Le RN se dédouane un peu trop vite de ses responsabilités après l’attentat de Trappes
Une défense friable. Accusé, depuis l’attentat de Trappes, de propager un climat xénophobe et délétère à travers le pays, le Rassemblement national essaie tant bien que mal de se dédouaner. Sébastien Chenu, par exemple, a de nouveau réfuté, ce lundi 26 octobre, toute « responsabilité collective » dans cette attaque raciste qui a fait un mort et cinq blessés graves, dont une fille de 12 ans, vendredi dernier, dans les Yvelines.
« Cette tuerie barbare sur fond de motifs racistes est évidemment ce qu’il y a de plus abject », a martelé le nouveau président des députés RN sur France Inter, en dénonçant une « espèce de volonté d’amalgame automatique » et de « récupération indigne » de la part de la gauche. « Il ne faut pas confondre les choses, parler de djihadisme, parler de problématiques migratoires dans notre pays, ce sont des débats auxquels il faudra bien trouver des solutions », a-t-il ajouté.
Quelques heures plus tôt, Jordan Bardella et les dirigeants du parti nationaliste, qui tenait congrès à Orléans, avaient également refusé d’endosser toute responsabilité de près ou de loin quant à ces événements tragiques. Marine Le Pen a rapidement condamné les actes du tueur, mais n’en a pas dit un mot à la tribune lors de son discours.
Exempt de tous reproches ?
Selon des propos rapportés par Politico, elle a en revanche jugé que « faire un lien entre nous et ce qui s’est passé n’est pas digne », lors d’un échange avec la presse au cours du week-end. Rien n’indique, il est vrai, que l’auteur de l’attaque soit membre du parti, et aucune complicité directe ne peut être évoquée concernant la formation d’extrême droite. Il n’empêche.
Il apparaît tout aussi difficile de dire que le Rassemblement national est exempt de tout reproche quant à la dégradation du climat social, dans lequel ces crimes s’inscrivent. Selon les premiers éléments de l’enquête, dévoilés par la presse, l’auteur de l’attaque a confirmé avoir pris pour cible des « Noirs » et des « Arabes » lors de son périple meurtrier pour venger « les commerçants » pillés le 17 octobre dernier. Ont été retrouvés dans son appartement un exemplaire de Mein Kampf, en plus de la Bible et du Coran, et des documents liés au RN, dans un autre lieu, selon Le Monde.
De fait, cette rhétorique répond aux thèses défendues par le Rassemblement national. Car s’il est vrai que le parti n’appelle pas à la violence, tout dans son histoire, son programme politique, ses discours ou accointances sulfureuses, reflète sa volonté de faire des immigrés et des musulmans les boucs émissaires de tous les problèmes de la société. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les militants sulfureux ou les fameuses « brebis galeuses » sont plus nombreuses dans les rangs de l’extrême droite, que dans les autres camps.
Quand Bardella et Le Pen ciblaient Trappes
Ces dernières heures, ce sont les diatribes violentes des cadres du Rassemblement national contre la ville de Trappes qui refont surface. Elles véhiculent toutes un discours susceptible de stigmatiser une population dans son ensemble, sans distinction. Ainsi, en 2022, Jordan Bardella avait comparé la commune des Yvelines à « une petite République islamique en miniature, capitale européenne du jihad », dans une émission de Cyril Hanouna, en référence aux jeunes partis rejoindre les rangs de l’État islamique (EI) en Syrie.
Avant le président du RN, réélu triomphalement ce samedi malgré les accusations d’antisémitisme dont il fait l’objet, c’est Marine Le Pen elle-même qui lâchait ses coups contre Trappes, « territoire perdu de la République sous le poids d’une immigration massive et ininterrompue ». Soit la déclinaison policée du « grand remplacement », cette théorie raciste (popularisée par l’écrivain d’extrême droite Français Renaud Camus) qui a motivé le terroriste de l’attaque des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande (51 morts en 2019).
Autant de discours rapidement rappelés par le maire (Générations) de la commune aujourd’hui meurtrie, Ali Rabeh, pour dénoncer la « responsabilité immense » des élus et des médias et rappeler que « les mots ont des conséquences dramatiques ». Sans grands effets pour l’instant. Loin d’un premier examen de conscience, les cadres du RN maintiennent leur cap, en témoignent les déclarations de Sébastien Chenu ce lundi, de nouveau contre Trappes. Ce « foyer de djihadistes », selon ses mots, que Jordan Bardella avait jadis « très, très bien » décrit.



