Politique

Ce que le RN ne vous dit pas dans sa défense (hasardeuse) de Bardella

Circulez, y’a rien à voir. Alors que Mediapart a publié ce jeudi 1er octobre les éléments prouvant ses révélations sur les écrits antisémites attribués à Jordan Bardella, assurant les avoir authentifiés via Facebook et un huissier, le président du RN et les cadres du parti s’arc-boutent dans leur dénégation totale des faits.

C’est pourtant eux qui réclamaient depuis lundi au média d’investigation de publier ces « preuves ». Cela fait, la formation d’extrême droite continue donc de nier. « Les pseudo-preuves de Mediapart sont enfin sorties : des montages grossiers, d’obscures captures d’écran manipulables, reprenant des propos ignobles que je n’ai évidemment jamais tenus », a par exemple réagi ce jeudi Jordan Bardella sur X.

Ce message trace la ligne de défense du RN et de ses représentants. On a ainsi pu voir sur X Kévin Pfeffer, député RN de la Somme, ironiser sur le fait qu’il s’agisse bien du véritable Jordan Bardella derrière les messages dévoilés par Mediapart… en publiant une capture d’écran du nombre de comptes Facebook sous le nom « Jordan Bardella » (ou une proche variante) existant aujourd’hui sur Facebook.

C’est omettre le fait que le Jordan Bardella de 2013, militant d’à peine 18 ans engagé au Front national de Seine-Saint-Denis, n’a rien à voir avec le Jordan Bardella de 2026, président du Rassemblement national et candidat putatif à l’élection présidentielle il y a encore quelques mois.

Comme Mediapart l’assure, de nombreux éléments biographiques présents dans les conversations dévoilées attestent d’ailleurs qu’il s’agit bien de celui qui est devenu eurodéputé une dizaine d’années plus tard : mère née en Italie, mention d’une interview accordée au Parisien en 2013, haine des prépas privées ou échec au concours de Sciences Po. Soit des éléments, qui s’ils sont désormais connus et même réécrits pratiquement à l’identique par l’intéressé dans son dernier livre, étaient difficiles (c’est un euphémisme) à falsifier ou à s’attribuer pour un faussaire en 2013.

L’« authentification » remise en question

« Je suis consterné par la légèreté de cette enquête. Mediapart n’a avancé absolument aucun argument. Tout ça crédite l’idée qu’il y a derrière cette opération de déstabilisation quelque chose d’extrêmement trouble. Je pense que Mediapart pourrait se renommer Mediaflop », a pourtant répété Jordan Bardella aux médias qui l’attendaient devant le siège du RN jeudi soir.

L’aspirant Premier ministre s’est également attaqué à un autre élément dévoilé par Mediapart : l’« authentification » technique des messages. À la demande de Mediapart, dans le cadre d’une volonté de certifier la véracité des informations, les deux personnes ayant dévoilé ces conversations ont sollicité Meta, maison mère de Facebook, un téléchargement de leurs données Messenger, comme tout utilisateur peut le faire selon les règles de l’Union européenne.

Comme le relate Mediapart dans son article de jeudi, ces données sont certifiées par le géant technologique américain comme datant de 2013, n’ayant pas pu être altérées ou modifiées. « Pour qu’aucun doute ne soit permis, nous avons décidé de faire également certifier cette extraction de données par huissier, mardi 29 septembre », insiste le journal en ligne.

Par ailleurs, Mediapart rappelle que « les conversations Messenger nous ont été communiquées par deux sources différentes qui ont évolué dans l’entourage de Jordan Bardella », et que « ces deux personnes n’ont aucun lien entre elles ». Ce, en plus des témoignages humains qui ont mis les journalistes sur la piste des propos antisémites.

Pourtant, Jordan Bardella continuer à plaider que les éléments dévoilés sont des « faux grossiers ». Il a d’ailleurs annoncé ce jeudi déposer une seconde plainte pour « faux et usage de faux ». « Non, aucun message n’a été extrait. Je me permets d’attirer votre vigilance sur le fait que l’extraction a été faite après la publication de l’article », a même répété le président du Rassemblement national. Ce n’est pourtant pas ce que Mediapart affirme, expliquant que la première demande d’extraction a été réalisée le 16 août 2026. Soit six semaines avant la publication.

Une stratégie sans retour possible

Le Rassemblement national s’engage pleinement dans cette voie de la confrontation directe contre Mediapart – que Marine Le Pen a qualifié de « média militant d’extrême gauche » ce mardi, et à qui elle a recommandé « d’enfiler son costard en Kevlar » -.

Cette bataille sera également judiciaire, le président du RN ayant annoncé avoir « déposé une plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction du tribunal judiciaire de Paris » pour diffamation. Une terminologie juridique qui signifie avant tout que l’affaire ne sera pas jugée avant la présidentielle, et permettra au parti de continuer à nier les faits durant la campagne.

Cette stratégie est sans retour possible. Et ce, malgré quelques tentatives pour le moins surprenantes d’élus du RN anonymes auprès de la presse pour minimiser les faits, comme ce parlementaire RN auprès du Monde. « Qui n’a jamais tracé une croix gammée avec son compas sur une table au lycée ou à la faculté ? » On a connu plus probant.