Culture

Triomphe, RN… On a parlé du retour de « La Cage aux folles » avec son metteur en scène

Zaza remonte sur scène. Avec elle, son satin, son taffetas et tout son mascara. Un peu moins d’un an après son triomphe au Théâtre du Châtelet, Laurent Laffite reprend, ce vendredi 30 octobre, son costume de l’indéboulonnable drag-queen de La Cage aux folles pour le retour de la comédie musicale d’Olivier Py.

Changement de décor : la star exubérante du show et toutes ses « cagelles » se délocalisent à la Seine musicale, près de Paris, où elles prennent leurs quartiers jusqu’à la mi-novembre. Au programme ? La même malice, le même ton irrévérencieux et les mêmes excès, qui ont fait du spectacle de 3 heures un rendez-vous immanquable l’hiver dernier.

Adaptation dans la langue de Molière d’une œuvre culte née à Broadway en 1983 à partir du texte original de Jean Poiret, la pièce d’Olivier Py s’éloigne des farces du film français sorti en 1978, pour appuyer l’histoire d’amour entre nos deux héros, et livrer un discours tendre sur l’homoparentalité, loin des clichés.

Deux Molières au compteur (un pour le comédien, un autre pour le spectacle musical) et plusieurs milliers de billets vendus plus tard, l’heure est bientôt venue de lever le rideau à nouveau. Que faut-il en attendre de plus ? Son metteur en scène nous répond.

Le HuffPost : Dans quel état d’esprit appréhendez-vous ce retour ?

Olivier Py : On est toujours inquiet avant une première. Mais, c’était notre volonté à tous de prolonger le succès du Châtelet. C’était un rêve. Pour nous, c’est la fête. On est porté par la ferveur du public, par la beauté du spectacle. On est un groupe soudé, joyeux. Laurent, lui, se prépare. C’est un grand travailleur. Il faut qu’il se ménage un peu parce qu’il aura deux représentations le samedi, et une le dimanche. C’est beaucoup.

Que s’est-il passé pendant ces dix mois d’absence ?

Comme souvent quand on fait des reprises, des choses ont maturé. Des voix se sont épaissies. Les danseurs sont encore plus toniques. Les claquettes, encore plus rapides. Les choses se sont approfondies. J’étais vraiment surpris. Le très beau décor de Pierre-André Weitz a aussi été un peu agrandi pour cette nouvelle salle qui est plus grande.

Le triomphe de l’hiver dernier vous a-t-il, lui, étonné ?

Il y a eu un phénomène, c’est vrai. Et je pense que c’est justice rendue à l’œuvre de Harvey Fierstein et Jerry Herman, les deux auteurs de la comédie musicale d’origine. Elle n’était pas connue en France, et ça me rend heureux de voir que l’enthousiasme que j’ai pu avoir pour celle-ci a été partagé.

L’actualité politique n’est pas la même. Avez-vous apporté des modifications dans le texte, comme le clin d’œil aux bijoux que Rachida Dati aurait oublié de déclarer ?

Non plus. Cette blague, Laurent l’a faite seulement le soir de la première. Ce n’était pas dans le texte. Pendant le spectacle, il dispose d’un court instant pour improviser. Je ne sais pas ce qu’il fera dans les semaines qui viennent. Mais non, cette blague, il ne l’a faite qu’une fois. Je comprends que ça ait plus aux journalistes.

Pas à vous ?

Non, non. Je n’aime pas les blagues politiques ad hominem.

Ailleurs en ce moment, une autre tournée bat son plein : celle de Drag Race France. Mise en scène par Thomas Jolly, elle adresse, elle, une pique à Charles Alloncle. Doit-on voir dans le succès du spectacle vivant queer un pied de nez à l’extrême droite ?

Bien évidemment. Partout dans le monde, l’extrême droite s’est saisie de mouvements anti-LGBT. Il y a une extrême droite homophobe, mais elle est plutôt chez Zemmour qu’au RN. Par exemple, le RN a voté blanc contre les thérapies de conversion. Le jeu du RN avec le monde LGBT est plus complexe qu’on ne l’imagine. J’ai lu récemment que 30 % des homosexuels voteraient RN (d’après un sonsage de l’IFOP paru dans le magazine Têtu en mars 2026 : ndlr). Ça me terrifie, ça me sidère.

La Cage aux folles peut-elle contribuer à sensibiliser contre à sa manière ?

Oui, bien sûr. Elle prône des valeurs politiques et morales importantes. C’est pour ça qu’on l’aime. La fluidité de genre, l’homoparentalité, le discours homophobe par les extrêmes droites, la masculinité toxique… Tous ces thèmes-là sont présents depuis son écriture, en 1983. Ça parle de notre monde et de notre société aujourd’hui.

Ceux qui pensaient que La Cage avait vieilli se sont trompés. C’est au cœur même de certaines préoccupations sociétales, même s’il n’y a pas que ça. Ça parle aussi de théâtre, d’amour maternel. C’est le plaisir incroyable d’une musique exubérante, de ces moments chorégraphiques. C’est une grande joie. C’est un hommage au cabaret.

Contrairement au lancement, le spectacle n’affiche pas encore complet. Vous gardez un œil sur les réservations ?

Je m’intéresse toujours à la fréquentation. C’est important, sinon je ne serais pas directeur de théâtre. Il reste des places, mais pas beaucoup. Pas beaucoup, beaucoup.

Vous envisagez un phénomène similaire ?

Il faut l’espérer. La Cage est là pour apporter du bonheur, rendre les gens heureux. J’espère que les 3 500 premiers à s’y rendre, ce vendredi, sortiront avec des paillettes dans les yeux, comme ce fut le cas au Châtelet.