Secte, tradwives et viols… Il faut s’accrocher devant ce film de Canet avec Cotillard
Un an après la bourde de Léa Salamé au 20 Heures, Guillaume Canet et Marion Cotillard de nouveau réunis. Au cinéma, du moins. Ce mercredi 22 octobre sort sur nos écrans Karma, le nouveau thriller du réalisateur des Petits mouchoirs pour lequel l’actrice oscarisée – dans le rôle-titre, ici – était interviewée par la journaliste de France 2.
Ce premier rôle, son ancien partenaire l’a écrit pour elle. C’est celui d’une dénommée Jeanne. Installée avec son nouveau chéri (Leonardo Sbaraglia) en Espagne, la Française noie dans l’alcool ses traumatismes et ses secrets, dont ni Daniel ni les spectateurs n’ont connaissance au début du film. Le mystère s’installe.
Il s’épaissit lorsque son « filleul » – sur lequel elle était censée veiller – disparaît lors d’une joyeuse après-midi, au bord du lac. L’a-t-elle noyé ? Tous les soupçons convergent dans ce sens. Elle, qui souffre d’un « black-out » lié à sa consommation de vodka, nie. Les autorités lui interdisent de quitter le territoire. Jeanne en fait fi, elle prend la fuite.
Dès le lendemain, on la retrouve de l’autre côté de la frontière, seule, dans un petit village du Lot. Sous la pluie, la voilà devant les portes d’une immense bâtisse moyenâgeuse. Elle frappe. On la reçoit, non sans quelques réserves. Les résidents n’en reviennent pas. C’est Jeanne. Oui, la même qui a fui cette secte des années plus tôt.
Découvrez ci-dessous la bande-annonce :
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Doit-on lui tendre les bras, alors qu’elle a abandonné les siens ? Pourquoi revient-elle ? Dans cette communauté religieuse, où la centaine de cousins issus des trois mêmes familles vit dans la plus grande austérité, les doutes fusent à son sujet. En Espagne, aussi. Son amoureux est certain de son innocence. Il va partir à sa recherche.
Viols, inceste et séquestrations
Obscurantisme, emprise… Plutôt choc dans sa volonté de mettre en œuvre ces thèmes d’actualité, ce film à suspense n’est pas le premier de son réalisateur (Ne le dis à personne, Blood Ties), ni le meilleur. Par les épreuves qui la révèlent, son héroïne inspire le respect, un peu trop à notre goût (comme le volume de larmes, qui ne la quittent jamais).
Le récit n’en demeure pas moins captivant, bien qu’attendu. Il flop surtout dans sa mise en scène. D’un côté : la lumière et les couleurs chaudes de l’Espagne. Il fait bon vivre. De l’autre, la noirceur et la grisaille de cette communauté, où les femmes sont réduites à leur statut de tradwives, contraintes d’épouser leur cousin sous peine d’exclusion.
Là-bas, les violences contre elles sont monnaie courante. Spectateurs, ceci est un avertissement : il faut s’y préparer, voire s’accrocher. À la limite parfois du « torture porn » de la série The Handmaid’s Tale, Karma montre humiliations, intimidations, gifles, séquestrations, bains de sang et viols, y compris d’enfants.
Les scènes de violences sexuelles – incestuelles, pour certaines – ne sont jamais vraiment filmées. Elles sont suggérées dans la culture du silence imposée par le terrifiant gourou (Denis Ménochet), les images de ce dernier enlevant sa chemise, puis sa ceinture, ou encore des dialogues abominables de l’autre côté d’un mur.
Guillaume Canet sur les sectes
Les agressions de ce type ont « toujours révolté » Guillaume Canet. « J’ai connu des gens qui ont subi ce genre de choses, j’ai vu à quel point cela détruit », concède-t-il dans les notes de production. N’y voyez pas un écho au scandale de Bétharram. S’il a choisi d’intégrer le thème des VSS au film, c’est parce qu’« on retrouve des cas » de ce type « dans ces communautés ».
Le réalisateur dit avoir enquêté sur le sujet à la façon d’un journaliste : il a regardé « tous » les films et documentaires en la matière et rencontré une femme, traumatisée depuis qu’elle s’est échappée d’une secte. Guillaume Canet, lui, a toujours été fasciné par « la dépendance, la perversion narcissique » des dérives sectaires.
Pour se glisser dans la peau de la vaillante victime, Marion Cotillard a pour sa part tout mis en œuvre : elle s’est isolée des figurants avec qui elle devait entretenir des rapports conflictuels, ainsi que de son ami Denis Ménochet, qui devait, lui, emprunter un chemin et des timings différents pour se rendre sur le plateau.
L’implication de l’actrice ne s’est pas limitée au tournage. Elle a également accompagné son ex-mari dans le montage. « Une grande chance », dit celle pour qui Guillaume Canet est « le seul réalisateur » avec qui elle continue d’échanger durant cette phase. À raison ? Aujourd’hui, le doute nous est permis.



