Politique

Marine Le Pen exige le départ de Richard Ferrand… après avoir aidé son élection au Conseil constitutionnel

Difficile de plaider l’erreur de jeunesse. Marine Le Pen a réclamé, mercredi 14 octobre, depuis Bruxelles, la démission de Richard Ferrand, après que le président du Conseil constitutionnel a publiquement balayé la proposition phare de la candidate d’extrême droite à la présidentielle de réviser la Constitution par référendum, sans passer par le Parlement.

« En ayant prononcé ces propos, il a rompu avec l’obligation qui est la sienne de neutralité, et avec l’interdiction, qui est dans les textes, de se prononcer sur une affaire qui n’a pas encore été soumise au Conseil constitutionnel », a accusé la cheffe de file du Rassemblement national lors d’une conférence de presse. Quelques jours plus tôt, le premier des macronistes avait expliqué que « vouloir réformer la Constitution par l’article 11, ça n’existe pas. Il n’y a pas de débat. Il suffit de lire la Constitution, qui n’est pas le Code général des impôts. »

Dans la loi fondamentale, la procédure de révision de la Constitution est traitée à l’article 89, qui stipule qu’un projet de révision constitutionnelle doit être voté en « termes identiques » par l’Assemblée nationale et le Sénat avant une approbation par référendum ou par une majorité des trois cinquièmes du Parlement réuni en Congrès.

La fin de non-recevoir apposée par Richard Ferrand est donc une très mauvaise nouvelle pour le parti d’extrême droite, qui a en effet besoin de cette révision par référendum pour appliquer des éléments clés de son programme comme « la fin du droit du sol et du regroupement familial », « la priorité nationale dans l’accès aux aides sociales » ou encore « la primauté du droit européen sur le droit national ». D’où la furie qui s’abat depuis sur le président du Conseil.

Quand le RN sauvait la nomination de Ferrand

Pourtant, ce sont bien les membres du Rassemblement national qui ont permis à l’ancien député socialiste, fondateur d’En Marche avec Emmanuel Macron, de s’installer à la tête de l’institution en février 2025. Alors que la gauche et la droite s’étaient opposées à la nomination de ce très proche du chef de l’État, le jugeant trop partial pour cette fonction, le RN avait effectivement choisi l’abstention. Une forme de bénédiction, au bout du suspense, qui avait permis à Richard Ferrand de passer l’étape déterminante du vote au Parlement.

Marine Le Pen et ses troupes avaient alors justifié leur (non) vote, en expliquant vouloir préserver les Français d’un profil qui « aurait pu être pire. » « Si Emmanuel Macron voyait son choix rejeté une première fois parce qu’il n’était pas validé ni par les LR ni par le RN, il se serait cherché une majorité ailleurs, à gauche », avait par exemple assuré le député Laurent Jacobelli, sans convaincre ceux qui s’opposaient à la nomination.

À l’époque, le président du groupe LR Laurent Wauquiez avait dénoncé (comme ses troupes) la « complicité » du parti nationaliste avec la Macronie concernant la nomination de ce compagnon de route d’Emmanuel Macron, ayant milité pendant près de quarante ans au sein de l’aile gauche du PS. » Certains élus, à droite comme à gauche, imaginaient même une sorte de « magouille » de « collusion », ou d’« accord secret » entre le président de la République et la cheffe de file d’extrême droite. Manifestement, il n’y en avait pas.