Culture

Mort de Philippe Bouvard, animateur historique des « Grosses Têtes » sur RTL

Une plume et voix inclassable du PAF s’en est allé. Figure historique du micro rouge de la radio RTL, le journaliste et présentateur français Philippe Bouvard est décédé ce lundi 24 août, chez lui, à Cannes.

Son décès à l’âge de 96 ans a été annoncé par sa compagne à la radio RTL, où il aura animé durant pendant près de 40 ans l’émission Les Grosses Têtes. Une première fois de 1977 à 2000, puis de 2001 à 2014.

« Nous apprenons la disparition de Philippe Bouvard, visage et voix historiques, emblématiques, (…) de RTL et des Grosses Têtes », a déclaré à l’antenne la matinalière Céline Landreau. « Il s’est éteint ce matin aux alentours de 8 heures, en douceur », a-t-elle poursuivi, assurant avoir été informée par l’épouse de l’animateur, qui avait fini par prendre à sa retraite – à contrecœur – à 90 ans. Il s’était finalement résigné à « faire silence » le 1er janvier 2025. « Parce que le 1er janvier, j’aurai établi le double record que j’espérais, c’est-à-dire 60 ans de radio et 60 ans de RTL. »

En dehors des ondes de RTL, Philippe Bouvard était évidemment connu pour l’émission d’Antenne 2 Le Théâtre de Bouvard, programme culte de 1982 à 1987 qui a permis de faire émerger un tas d’humoristes et d’artistes aujourd’hui célèbres : Les Inconnus, Muriel Robin, Bruno Gaccio, Mimie Mathy, Chevalier et Laspalès…

Infatigable journaliste

S’il était principalement connu pour ses talents d’amuseur derrière un micro ou devant une caméra de télévision, c’est par la presse écrite que Philippe Bouvard avait commencé sa carrière dans les médias. Le Figaro évidemment mais aussi France-Soir, L’Express, Le Point ou encore Paris Match, Philippe Bouvard aura écumé les rédactions parisiennes avec sa plume acérée.

Né le 6 décembre 1929 à Coulommiers (Seine-et-Marne) d’un couple de petits commerçants, Philippe Bouvard entre au Figaro en 1952 comme garçon de courses, après un court passage par le Centre de formation des journalistes. Il y grimpe les échelons, signe la chronique mondaine et devient directeur des services parisiens. En 1973, il quitte Le Figaro pour France Soir, où il occupera plusieurs fonctions hiérarchiques et signera pendant des années un billet publié en Une.

Il part en septembre 2003. Au cours de sa carrière, il sera également conseiller technique à L’Express et chroniqueur à Paris Match. Il devient rédacteur en chef à RTL en 1968 et lance Les Grosses Têtes le 1er avril 1977.

Bouvard, le « Français moyen, râleur, chauvin »

Pilier de RTL où il a travaillé à partir des années 1960, son nom reste évidemment attaché à celui des Grosses Têtes, devenue au fil des ans l’émission de radio la plus écoutée de France. Le concept ? Ses invités, des personnalités, doivent trouver les réponses à des « colles » posées par les auditeurs. L’argument culturel initial de l’émission laisse toutefois rapidement sa place à l’humour gaulois et aux plaisanteries en dessous de la ceinture. « Même si je revendique une certaine complaisance dans le registre de la braguette, l’exercice est plus périlleux qu’il n’y paraît. En radio, un bon mot qui vient cinq secondes trop tard n’est plus un bon mot », déclare celui qui citait Coluche, Desproges et… Cioran comme ses humoristes préférés.

En mai 2000, la nouvelle direction de la radio décide de rajeunir la station et le renvoie sans ménagement en le remplaçant par Christophe Dechavanne. L’audience s’effondre et l’animateur est rappelé quelques mois plus tard. Même scénario en septembre 2014, après 37 ans aux manettes. Il doit cette fois laisser sa place à Laurent Ruquier, appelé pour rajeunir l’émission. Philippe Bouvard, alors proche des 85 ans, l’avait mal vécu. « Ce n’est pas moi qui ai pris la décision (d’arrêter) mais je l’ai acceptée. L’annonce de cet abandon, car c’en est un, est un déchirement », déclarait-il alors.

Huit ans plus tard, la plaie mal refermée, il raconte qu’il aurait été incapable d’arrêter de lui-même Les Grosses Têtes. La station lui avait d’ailleurs confié Allô Bouvard comme lot de consolation. Une émission diffusée le week-end, qui s’était arrêtée à l’été 2020. Infatigable et toujours au fait de l’actualité, malgré sa vue et son audition défaillantes, il tenait encore à 94 ans une page dans le magazine VSD, ainsi qu’une chronique dominicale sur RTL.

À la retraite, il vivait à Cannes, avec Colette, son épouse depuis plus de 70 ans. « Je suis et je reste un Français moyen, râleur, chauvin, un rien xénophobe », confiait-il au Parisien en 2022, tout en avouant être « peut-être un peu misogyne » et regrettant parfois de « s’être laissé engluer dans ce personnage ». En 1996, il avait d’ailleurs été condamné pour provocation à la haine raciale à la suite d’une devinette posée lors d’un numéro des Grosses Têtes.