Politique

Comment l’intersyndicale peut compliquer l’automne social subi par l’exécutif

Baroud d’honneur ou nouvelle étincelle ? Après des semaines de mobilisation de la jeunesse et de manifestations contre la vie chère, les syndicats prennent le relais de la contestation sociale en appelant les salariés à descendre à leur tour dans la rue et à faire grève ce jeudi 5 novembre. Tous, de la CGT à la CFDT, réclament un changement de cap politique.

Selon les services de renseignement, 500 000 à un million de personnes pourraient répondre présent dans les plus grandes villes du pays, tandis que de nombreux secteurs devraient être affectés, de l’enseignement public (et privé) aux transports. Le trafic devrait également être perturbé sur les rails et dans le métro parisien, selon les prévisions de la RATP et la SNCF.

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez évoque, de son côté, une nouvelle journée « sensible » pour le maintien de l’ordre, qui justifie le déploiement d’un dispositif de sécurité encore massif. Objectif ? Éviter les scènes de chaos qui ont marqué la journée de mobilisation du 17 octobre dernier, quand des éléments extérieurs aux manifestations avaient profité du mouvement pour piller et vandaliser des commerces.

Le gouvernement maintenu sous pression

Pour le gouvernement, il s’agit d’une nouvelle épreuve de force au cœur d’un automne social déjà incandescent. Contrairement aux blocus lycéens ou manifestations spontanées de ces dernières semaines, qu’il n’a pas su anticiper ni juguler, le voilà désormais aux prises avec un mouvement syndical classique mais puissant, et surtout fort de nombreuses revendications.

Cela fait plus d’un an (et le précédent budget de Sébastien Lecornu) que l’ensemble des centrales n’avaient plus battu le pavé ensemble pour réclamer, en l’occurrence, l’augmentation des salaires et la sauvegarde des services publics. Le signe d’une colère sociale profonde, comme en témoigne, aussi, le soutien appuyé de la population à l’égard de cette journée de mobilisation.

Dans ce contexte, il sera donc difficile pour Sébastien Lecornu et ses ministres de trouver des dérivatifs, même en cas de violence, pour ne pas entendre les mots d’ordre exprimés. « Cette manifestation du 5 est importante pour garder cette pression-là » explique ainsi le représentant de la CFTC Cyril Chabanier (un syndicat réformiste), en insistant sur la nécessité de voir les « ouvertures » du gouvernement se « concrétiser. »

Éviter la convergence des colères

Conscients du caractère inflammable de cette séquence sociale qui se prolonge, les autorités ont déjà consenti quelques menus gestes à l’attention des syndicats et de leurs membres. Après avoir interdit le parcours qu’ils souhaitaient pour leur manifestation parisienne, la préfecture de police leur a proposé un tracé alternatif mercredi soir, mais dans le centre de la capitale, entre République et Nation, conformément à leurs demandes. Sur le fond, quelques jours plus tôt, le Premier ministre les a reçus à Matignon pour évoquer notamment l’éventualité d’augmenter le Smic avant un coup de pouce automatique.

De quoi imaginer une piste d’atterrissage à la crise ? Nul doute qu’en cas de nouveau succès dans les rues ce jeudi, le gouvernement ne pourra pas attendre plus d’un mois, comme il l’a fait avec les lycéens, pour prendre en considération les manifestants. Sans quoi il risque de s’exposer à une forme de convergence des luttes, sinon des colères, potentiellement dévastatrice à six mois de la présidentielle.

Rien d’anodin, donc, à voir le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou évoquer, deux jours avant le 5 novembre, d’éventuelles « mesures de nature à réenclencher la dynamique salariale. » Et susceptibles, aussi, de calmer enfin les esprits ? Première réponse ce jeudi, en fin de journée.