Dans son autobiographie, Sophie Marceau raconte une jeunesse marquée par l’emprise
« J’étais encore une enfant lorsque la providence […] signa avec moi une sorte de contrat à vie ». Sophie Marceau n’avait que treize ans lorsqu’elle est devenue actrice, révélée dans La Boum en 1980. Elle n’en avait que dix-sept lorsqu’elle fit la rencontre du réalisateur polonais Andrzej Żuławski, de vingt-six ans son aîné.
Dix-sept ans, c’est aussi le temps que durera leur relation amoureuse, qu’elle sonde dans Warszawa, son nouveau livre, publié aux éditions Seghers ce jeudi 29 octobre. L’actrice s’était déjà essayée à l’écriture dans Menteuse, en 1996, puis La Souterraine en 2023. Ce troisième ouvrage court et percutant est son premier ouvertement autobiographique.
Warszawa, le nom polonais de Varsovie, est un texte intime, celui d’une femme adulte qui revisite sa jeunesse et interroge ce premier grand amour. Sans jamais citer de nom — elle s’adresse à « tu » —, le livre prend la forme d’une longue lettre adressée à Andrzej Żuławski, décédé en 2016.
Le cinéaste, avec qui elle a un fils, la fera jouer dans quatre de ses films. Il lui fera découvrir la littérature, la Pologne et la vie conjugale, mais aussi l’isolement, la dévalorisation et l’emprise. Une emprise qu’elle subissait déjà par celui qu’elle décrit comme son premier « époux » : le cinéma.
L’envers de La Boum
Après avoir décrit, tel un scénario de film, le début de son histoire avec Andrzej Żuławski, Sophie Marceau revient sur la genèse de sa carrière elle, très brièvement. En seulement cinq pages, peut-être les plus marquantes du livre, l’actrice-autrice décrit tout un système néfaste. Comment du jour au lendemain, elle est passée de l’ombre à la lumière, et comment Victoire B., son personnage dans La Boum, a effacé la jeune fille qu’était Sophie Maupu.
Elle raconte une dépersonnification rapide, qui ne venait pas que du public et de sa soudaine notoriété. Il s’agissait de consignes directes des professionnels du milieu qui l’entouraient. « Fumer devant les caméras ou avoir l’air triste, ce n’était pas envisageable. Je ne devais pas décevoir les gens en étant moi-même », écrit-elle.
Sans détour, Sophie Marceau détaille par exemple que le réalisateur voulait s’assurer qu’elle n’aurait pas de relation sexuelle avant le tournage de La Boum 2, et la questionnait régulièrement sur sa « nécessaire » virginité. Là encore, elle ne nomme jamais Claude Pinoteau, qu’elle appelle « le metteur en scène de mon premier film », ni le film en question — qu’elle renomme « La Même Chose 2 ».
Mais elle n’élude pas les propos problématiques qu’il a tenus à l’adolescente qu’elle était : « au cinéma tout se lit sur les visages’ et le sexe ’salirait’ indubitablement ma figure tout entière » ou encore « rien n’échappera à l’œil de la caméra ». Elle confie que le réalisateur lui avait affirmé que le public lui en voudrait et que le film « en pâtirait ».
Grand amour et grande emprise
« Après mon nom, ma personnalité, mon apparence, mon corps aussi leur appartenait », résume l’actrice aujourd’hui âgée de 59 ans. C’est dans cette situation d’extrême fragilité pour une jeune fille de dix-sept ans qu’elle rencontra Andrzej Żuławski. « Tu mis un terme à tout cela », lui dit-elle dans son livre.
D’une emprise systémique, elle passa à une autre, romantique. Pour autant, elle ne dénonce pas son ex-compagnon comme elle le fait avec l’industrie du cinéma. La force du texte de Sophie Marceau est de décrire cette relation comme elle l’a vécue : avec le cœur. Les pages de Warszawa reflètent tout l’amour qu’elle a porté au réalisateur, jusque sur son lit de mort, et surtout l’admiration qu’elle avait pour lui.
Mais derrière l’amour, le récit de leur histoire se parsème aussi de signaux alarmants : être coupée du reste du monde (« tout déplacement hors de la maison devait être justifié par une raison professionnelle »), la disponibilité totale (« quelle que soit la distance, les décalages horaires ou la fatigue, il me fallait répondre à chacun de tes appels »), la mauvaise foi, puis les crises de jalousie infondées et les silences de punition.
Avec beaucoup de poésie, elle lie la fin de cette relation au début de son affirmation : « Moi sans toi. Moi, sans ton regard. Je ne cherchais plus à te plaire. Tu m’auras au moins libérée de ça ». Aujourd’hui, Sophie Marceau ne joue plus le rôle de femme docile qu’Andrzej Żuławski lui avait écrit, ni celui de Victoire B. qui lui a longtemps collé à la peau. Elle est libre.


