Santé

Ce « remède » promet de booster votre immunité, mais il peut surtout vous rendre malade

Lait chaud à la cannelle, infusion de thym, grog ou inhalation d’huiles essentielles… Quand l’automne s’installe et que les virus mettent à mal notre santé, on peut être tentés de sortir les « recettes de grand-mère ». Certains promettent de soigner rhume et grippe, tandis que d’autres assurent pouvoir booster nos défenses immunitaires. Et c’est vrai que certaines de ces recettes ont des effets scientifiquement prouvés.

Mais d’autres peuvent aussi s’avérer dangereuses. C’est le cas d’une actuellement partout sur TikTok, et qui consiste à faire fermenter des gousses d’ail crues dans du miel cru non pasteurisé.

Présentée par les internautes comme « l’un des remèdes les plus puissants pour passer l’hiver », « un remède magique » et même comme un « antibiotique naturel », cette association peut pourtant s’avérer dangereuse pour la santé.

Un environnement propice à la prolifération bactérienne

Consommés séparément, ces deux ingrédients sont complètement sûrs, et possèdent en effet des vertus intéressantes. Avec son pH légèrement acide et sa teneur en sucre élevée, le miel a des propriétés bactériennes réelles et est recommandé en cas de mal de gorge. Quant à l’ail cru, il est régulièrement vanté pour favoriser la digestion, pour combattre les infections ou encore renforcer l’immunité.

Le problème réside dans l’association de ces deux aliments crus et non pasteurisés qui, lorsqu’ils sont mélangés et fermentent, présentent un risque de botulisme, explique Karine LeBlanc, porte-parole de Santé Canada, l’organisme national de politique de santé du pays. « Conserver le mélange à température ambiante peut accroître encore ce risque », dit-elle auprès de la revue Scientific American.

Affection neurologique rare mais grave, le botulisme est provoqué par une toxine très puissante produite par la bactérie Clostridium botulinum (C. botulinum). Cette dernière adore les milieux humides, pauvres en oxygène et avec un pH spécifique, soit toutes les conditions réunies lorsque l’on mélange de l’ail cru à du miel non pasteurisé.

Les bactéries pathogènes présentes dans le miel se servent alors de l’eau que contiennent les gousses d’ail pour proliférer, développe auprès de Scientific American Joy Gail Waite-Cusic, professeure de sécurité alimentaire à l’Université d’État de l’Oregon. Quant à la fermentation, elle peut aussi accélérer le développement des bactéries si le pH du mélange ne baisse pas assez rapidement.

Un risque de décès dans 5 à 10 % des cas

Si toutes les préparations à base d’ail cru et de miel non pasteurisé ne contiennent pas la toxine botulique, cet environnement est donc particulièrement propice à son développement, tout comme c’est le cas avec les aliments mal conservés.

Comme le rappelle l’Institut Pasteur, les symptômes du botulisme apparaissent généralement quelques jours après l’ingestion de l’aliment contaminé. L’intoxication peut provoquer « une atteinte oculaire, une sécheresse de la bouche accompagnée d’un défaut de déglutition voire d’élocution, des troubles digestifs et neurologiques ». Dans ses formes avancées, le botulisme provoque une paralysie des membres et des muscles respiratoires. 5 à 10 % des cas de botulisme entraînent le décès par insuffisance respiratoire.

En France, les cas de botulisme restent heureusement rares : depuis les années 80, entre 20 et 30 foyers par an sont répertoriés, impliquant le plus souvent un à trois malades. En 2023, 10 cas de botulismes avaient été rapportés parmi les clients d’un restaurant à Bordeaux, qui avaient consommé des sardines artisanales en bocal. Un décès était survenu. L’année suivante, cinq personnes ont été intoxiquées après avoir mangé un pesto artisanal.

Heureusement, dans la grande majorité des cas, les malades pris en charge sans délai guérissent sans séquelles. Mais la durée du traitement et de la convalescence peut durer plusieurs mois, ajoute Santé publique France.

Pas de miel avant l’âge d’un an

Pour éviter tout risque de botulisme, il existe par ailleurs quelques recommandations : se laver les mains avant et après la manipulation de chaque denrée alimentaire, laver les aliments, bien les cuire et les conserver à une température adéquate.

Il est évidemment possible de consommer de l’ail et du miel : mieux vaut simplement éviter de les associer pour créer une fermentation. Quant au miel en lui-même, il est recommandé de ne pas en donner aux enfants de moins d’un an car il peut contenir des spores de C. botulinum, avertit l’Institut Pasteur.

Enfin, rappelle Karine Le Blanc, même les « remèdes de grand-mère » sûrs pour la santé ne peuvent remplacer un traitement prescrit par un médecin. « Si vous pensez avoir besoin d’un antibiotique ou d’un autre médicament antimicrobien, consultez un professionnel de la santé », recommande-t-elle, ajoutant que « les médicaments antimicrobiens, y compris les antibiotiques et les antiviraux, ne doivent être utilisés que sur prescription médicale ».