Après les violences, la droite et l’extrême droite lancées dans une surenchère de solutions miracles
Pendant que les enfants commencent à réfléchir, à l’approche de Noël, à la liste de cadeaux qu’ils rêveraient de voir sous le sapin, les responsables politiques de droite et d’extrême droite établissent eux aussi une longue de liste de propositions toutes plus chocs les unes que les autres censées répondre aux scènes de chaos et aux images de violences qui ont circulé tout le week-end.
À Paris, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Toulouse ou Limoges, de jeunes hommes cagoulés ont attaqué des vitrines de magasins et cassé des abribus. Au moins 3 000 commerces auraient été saccagés et pillés sur les seules journées de samedi et de dimanche. Voilà qui suffit à certains pour mettre dans le débat des solutions un brin rapides, probablement inefficaces et dans certains cas attentatoires aux libertés publiques.
Langage martial
Ainsi le maire de Nice Éric Ciotti a proposé, ce mardi, « d’interdire toutes les manifestations », de « supprimer les allocations familiales et d’expulser des logements sociaux les émeutiers » ainsi que de « dissoudre tous les groupes terroristes d’extrême gauche ». Un langage martial et volontairement provocant destiné à marquer les esprits, alors que beaucoup de Français ont été (légitimement) choqués par les violences du week-end. Candidat LR à la présidentielle, Bruno Retailleau a demandé quant à lui l’instauration de l’état d’ugence et la dissolution de la France insoumise. Soit la disparition du deuxième parti d’opposition à six mois de la présidentielle.
Gabriel Attal propose, lui, de bloquer « temporairement » l’accès aux réseaux sociaux. Pour l’ancien Premier ministre, les différentes plateformes sont devenues « le point de ralliement des casseurs et le moteur du mimétisme violent ». « Il y a des jeunes qui sont chez eux, qui voient leurs camarades piller, ce qui donne le sentiment que c’est en impunité, et qui dont y vont à leur tour », a-t-il posé ce mardi sur RTL.
Une idée reformulée un peu plus tard par le député Renaissance Sylvain Maillard. « Comment peut-on laisser les réseaux sociaux organiser les pillages ? Des rendez-vous ont été donnés sur TikTok, sur Instagram », a-t-il regretté. Mais il va encore plus loin et propose carrément « d’interdire la géolocalisation dès qu’une manifestation dérape » afin, dit-il, de ne pas susciter d’engouement. « Ça devient un talkie-walkie public », assure-t-il. Cela avait existé en Nouvelle-Calédonie en 2024. Problème : l’interdiction avait rapidement été suspendue par le Conseil d’État.
Et pour cause : cette mesure ne respecte pas nos textes fondamentaux. « Il existe une liberté fondamentale d’accéder aux services de communication en ligne et de s’exprimer. Elle est protégée par l’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, inscrite dans notre Constitution », affirme l’avocate Claire Poirson dans les colonnes du Parisien.
Envoyer l’armée dans Paris ?
Une autre idée a fleuri ces dernières heures : l’envoi de l’armée dans la capitale. L’objectif étant d’aider les policiers et les gendarmes à contenir les mouvements de violence. « S’il faut temporairement avoir recours à des forces armées pour tenir des bâtiments publics en statique, il faut le faire », a défendu, là encore, Gabriel Attal. Plus surprenant : le maire PS de Paris Centre Ariel Weil a semblé ouvert à l’idée. « Si à un moment donné, on est pris de court, on n’a pas assez de moyens, il vaut mieux la présence de l’armée qu’une nouvelle nuit de pillage », a-t-il exprimé, reconnaissant tout de même que « ce n’est pas l’idéal ».
Une nouvelle fois, c’est une fausse bonne idée, alertent les spécialistes. « L’armée n’est pas préparée au maintien de l’ordre et à l’usage de la proportionnalité de la force », écarte le député LR Jean-Louis Thiériot auprès du Parisien, considérant que ce serait « une erreur de renseignement, de doctrine et de conception de la manœuvre militaire ». Dans Le Monde, l’historien Jean-Marc Berlière rappelle que « l’armée ne fait plus de maintien de l’ordre en France depuis 1914 », hors temps de guerre, et notamment celle d’Algérie où elle a pu « jouer un rôle statique pour garder des sites sensibles ».
« Bascule dans un régime autoritaire »
À gauche, ce foisonnement de propositions provoque indignation et colère. « La droite qui se dit toujours championne de la liberté veut interdire les réseaux sociaux, interdire de manifester, interdire de sortir. Ça va être dur de la battre au concours Lépine des idées les plus dangereuses pour les libertés publiques », dénonce la candidate écologiste à la présidentielle Marine Tondelier. Dans son entourage, on accuse même la droite et l’extrême droite d’être en train de préparer « un coup d’État light ».
« Nous avons besoin de raison et de démocratie, pas de basculer dans un régime autoritaire », alerte aussi le député Génération.s Benjamin Lucas, qui juge « effrayant la rapidité avec laquelle une partie de la classe politique est prête à sacrifier les principes de l’État de droit et de la République ». Hors du champ politique, le président de l’association des victimes des attentats du 13-Novembre Arthur Dénouveaux s’inquiète lui aussi des restrictions de liberté, même provisoires. Dans une tribune dans Le Monde, il assure « qu’encore une fois, au nom de ceux qui cassent, on va nous inciter à manifester moins, à nous rassembler moins, à contrôler davantage ».


