La canicule va-t-elle coûter 15 milliards d’euros ? Voici d’où vient le chiffre annoncé par Barbut
Des chiffres et des dettes. La ministre de la Transition écologique a indiqué mercredi 12 août que les canicules à répétition de cet été pourraient coûter à l’économie française des sommes faramineuses. « On peut estimer, en tout cas c’est l’estimation de l’Insee, un chiffre de l’ordre de 10 à 15 milliards d’euros de coûts directs et indirects », a expliqué Monique Barbut, en introduction d’une réunion de crise consacrée à la sécheresse.
Une donnée « à prendre avec beaucoup de précautions », selon les mots de l’ancienne patronne du Fonds mondial pour la nature WWF. Et pour cause : l’Insee a démenti auprès de l’AFP quelques minutes plus tard être à l’origine de ces chiffres, ajoutant même ne pas en disposer à ce stade. Alors, d’où viennent ces estimations, qui représenteraient pour la fourchette haute 0,5 point du produit intérieur brut (PIB) de la France ? Et sont-elles crédibles ?
En réalité, les chiffres en question viennent des services de Monique Barbut. C’est ce que la ministre (qui a présenté sa démission en juillet dernier, avant de rester finalement au gouvernement, à la demande d’Emmanuel Macron) a précisé devant la presse à l’issue de sa réunion mercredi. Cette « estimation a été faite au sein du ministère de la Transition écologique à partir des extrapolations des chiffres de l’Insee des années précédentes », a-t-elle indiqué, citant notamment des coûts indirects parfois peu pris en compte, comme la santé.
Ce que l’on sait des précédentes canicules
Contacté par Le HuffPost, l’entourage de la ministre confirme que le calcul a été réalisé par l’administration sur la base « des coûts chiffrés par l’Insee des précédents événements climatiques de ce type », mais « l’événement n’étant pas terminé, il est bien évidemment impossible de consolider cette estimation à ce stade. ». Reste que ces données, assez alarmantes pour le pays et sa croissance déjà faiblarde, ne sont pas incongrues si l’on se réfère aux bilans antérieurs et aux données déjà disponibles.
Ainsi, la canicule de 2003, qui demeure l’étalon de toutes les vagues de chaleur, avait coûté entre « 15 et 30 milliards d’euros » à l’économie, amputant « la croissance de 0,1 à 0,2 point de PIB sur l’ensemble de l’année », selon le bilan complet de l’Insee. Cette vague de chaleur avait « directement détérioré les conditions de production dans certains secteurs », gourmands en eau notamment, et poussé les ménages à « modifier leurs comportements », expliquait alors l’institut national de statistique. Concrètement, la production de céréales avait chuté de 22 %, celle du maïs en grain de 30 %… Et l’inflation avait grimpé de plus de 2 %.
Plus récemment, des chercheurs du CNRS et de l’université d’Aix-Marseille (en partenariat avec Santé publique France) se sont penchés sur les effets des différentes canicules entre 2015 et 2020 (bien moindre que celle de 2003). Résultat : un coût de 4 à 7 milliards d’euros par an pour l’économie, en fonction l’intensité des vagues de chaleur. Dans leur enquête (publiée en 2021), les auteurs mettaient en avant l’augmentation du nombre de passages aux urgences, la « mortalité en excès » ou encore les « restrictions d’activité » comme autant de facteurs qui ont contribué à ce trou dans la caisse.
210 milliards d’ici 2030 ?
Et rien n’indique que la situation a changé quelques années plus tard. Au contraire. Selon une étude publiée cette fois en septembre dernier par une université allemande et deux dirigeants de la Banque centrale européenne, la France a perdu 10 milliards d’euros au cours de la saison estivale 2025, considérée comme le 3e été le plus chaud depuis 1900. Ici, les auteurs ont pris en compte les conséquences directes de ces événements météorologiques extrêmes, comme la destruction de routes, d’immeubles ou de récoltes lors d’inondations, mais aussi indirectes, à l’image des pertes de production induites par le temps de reconstruction d’une usine ou les vies humaines perdues.
Dès lors, à l’heure où l’Hexagone (comme le reste de l’Europe) est écrasé par des canicules intenses et répétitives (provoquant sécheresse et incendies), Monique Barbut est dans le vrai, à n’en pas douter. Elle est même plus optimiste que certains observateurs pour qui la France, l’un des pays européens les plus exposés au changement climatique, n’en est qu’au tout début de la cascade de conséquences.
Selon une étude de l’assureur Allianz Trade publiée en juin 2026, la répétition des épisodes de chaleur extrême observés ces dernières années pourrait au total coûter jusqu’à 210 milliards d’euros à l’économie française d’ici 2030. En cause : une baisse de la production ou encore de l’activité touristique.



