Culture

Ce n’est pas juste pour la performance de Cécile de France qu’il faut voir ce film

« Vous n’êtes pas coupables, ne l’oubliez pas. » Ces mots, ce sont ceux prononcés par Charlotte Gainsbourg, alias Gisèle Halimi, quelques minutes avant l’ouverture du procès de Bobigny à l’automne 1972. 54 ans après, le film L’affaire Marie-Claire, au cinéma depuis le 4 novembre, a le mérite de relater un évènement bien connu mais qu’il est nécessaire de raconter, et rappeler.

Après son passage à Cannes, le film réalisé par Lauriane Escaffre et Yvo Muller a été projeté en avant-première au festival de cinéma 2 Valenciennes. Il suit le destin de la très jeune Marie-Claire Chevalier et de sa mère Michèle. Une nuit, la police vient les embarquer. « Vous savez pourquoi vous êtes ici ? » leur demande l’officier une fois au commissariat. Elles le savent. Quelques semaines plus tôt, Marie-Claire a subi un avortement clandestin après avoir été violée par un camarade de lycée. C’est ce dernier qui l’a dénoncée. Mère et fille se rendent chez l’avocate Gisèle Halimi pour lui demander de les représenter.

C’est le début d’une histoire très largement médiatisée que tout le monde en France pense connaître. Film-procès de facture classique, L’affaire Marie-Claire relate évidemment les moments essentiels de ce procès. Comme le témoignage poignant de Michèle Chevalier, incarnée par une Cécile de France d’une justesse rare. Il y a aussi la plaidoirie de Gisèle Halimi, transposée avec fidélité malgré quelques coupes nécessaires. Et évidemment, le verdict historique qui verra l’adolescente relaxée et sa mère condamnée à 500 francs d’amende avec sursis.

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Mais ce qui est sans doute le plus intéressant dans ce film, ce sont les coulisses de l’élaboration de la stratégie de défense voulue par Gisèle Halimi. Et comment cette dernière a opéré pour transformer le procès de la jeune fille et des quatre autres femmes accusées en « procès de la loi ». Une manœuvre rendue possible notamment grâce au mouvement féministe Choisir de Simone de Beauvoir (campée par Marianne Basler) sur lequel elle a pu s’appuyer.

La portée de L’affaire Marie-Claire

On y voit notamment la construction du récit médiatique par le biais de négociations avec France Soir et Paris Match, qui se fait avec puis sans l’aval de la famille Chevalier. On y découvre les tractations menées par l’avocate et son équipe pour obtenir « la grande salle » du tribunal, mais aussi trouver les « bons » témoins. Les négociations avec le professeur de médecine, Paul Milliez, profondément catholique et opposé à l’avortement, personnage clé de la stratégie de Gisèle Halimi, tiennent en haleine. L’affaire Marie-Claire n’est sans doute pas, aux yeux des cinéphiles les plus exigeants, un grand film de cinéma. Mais une œuvre au message essentiel et plus que jamais d’actualité, oui.

En effet, si dans L’affaire Marie-Claire, c’est bien « David qui gagne à la fin », difficile de ne pas reconnaître la valeur presque pédagogique d’un film remettant au premier plan cette histoire qui a directement conduit au vote de la loi Veil le 20 décembre 1974.

Car plus de 50 ans après, le droit à l’avortement ne cesse de reculer, y compris là on le pensait pourtant immuablement installé. En 2022, l’arrêt Roe v. Wade de la Cour suprême des États-Unis qui garantissait un droit constitutionnel fédéral à l’avortement a été annulé, 51 ans après avoir été signé. En France aussi, malgré l’inscription du droit à l’IVG dans la constitution en 2024, l’accès à l’avortement reste, d’après un récent baromètre du Planning familial, un parcours semé d’obstacles.