Politique

Cette pique de Bompard résume l’état d’esprit à gauche après la réunion à Matignon

Le ton était clairement amer. La gauche est ressortie déçue, voire « en colère », de la réunion des partis politiques avec Sébastien Lecornu, ce jeudi 22 octobre à Matignon, qui portait sur le maintien de l’ordre, défendu par la porte-parole du gouvernement comme « la priorité » avant toute « prise en compte » des revendications sociales, à deux jours d’une nouvelle journée de mobilisation samedi.

Les tacles de Manuel Bompard, le coordinateur national de la France insoumise, résument très bien l’état d’esprit de la gauche au sortir des discussions. Le Premier ministre a « fait perdre du temps au pays tout entier », a tancé le député des Bouches-du-Rhône, que vous pouvez réécouter ci-dessous, reprochant au chef du gouvernement son refus d’aborder les revendications sociales des manifestants.

Lors de la réunion, consacrée au maintien de l’ordre, le Premier ministre, « à aucun moment, n’est rentré dans le débat précis sur les revendications des jeunes, sur les revendications du pays, sur la colère, sur la souffrance sociale », a dénoncé Manuel Bompard, en pointant une « stratégie qui consiste à perdre du temps ».

Le candidat LFI à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, a fustigé sur X un Premier ministre qui « convoque des réunions de bavardages sans objectif ».

« Plus il attend, plus ça va lui coûter cher », estime Tondelier

La patronne des Écologistes, Marine Tondelier, n’a pas semblé convaincue non plus. « On sort avec beaucoup de colère », a-t-elle abondé. Alors que le gouvernement doit annoncer de « premières décisions » lundi aux lycéens, elle a estimé que « plus il attend, plus ça va lui coûter cher ». « Le fait de parier sur le pourrissement du mouvement est une erreur impardonnable », a-t-elle ajouté.

Le candidat Place publique/PS, Raphaël Glucksmann, a jugé « inquiétant » de n’avoir pas eu de réponse sur le « fiasco sécuritaire » du 17 octobre ni sur le « mouvement social ». Si le gouvernement « croit, en ne répondant pas aux revendications de la jeunesse française, que le mouvement s’essoufflera, il se trompe », a-t-il ajouté.

Le leader du Parti communiste, Fabien Roussel, s’est dit « extrêmement déçu », en invitant le gouvernement à « traiter les causes de ces manifestations et pas les symptômes », et en évoquant des « dérives dangereuses » à propos des interdictions de manifester pour samedi.

Pas d’amalgame entre manifestants et casseurs, assure Bregeon

Le chef du gouvernement a rappelé qu’il n’y avait « aucun amalgame » de fait entre les manifestants qui défilent « de manière pacifique, qui ont des revendications à porter légitimement » et « les casseurs, les pilleurs, les délinquants, certains groupuscules aussi d’ultragauche ou d’extrême gauche radicalisés », a rapporté la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.

Elle a redit que « la priorité à la prise en compte de ces revendications » était « le retour au calme » et le « retour à l’ordre public ». « Sans ordre public, il ne peut pas y avoir de discussion sereine, apaisée, contradictoire sur des revendications ». Seul à s’exprimer pour le bloc central, le président par intérim d’Horizons, Christophe Béchu, a estimé que « le préalable, c’est la condamnation sans retenue de la violence » pour « ensuite être capable d’écouter et de répondre à ceux qui manifestent ».

En sortant de la réunion, les représentants du RN ont évoqué le congrès de leur parti prévu ce week-end à Orléans, et où sont attendus de 20 000 à 30 000 manifestants selon la préfecture du Loiret. « S’il y a de la casse » en marge de l’évènement, « c’est M. [Olivier] Faure, Mme [Marine] Tondelier et tous les autres qui en porteront la responsabilité », a accusé le maire RN de Perpignan, Louis Aliot. De son côté, la sénatrice et vice-président du parti, Edwige Diaz, a assuré que le congrès « pourrait se tenir dans de très bonnes conditions » de sécurité.