Economia

Alors qu’on tire la langue avec les prix des carburants, vous n’avez encore rien vu avec le gaz

Des gouttes qui coûtent de plus en plus cher. Depuis des semaines, gonflées par les tensions internationales, les prix des carburants – notamment du gazole – explosent. Malgré la prolongation et l’élargissement de l’aide aux grands rouleurs annoncée par le gouvernement fin septembre, les témoignages de Français peinant à financer leur plein se multiplient dans les médias.

Alors que l’on devrait bientôt rallumer les chauffages, s’acquitter de sa facture d’énergie risque de peser aussi sur le pouvoir d’achat des Français cet hiver. À partir de ce 1er octobre, le prix de référence du gaz augmente de 6,3 %, soit une hausse d’environ 5 euros TTC par rapport au mois précédent.

Cette augmentation n’est que le symptôme d’un phénomène inflationniste déjà bien ancré. Le prix du gaz s’est emballé franchement en mai 2026 en augmentant de plus de 15 %, deux mois après le début de la guerre en Iran. Depuis, d’autres majorations se sont accumulées tout au long de l’été. Si bien que la facture moyenne 2026 « pourrait être de l’ordre de 120 euros de plus par an par rapport à 2025, si les prix se maintiennent jusqu’à la fin de l’année », a prévenu récemment Emmanuelle Wargon, présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), mi-septembre.

Ce coup dur pour le portefeuille va incomber aux 6 millions de ménages qui ont souscrit à une offre indexée sur ce prix repère qui varie chaque mois. Les 4 millions de foyers qui ont, eux, un contrat à prix fixe (établi par leur fournisseur au moment de la signature) ne sont pas concernés. D’ordinaire, l’indexation est plus avantageuse… mais pas en ce moment. Et cela pourrait bien durer.

Un hiver glacial pour les factures

Entre l’Iran et le nord du sultanat d’Oman, le détroit d’Ormuz, où transitent 20 % des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL), est maintenant bloqué depuis plus de six mois. Et ça nous coûte cher, quand bien même le fait que le gaz qatari soit bloqué en amont du détroit d’Ormuz ne devrait pas être un problème pour nous. En effet, il n’est responsable que de 3,8 % de notre consommation, quand la Norvège et les États-Unis pèsent chacun autour des 30 % dans notre balance européenne. Ce n’est donc pas un problème de flux. Notre affaire, c’est plutôt ce que le blocage d’Ormuz engendre sur les marchés gaziers sur lesquels on se fournit.

« On a un problème de choc de prix », résume Sami Ramdani, chercheur à l’IRIS, spécialisé en géopolitique de l’énergie et des matières premières, interrogé par Le HuffPost. Si nous ne sommes pas dépendants du gaz qatari, d’autres le sont. C’est le cas du continent asiatique, qui doit donc se reporter sur d’autres produits pour se fournir. Ainsi, la concurrence est plus rude sur les marchés et cela fait mécaniquement augmenter les prix pour tout le monde.

La concurrence est encore plus rude l’hiver, quand plusieurs régions du monde sont touchées par le froid en même temps. Si les stocks constitués pendant le printemps et l’été ne suffisent pas, les pays n’ont pas le choix que de se disputer les mêmes cargaisons de GNL au plein cœur de la saison hivernale, ce qui fait grimper les enchères. Ce cas de figure peut d’ores et déjà être anticipé côté français, nos cuves étant actuellement moins remplies qu’à la même période l’an passé.

Selon les calculs du comparateur d’énergie Selectra, le prix repère prendrait encore 9 % le 1er novembre, resterait stable en décembre, puis gagnerait 2 % en janvier. Les cotations de novembre et de décembre, quand on achètera sans doute au prix fort le gaz, se retrouveront sur les factures de janvier et de février, quand la consommation de chauffage est au plus haut. Une hausse continue qui fait dire à Selectra que l’hiver 2026-2027 pourrait « battre tous les records » sur le front du prix.

Des contraintes qui ne vont rien arranger

Tant que la situation ne se débloquera pas à Ormuz, la concurrence sur les marchés de gros se poursuivra donc. À cette logique implacable, il faudra composer, nous Européens, avec une nouvelle contrainte auto-imposée à compter du 1er janvier 2027.

En décembre 2025, l’Union européenne s’est entendue sur un projet de législation qui interdit les importations de gaz russe entre 2026 et 2027. Si le robinet est déjà en partie coupé, la démarche s’accélère au 1er janvier 2027 avec l’interdiction de conclure des contrats longs pour le GNL, comme le rappelle le site gouvernemental Vie Publique. « Cette nouvelle réglementation européenne va être une contrainte supplémentaire, on peut logiquement anticiper une hausse des prix », analyse Sami Ramdani.

La page doit définitivement se tourner au 30 septembre 2027 avec l’interdiction du gaz acheminé par oléoduc. Avant ces nouvelles règles, le gaz russe ne représentait plus que 6 % des importations au sein de l’UE en 2025 (contre 40 % en 2021), note le Conseil européen. Une part qu’il faudra donc trouver ailleurs sur les marchés à partir de 2027.

Une autre réglementation européenne pourrait encore alourdir la note : celle sur les émissions de méthane qui impose de nouvelles obligations de transparence aux importateurs de gaz naturel et de pétrole, ce qui fait craindre de fortes tensions sur les coûts d’approvisionnement et donc une hausse des prix. Mais rien n’est moins sûr puisque, le 20 septembre dernier, Emmanuel Macron a demandé à la Commission européenne un report d’un an de ce règlement, justement pour sécuriser les importations de carburants et de gaz.

Peut-on espérer une baisse des prix à l’avenir ?

Que l’on se rassure : des solutions pourraient permettre de relâcher la tension sur les prix. Et toutes semblent provenir d’outre-Atlantique. D’abord, on peut espérer que Donald Trump, en difficulté dans les sondages, fera tout pour rouvrir le détroit d’Ormuz d’ici les midterms pour convaincre un électorat échaudé par les hausses de prix après plus de six mois de conflit au Moyen-Orient.

À plus long terme, on attend également beaucoup des nouvelles capacités de liquéfaction qui doivent provenir des États-Unis à partir de 2027. De quoi espérer une baisse des prix à l’avenir, ou du moins un « rééquilibrage », nous explique l’expert de l’Iris.

Pour alléger les factures des plus modestes dans l’immédiat, le chèque énergie va être maintenu en 2027, a d’ores et déjà annoncé le gouvernement. Ce coup de pouce, destiné aux 4,2 millions de ménages modestes doit permettre de financer sa facture à hauteur de 150 à 270 euros.