Une semaine après l’attentat de Trappes, la gauche enfin rassemblée contre le racisme
C’est d’une même voix que tous les partis de gauche ont condamné l’attentat raciste de Trappes qui a fait un mort et six blessés. C’est ensemble qu’ils se sont levés, à l’Assemblée nationale pour la minute de silence. Mais aucun des hommages organisés depuis le drame n’a réussi à réunir en un même endroit tous leurs chefs de file. Pire, certains rassemblements ont même été émaillés par des incidents qui illustrent à quel point, même sur l’antiracisme, la gauche semble incapable de s’afficher unie.
Il pourrait cependant en être autrement ce vendredi 30 octobre. Une semaine après le drame, le maire Génération.s de Trappes Ali Rabeh organise « un grand rassemblement populaire contre le racisme » à 18h. L’appel est relayé par la Ligue des Droits de l’Homme, SOS Racisme, la CGT, la CFDT. Depuis le drame, les discours et l’attitude de l’édile sont salués par toute la gauche. Qu’ils soient écologistes, socialistes, insoumis, les élus s’accordent pour pointer la responsabilité de l’extrême droite et de ses discours haineux, égratignent les médias jugés responsables de leur propagation, critiquent les membres du gouvernement qui les laissent passer – quand ils ne défendent pas le droit d’en débattre dans l’espace public…
Mais ces analyses partagées sont-elles suffisantes pour amener la gauche à refaire bloc contre le racisme ? À l’approche d’une présidentielle où chaque chapelle du PCF au PS à son ou sa championne, le doute est permis.
Trois jours après le drame, un rassemblement entaché à Paris
Lundi 26 octobre, deux rassemblements distincts ont donné un aperçu de l’absence d’unité face au drame. Le premier a été organisé dans le XIXe arrondissement de Paris, à Stalingrad, par SOS Racisme et la Ligue des droits de l’homme. Les socialistes Olivier Faure, Boris Vallaud, ainsi que le maire de la ville Emmanuel Grégoire étaient présents tout comme leur candidat désigné à la présidentielle Raphaël Glucksmann. Dans le même temps, son principal concurrent à gauche Jean-Luc Mélenchon s’exprimait lui à la Courneuve, ville conquise par les insoumis aux municipales.
Si le quadruple candidat à la présidentielle a pu discourir sans interruption, le maire PS a lui été chahuté par les auditeurs aux cris de « tout le monde déteste le PS ». Les images, surprenantes au regard du motif universel du rassemblement, ont provoqué de vives condamnations chez les socialistes. « Qui sont ces abrutis qui huent le maire de Paris lors d’un rassemblement contre le racisme ? Une poignée de sectaires (…) incultes au point d’ignorer que le combat antiraciste doit fédérer toute la gauche, et même au-delà, tous les républicains. Au moment où l’extrême droite caracole en tête dans tous les sondages, ces agissements indignes doivent cesser », s’est indigné le député et candidat malheureux à la primaire Emmanuel Maurel.
Mélenchon, Glucksmann et Tondelier présents à Trappes
À Trappes ce vendredi, les candidats de gauche à la présidentielle seront présents. François Ruffin fera le déplacement. Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon également. Auprès du HuffPost, l’entourage de Marine Tondelier a confirmé sa présence. Fabien Roussel se fera lui représenter par le chef de file du groupe à l’Assemblée Stéphane Peu et Ian Brossat, sénateur et porte-parole de campagne.
Ce sera la première fois depuis plus d’un an que tous les partis de gauche s’afficheront ensemble contre le racisme. Le 22 mars 2025, à l’occasion de la huitième édition de la Marche des solidarités, écologistes, insoumis, socialistes et communistes avaient participé au même cortège. L’évènement avait cependant été marqué par une polémique autour d’une affiche de la France insoumise et le souhait des mélenchonistes d’élargir le mot d’ordre pour en faire une manifestation contre le gouvernement de François Bayrou. Provoquant l’agacement des autres partis et des organisateurs.
Le 12 juin 2021, dans un contexte similaire à moins d’un an d’une présidentielle où l’extrême droite était aussi donnée haut dans les sondages, plus de 100 organisations avaient appelé à se rassembler « pour les libertés et contre l’extrême droite. » À l’époque, l’appel avait été cosigné par Générations, Place Publique, le PCF et EELV et le chef de file de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon avait aussi battu le pavé à Paris. Le Parti socialiste lui, avait publié son propre communiqué de soutien. Mais son dirigeant Olivier Faure avait préféré marcher à Avignon.
Le 27 octobre, alors qu’il était interrogé sur les images du rassemblement parisien de la veille, le maire de Trappes a renvoyé son camp à ses responsabilités. « L’exemple doit venir de chacun et chacune d’entre nous. Est-ce qu’on est capable dans le camp de la gauche, dans le camp républicain, de distinguer un adversaire, un concurrent, d’un ennemi de la République », a déclaré Ali Rabeh. « C’est ça l’enjeu. »



