Politique

À ses universités d’été, le PS condamné à jouer la carte de l’unité

L’objectif est ambitieux pour des socialistes habitués à se tirer dans les pattes toute l’année mais parviendront-ils, le temps d’un week-end, à acter la trêve de Dieu ? À partir de ce vendredi 28 août et jusqu’à samedi, ils se réunissent à Blois (Loir-et-Cher) pour leurs traditionnelles universités d’été. Cette année, l’évènement revêt une importance particulière, eu égard à la préparation de l’élection présidentielle.

Comme les autres formations de gauche, le Parti socialiste prévoit deux jours d’ateliers, de conférences et de discussions de fond sur tout un tas de sujets. Jeter un œil au programme permet de saisir les thèmes que compte mettre en avant le PS : lutte contre le narcotrafic, démarchandisation, crise climatique, santé mentale, intelligence artificielle… Autant de questions complexes qui seront abordées par des élus et cadres du parti, mais aussi par des personnalités extérieures venues en invitées.

Côté Écologistes, la patronne du groupe Cyrielle Chatelain fera le déplacement, tout comme les députés Alexis Corbière, François Ruffin et Léa Balage El Mariky. Le millionnaire Matthieu Pigasse (membre du conseil de surveillance du Groupe Le Monde, auquel appartient Le HuffPost, ndlr), l’ex-candidat à la présidentielle Benoît Hamon, l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem, le patron du Medef Patrick Martin ou encore la secrétaire générale de la CFDT Marilyse Léon seront également présents.

L’intérêt d’afficher des personnalités aussi diverses est simple : prouver que le PS est au cœur des débats qui traversent la gauche, et qu’il sait encore réfléchir et produire des idées. Combien de fois a-t-il été reproché aux socialistes de privilégier les querelles de personnes et les batailles de courants à la production d’idées nouvelles. Le contraste a parfois été saisissant avec La France insoumise, capable de sortir des livrets sur toutes les thématiques structurantes du débat public.

L’un des temps forts du week-end pourrait bien être le meeting d’Olivier Faure, samedi à 16h. Le Premier secrétaire du PS n’a d’autre choix que de recoudre un parti fragmenté. Trois mois après avoir été lâché par Boris Vallaud, qui a claqué la porte de la direction du parti avec pertes et fracas, Olivier Faure va devoir s’adresser à toutes les franges du Parti socialiste. Mission impossible ? Sa probable candidature à la primaire du mois d’octobre pourrait rendre sa tâche un peu plus complexe encore.

Glucksmann bien accueilli ?

Car s’il y a un sujet qui sera sur toutes les lèvres ce week-end, c’est bien la primaire. Depuis dimanche, l’officialisation de Raphaël Glucksmann est abondamment commentée, tantôt pour être saluée, tantôt pour être moquée. Le ralliement de Yannick Jadot en début de semaine est toutefois une bonne nouvelle pour ce chantre d’une « gauche pro-européenne » qui espérait, en 2017, la fin du PS. « Pour que naisse une alternative sociale et écologique, il faut que quelque chose meure. Ce quelque chose, c’est le PS », écrivait-il sans ambages dans une chronique pour Le Nouvel Obs. Cruauté des archives.

À n’en pas douter, l’ambiance à Blois sera donc électrique. Car si la campagne pour la primaire n’a pas officiellement commencé, les coups n’ont pas tardé à pleuvoir. Les deux challengers Jérôme Guedj et Philippe Brun comptent bien se démarquer. Quitte à provoquer un peu leur parti.

Le premier a donné le ton de sa campagne : offensive contre Jean-Luc Mélenchon, moins innovante sur la forme. Le député de l’Essonne a sorti cette semaine un livre intitulé La République, c’est nous !, référence toute assumée au patron de La France insoumise. Son credo ? La laïcité, la lutte contre l’antisémitisme, la défense de la République.

François Hollande en embuscade

À l’inverse, Philippe Brun sait, lui, qu’il doit combler un déficit de notoriété et tenter de percer le mur du son. Profitera-t-il des micros et des caméras braquées sur Blois ce week-end pour faire parler de lui ? Pour l’instant, l’ancien énarque dit vouloir défendre « la France populaire », celle des Gilets jaunes et de la ruralité. Mais sa proposition d’introduire une part de capitalisation dans les retraites (une mesure habituellement défendue par la droite) a étonné.

Il sera par ailleurs intéressant d’observer la venue de François Hollande ce vendredi, autant que celle de Ségolène Royal le lendemain. Ces deux anciennes gloires du Parti socialiste, qui ont marqué l’histoire politique de ces dernières années, n’ont rien abandonné de leurs ambitions. Tapis dans l’ombre, ils ne se laisseront pas abattre par la nouvelle génération. L’une est officiellement candidate à la primaire, l’autre attend patiemment son tour. Voilà un parti où tout est toujours possible, même le plus incongru.