Politique

Comment la primaire PS redonne des arguments aux anti-primaires

Pas sûr que cette primaire reste dans les annales. À l’issue d’une campagne laborieuse, et relativement passée sous les radars en dehors des trois débats télévisés, les adhérents du Parti socialiste, de Place publique et de la Gauche républicaine et socialiste (GRS) sont appelés à trancher parmi les cinq candidats en lice, ces vendredi 9 et samedi 10 octobre.

Qui choisiront-ils parmi Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel ? Si le premier fait figure de favori, l’expérience des primaires montre qu’il faut se méfier des résultats écrits à l’avance. D’autant que l’eurodéputé a été, ces derniers jours, la cible de nombreuses attaques.

Le dernier à l’avoir lourdement critiqué n’est autre qu’Olivier Faure. Sur franceinfo jeudi, le Premier secrétaire du PS a résumé le match de la primaire à un affrontement entre « une option centriste » et « une option de gauche ». Une façon d’exclure Raphaël Glucksmann du camp de la gauche et de le renvoyer à une « politique de rafistolage » où le « en même temps » cher à Emmanuel Macron se prolongerait « sans rupture et sans force ». « Olivier, rien ne va dans tes propos », lui a répondu Yannick Jadot, soutien de Glucksmann. Pour lui, « les procès d’intention ridicules dérogent à la charte et obèrent l’indispensable rassemblement post-primaire ».

Voilà qui complique le rapprochement des deux hommes à l’issue de la primaire… pourtant inéluctable s’ils veulent faire campagne ensemble. « J’ai vraiment du mal à les imaginer faire estrade commune », souffle Manuel Bompard, le coordinateur de La France insoumise, auprès du HuffPost. En conférence de presse le 8 octobre, il a déclaré qu’à ses yeux, « aucun des candidats ne s’impose ou n’a dissipé les doutes ». Aux côtés de Jean-Luc Mélenchon, il a toujours refusé de participer à une quelconque primaire, estimant que l’exercice crée trop de « divisions et de clivages ». Soit l’exact opposé de la façon dont fonctionne le mouvement mélenchoniste, pas vraiment connu pour son goût des délibérations internes.

Des effets sur le centre et la droite

Reste que l’image renvoyée par la primaire du PS, à laquelle ne se sont inscrites que 140 000 personnes, a aussi de quoi faire réfléchir le centre et la droite. Si pour l’heure, Gabriel Attal, Édouard Philippe et Bruno Retailleau sont candidats, beaucoup espèrent dans leurs camps qu’ils finiront par se rassembler. C’est le sens d’un appel lancé par plus de 200 élus, dont le président de la région Normandie Hervé Morin, en faveur de l’organisation d’une « compétition ouverte » entre les candidats. François Bayrou avait même proposé, à la rentrée, une grande primaire allant de la gauche à la droite.

Problème : celle du PS risque de servir de contre-exemple. Comment imaginer Édouard Philippe ou Bruno Retailleau finalement accepter de se plier à l’exercice, voyant la virulence de certains échanges opposant par exemple Ségolène Royal et Raphaël Glucksmann ? Le 21 septembre, l’ancienne ministre de l’Environnement avait dû même être recadrée par les organisateurs du processus, après avoir qualifié son rival de « stagiaire en politique ». La commission présidée par Patrick Mennucci estimait alors que ces attaques « dépassent le simple cadre politique » et allaient jusqu’à des « moqueries inadmissibles sur sa personne ».

« Des concurrents qui s’écharpent »

La députée européenne Horizons Nathalie Loiseau, proche d’Édouard Philippe, en avait profité pour porter le dernier clou au cercueil de la primaire. « Le problème d’une primaire, c’est que vous prenez des candidats qui sont proches et que vous en faites des concurrents qui s’écharpent », estimait-elle. Une façon, pour l’eurodéputée, de fermer la porte à un tel processus pour sa famille politique. Édouard Philippe a toujours dit qu’il y était opposé. « J’ai vu ce que donnait sur votre plateau la primaire organisée par la gauche », a répondu le candidat à Benjamin Duhamel qui l’interrogeait ce jeudi sur France 2 dans L’Heure de vérité.

Il est vrai que les débats télévisés ont fait émerger plusieurs lignes très différentes et difficilement conciliables. Moins sur le fond que sur l’incarnation et le profil. La primaire oblige chaque candidat à se démarquer, et donc à taper sur le voisin pour tenter de l’affaiblir. Oubliant, au passage, qu’il faudra ensuite se rassembler. François Hollande avait sans doute vu juste. Fin août, en marge des universités d’été du PS à Blois, l’ancien président assurait que la primaire risquait « non seulement de diviser, mais n’aura pas forcément la dynamique que nous avons connue à d’autres époques ».

Pourtant lui-même gagnant de la primaire de 2011, qui lui avait permis d’entrer à l’Élysée quelques mois plus tard, François Hollande assurait n’avoir « jamais été favorable à cette procédure » qui, selon lui, « suscite plus de divisions qu’elle ne propose le rassemblement ».

Au terme de plusieurs semaines de campagne qui n’ont fait émerger aucune idée forte imprimant dans le débat public, ni permis à aucun candidat de véritablement tirer son épingle du jeu, l’ex-chef de l’État a de quoi savourer. Il se pose toujours en « recours », espérant que le candidat désigné par la primaire chutera dans les sondages d’ici décembre. Un espace se libérera alors pour sa propre candidature.