinq mois du premier tour de la présidentielle et à l’heure où chaque candidat souhaitera se départir le plus possible d’un macronisme honni après 10 ans de pouvoir.
En clair, peu de partis politiques engagés dans la campagne auront intérêt à soutenir des propositions impopulaires. C’est vrai pour les retraites, comme pour chaque mesure d’économies tangibles, en témoignent les réactions éruptives aux récents ballons d’essai, que ce soit sur la désindexation des pensions, le moindre remboursement des médicaments ou encore l’idée (rapidement abandonnée) de ponctionner l’épargne salariale.
Pas de cadeaux à gauche
Certains ont donc déjà prévenu, il n’y a aucun cadeau à espérer de leur part. La France insoumise et Les Écologistes ont ainsi annoncé de longue date qu’ils comptaient s’opposer, jusqu’à la censure, au projet du Premier ministre. Tout comme le premier secrétaire du PS Olivier Faure, lui-même en campagne et désireux de mettre la barre à gauche pour emporter la primaire de son parti et porter ses couleurs.
Suivant cette logique, l’actualité risque aussi de venir percuter ces prochains mois de débats. En période présidentielle, chaque événement retentissant est susceptible d’inspirer les candidats et faire naître des propositions. Ce fut le cas ces derniers mois avec l’affaire Lyhanna, les canicules à répétition, ou, plus récemment, la crise du pouvoir d’achat. Difficile, alors, d’imaginer un camp soutenir le budget du gouvernement dont les orientations pourraient être contraires à leur programme ou idées du moment. À moins que…
Pour sortir de ce guêpier, Sébastien Lecornu a malgré tout quelques atouts pour lui. Outre les appels à la responsabilité, plus ou moins entendus par les partis d’opposition, le Premier ministre estime que celles-ci auraient tout intérêt à laisser passer un budget, même imparfait, pour mieux le détricoter après. « Les candidats qui chercheraient à empêcher tout budget à l’automne prendraient la responsabilité de condamner leur propre première année de quinquennat », expliquait-il cet été dans les colonnes de Paris Match.
Et si la présidentielle devenait un atout…
L’argument, ici, tient au calendrier. En clair, si le gouvernement actuel ne parvient pas à faire passer sa feuille de route, que ce soit par le vote, l’article 49.3 de la Constitution, voire les ordonnances, la France basculerait sous le régime de la loi spéciale. Alors, le prochain locataire de l’Élysée devrait partir d’une page blanche et suivre la longue (et très encadrée) procédure budgétaire pour impulser sa propre politique. Ce serait paradoxalement plus lent que dans le cas de figure d’une loi de finances adoptée en bonne et due forme.
Ce message en tout cas semble entendu par une partie de la classe politique. François Hollande estime ainsi que « s’il n’y a pas de budget pour l’année prochaine, cela mettrait le candidat qui serait victorieux (…) dans une position extrêmement difficile ». Plus significatif, le Rassemblement national semble sur cette même ligne. « Un budget imparfait opérationnel avant les élections est préférable cette fois à une loi spéciale », a déclaré Marine Le Pen mi-septembre pour sa rentrée politique. De quoi dégager l’horizon du Premier ministre ?
Sur un plan arithmétique, Sébastien Lecornu pourra avancer s’il bénéficie de la bienveillance des Républicains et du RN. Il se mettrait en revanche dans la main d’une formation peu fiable, qui avait fait miroiter à Michel Barnier le même sort, avant de baisser le pouce et de provoquer sa chute l’hiver 2024. Ou la difficulté de s’appuyer sur un parti girouette quand guette la tempête.



