L’ultime débat pour la primaire PS a réussi à faire plus chaotique que les deux premiers
20h40. Un dimanche soir. Un électeur de gauche encore indécis fait l’impasse sur ses rituels de fin de week-end. Il décide de se mettre devant BFMTV pour suivre l’ultime débat de la primaire organisée par le Parti socialiste, Place publique ainsi que la Gauche républicaine et socialiste après deux épisodes déjà laborieux. Olivier Faure, Ségolène Royal, Raphaël Glucksmann, Emmanuel Maurel et Jérôme Guedj sont là. Prêts à débattre sur le fond ? Pas du tout.
Le pugilat introductif a duré près d’une heure. Dès les propos liminaires, le premier secrétaire du Parti socialiste a lâché les premiers coups en accusant le favori Raphaël Glucksmann de contribuer, à sa façon, à la « brutalisation » du débat public, à travers « sa volonté de rendre les uns et les autres irréconciliables ». Une référence au refus catégorique du fondateur de Place publique d’imaginer un avenir commun avec tout ce qui touche de près ou de loin à La France insoumise. Ramené par Olivier Faure à son passé libéral et proche de la droite, Raphaël Glucksmann n’avait encore rien vu.
À peine douze minutes après le début des échanges, le patron du PS a cité la vidéo dans laquelle on voit l’eurodéputé parler en des termes peu amènes de Ségolène Royal. Le début du supplice pour Raphaël Glucksmann qui a subi, en direct, les foudres de l’ancienne ministre de l’Environnement, sur fond d’accusations de sexisme.
Dans les cordes
« Je n’accepte pas qu’une fois de plus, on puisse dégrader une femme. Avoir des connotations sur son corps, des connotations sexuelles », a fusillé Ségolène Royal, estimant que Raphaël Glucksmann, en utilisant l’expression « danse du ventre » la concernant, sous-entendait qu’elle avait « vendu [son] corps » pour obtenir des postes. Dans les cordes, le candidat Place publique avait du mal à cacher son malaise, voire sa fébrilité. Pas de quoi attendrir Olivier Faure, en embuscade pour en rajouter une couche : « Le plus simple, c’est de s’excuser […] Quand on est un homme et une femme publique, on doit s’astreindre à une forme de rigueur ».
Quelques minutes avant, le patron du PS avait contesté la justification formulée par le mis en cause, à savoir que ses propos avaient été tenus en privé, en faisant un parallèle cruel (et très offensif) avec l’affaire Bardella. « C’est comme cela que l’on abîme une primaire en la transformant en machine à se dégommer », a regretté sur X Aurélien Rousseau, soutien de Raphaël Glucksmann.
Les échanges ont ensuite (et encore) tourné autour de la position à adopter vis-à-vis de la gauche radicale. L’occasion d’une (nouvelle) passe d’armes, cette fois entre le chef du PS et Jérôme Guedj. Alors qu’Olivier Faure citait un passage du livre de son adversaire, dans lequel il est question de s’allier avec les personnes de « bonne volonté » (ce qui signifie « de droite » selon lui), le député de l’Essonne est monté dans les tours : « Tu mens, Olivier ! ». Auprès du HuffPost, un socialiste s’agace alors : « Je suis hors de moi. L’un est obsédé par LFI, et l’autre par la tactique ».
Car oui, cela faisait déjà quarante bonnes minutes que le débat avait commencé, offrant au public un tunnel de disputes stratégiques et de règlements de comptes, avant qu’une seule idée ne soit formulée. Une tournure des événements qui a aussi irrité les entourages des candidats. « Pas une proposition entendue en 45 minutes de débat. Est-ce que les journalistes de BFM TV peuvent modérer le débat ou préfèrent-ils continuer d’assister passivement à la chasse à l’homme ? », a interrogé le député de la Vienne Sacha Houlié, estimant que son champion, Raphaël Glucksmann, subissait les tirs croisés de Ségolène Royal et Olivier Faure.
« Je suis découragée »
Même impression en plateau. « Si le but de ce débat, c’était de convaincre des abstentionnistes ou des gens qui sont découragés par la politique, c’est raté. Je suis de gauche, mais aujourd’hui, je suis découragée de vous voir vous chamailler de cette façon-là, a regretté Claire, une psychologue invitée par BFMTV au sein d’un panel de sympathisants de gauche. [Je suis] découragée et triste de me dire que peut-être qu’on ne va pas y arriver. Ça m’afflige. »
Constat partagé par Raphaël Glucksmann. « Je ne pense pas qu’on ait été au niveau », a admis le candidat de Place publique, estimant que ce pugilat télévisuel était très éloigné des enjeux immenses de cette présidentielle. « Le spectacle qu’on a donné pendant 20 minutes, c’était honteux, cataclysmique », a-t-il insisté à la fin des échanges. Entre-temps, le débat s’était pourtant apaisé, lorsque le fond a été abordé. Crise des lycées, retraites, Ukraine, immigration, salaires… Les candidats ont pu dérouler sans (trop) d’étincelles, malgré un échange tendu entre Jérôme Guedj et Ségolène Royal sur la diplomatie.
Mais après plus d’une heure de baston, l’électeur de gauche qui avait sacrifié sa soirée était-il toujours devant son poste ? Et, le cas échéant, profitera-t-il des derniers moments pour s’inscrire jusqu’à 23h59 ce lundi 5 octobre afin de compter parmi les votants vendredi prochain ? Ce n’est pas certain. Auprès du HuffPost, un lieutenant de Raphaël Glucksmann soupire : « la seule personne à laquelle je pense ce soir, c’est François Hollande ». Effectivement, l’ancien président de la République (qui regarde tout cela de loin dans l’espoir que cela lui profite) a sans doute passé un meilleur dimanche soir.



