Ce rapport sur le poids des retraites publié par Bercy a tout pour dynamiter la présidentielle
Sujet sensible. Le gouvernement a publié un rapport, mardi 13 octobre, visant à chiffrer le poids croissant des dépenses liées aux retraites des fonctionnaires dans les budgets des ministères. Une opération de « transparence inédite » selon Bercy, ces données étant certes publiques, mais difficiles à calculer jusqu’à présent, en fonction des paramètres retenus.
Résultat : cette année, près d’un tiers des crédits de certains ministères financera les retraites des fonctionnaires. À l’Éducation nationale, 28,5 milliards d’euros sur 89,1 milliards de crédits prévus en 2027, soit 32 %, seront in fine versés au compte qui finance les pensions, selon le document publié en annexe du budget. La proportion est de 30 % au ministère de l’Intérieur et d’environ 13 % en moyenne pour l’ensemble des ministères.
En clair, ces taux élevés résultent principalement du déséquilibre démographique dans la fonction publique (moins d’un cotisant par retraité contre 1,5 pour les salariés du privé), lequel trouve sa cause dans le vieillissement de la population, mais également dans la part croissante des contractuels (affiliés au régime général et non pas à celui des fonctionnaires). Pour combler ce déséquilibre, l’État met donc la main à la poche. En 2025, cela lui a coûté 43 milliards d’euros, soit 10 % environ de son budget total.
Que disent les chiffres
Publié en pleine période budgétaire, largement discuté depuis sa sortie, le document ne révèle pas vraiment de déficit caché, l’enjeu correspond surtout à une question assez technique de présentation comptable. Il donne en revanche des arguments supplémentaires aux économistes et aux quelques responsables politiques qui déplorent le poids des pensions de retraite et de son système sur les finances publiques. Le tout, au détriment des dépenses d’avenir, pour l’investissement ou à destination des jeunes.
C’est en tout cas le constat dressé par le ministère des Comptes publics, graphiques à l’appui. Dans son document de 250 pages, Bercy affirme effectivement que « le poids des dépenses de retraite dans les crédits ministériels exerce un effet d’éviction : dans chaque ministère, les crédits qui financent la retraite ne financent pas les services publics. »
Concrètement, quand le gouvernement et les documents budgétaires officiels promettent 89,1 milliards de crédits pour l’Éducation nationale, seuls les deux tiers (60,6 milliards) sont consacrés à l’enseignement actuel des élèves ou à leurs conditions de scolarisation. Même schéma pour le ministère de l’Intérieur, quand seuls 25 milliards environ sur les 35 affichés sont destinés aux fonctionnaires en poste, à leurs équipements ou leur formation.
Pourquoi le rapport est explosif
Autant de chiffres potentiellement explosifs dans le contexte politique actuel, marqué par des discussions budgétaires difficiles et les premiers débats de la campagne présidentielle, en ce qu’ils recoupent plusieurs sujets sensibles. La contribution des plus âgés à l’effort de redressement par exemple, ou l’efficacité des services publics.
Sans surprise, les réactions n’ont pas tardé. Pour le gouvernement et ses soutiens, la présentation ainsi faite permet de justifier encore davantage les mesures du PLF (projet de loi de finances) qui vont toucher les retraités, que ce soit la désindexation partielle de leur pension sur l’inflation ou le rabotage de leur abattement fiscal. Sur les réseaux sociaux, le député macroniste et ancien ministre Marc Ferracci indique par exemple que ces données « vertigineuses » le « confortent dans (sa) conviction que l’effort doit être partagé entre les générations. »
Du côté des candidats à la présidentielle, le libéral David Lisnard estime pour sa part tenir, avec ce rapport, une « énième confirmation » du fait que « les moyens du terrain sont détournés par les retraites et l’hyper bureaucratie. » « Tout cela à cause des irresponsables politiques qui, “en responsabilité”, ont maintenu, malgré la décroissance démographique, le système par répartition intégrale », écrit le maire de Cannes, en prônant l’instauration d’une part de capitalisation, une des propositions qui émergent de cette précampagne.
Le sujet s’est également invité à l’Assemblée nationale, ce mercredi, lors des questions au gouvernement, avec un pas de deux entre le ministre du Budget David Amiel et son comparse le député Renaissance Pierre Cazeneuve. Ce dernier a dit souhaiter une « indignation collective » face aux chiffres publiés, témoins d’un pays « qui se meurt progressivement ».



