Politique

Le RN revendique la création de son groupe au Sénat, une première

Le Palais du Luxembourg ne changera pas de couleur mais il en comptera au moins une de plus. À l’issue des élections sénatoriales ce dimanche 27 septembre, le Rassemblement national et son allié UDR ont revendiqué l’élection d’une dizaine de sénateurs, assez pour franchir le seuil requis pour constituer un groupe à la chambre haute. Une première, douze ans après l’élection des premiers représentants lepéniste dans l’hémicycle.

« Pour la première fois de son histoire, le Rassemblement national va constituer, avec ses alliés de l’UDR du président Ciotti, un groupe au Sénat. (…) Notre groupe au Sénat portera la voix des territoires oubliés, de la ruralité, et des maires trop souvent éloignés des grandes décisions prises à Paris », s’est réjoui sur X le président du parti Jordan Bardella.

Les premiers résultats donnés à la mi-journée et issus des territoires les moins peuplés étaient pourtant en demi-teinte pour l’extrême droite. Dans l’Aude où le parti lepéniste caressait des rêves de victoire après ses gains aux municipales, le député Julien Rancoule avait été devancé par deux élus socialistes. Des sénateurs sortant, à l’image des présidents du groupe LR Mathieu Darnaud et du groupe Les Indépendants Claude Malhuret (Horizons) avaient eux été réélus sans difficulté.

Le RN s’implante dans le sud-est, dopé par l’alliance avec Ciotti

Le RN comptait déjà trois représentants au Sénat : Christopher Szczurek, Aymeric Durox et Joshua Hochart. Son alliance avec Éric Ciotti, particulièrement implanté dans le sud-est, et ses gains aux municipales lui ont permis d’accroître considérablement sa dynamique à l’échelle locale, avec des scores parfois quintuplés par rapport au dernier scrutin en 2020.

En son nom propre, sous l’étiquette UDR ou grâce à des listes d’alliance, le parti d’extrême droite a donc enregistré une dizaine d’élus supplémentaires : deux dans les Bouches-du-Rhône, dont l’ex-LR Marie-Pierre Callet, deux dans le Var, un dans le Vaucluse, une dans le Gard, un en Seine-Maritime, un dans l’Hérault ainsi qu’une en Gironde où le RN a revendiqué l’élection de sa députée Edwige Diaz. Dans les Alpes-Maritimes, deux sénateurs UDR ont été élus. En tout, le groupe devrait être composé de 14 membres, sous réserve d’éventuels ralliements venus de la droite.

L’extrême droite était jusqu’à présent peu audible à la Chambre haute, ses trois élus devant se contenter de siéger au sein des non-inscrits. La constitution d’un groupe permettra aux élus RN et UDR de disposer de plus de temps de parole, de moyens financiers supplémentaires d’une journée parlementaire réservée à leurs propositions mais aussi de jouer un rôle dans le contrôle de l’exécutif, une prérogative du Sénat notamment par le biais des missions d’enquêtes ou d’informations. À sept mois du premier tour de la présidentielle, l’entrée de l’extrême droite dans une nouvelle institution de la Ve République est « un coup d’accélérateur pour cette campagne » s’est réjoui le vice-président du parti Sébastien Chenu.

LFI revendique son entrée Sénat, LR et PS sauvent les meubles

Autre surprise du scrutin : l’élection du premier sénateur LFI en la personne du député Gabriel Amard dans le Rhône, revendiquée par les cadres insoumis. Les mélenchonistes ont cependant raté l’opportunité d’avoir un siège supplémentaire, en perdant à trois voix près un mandat auprès des Français de l’étranger. La direction du mouvement a immédiatement tenu pour responsable les Écologistes, alors que les deux camps ont échoué à trouver un accord et s’en renvoient depuis la responsabilité. « Dans le Rhône, Gabriel Amard nous fait entrer au Sénat, en dépit de toutes les tentatives de barrage. Heureux augure pour 2027 ! », a commenté Jean-Luc Mélenchon.

À gauche, le groupe communiste (CRCE-K) a annoncé la réélection de ses quatre élus sortants. Les Écologistes, menacés de voir leur groupe disparaître, ont annoncé dans la soirée la réélection de trois des leurs, dont la sénatrice des Français de l’étranger Mélanie Vogel. Le groupe socialiste a lui enregistré quelques défaites, par exemple avec la perte d’un siège dans la Creuse.

Du côté des Républicains, le parti le plus représenté à la chambre haute, les pertes ont été contenues. Le Vendéen et candidat à la présidentielle Bruno Retailleau a été réélu sans difficulté, tout comme les deux autres candidats de sa liste d’union avec le centre. Selon les premières estimations, la droite devrait rester la première force de l’hémicycle.