Economia

Pourquoi la baisse des prix du gazole de 12 à 18 centimes est loin d’être garantie dès ce 1er novembre

Une baisse attendue de pied ferme. Début octobre, en marge d’une réunion du G7 sur l’énergie, Emmanuel Macron faisait une promesse : au 1er novembre, le prix du gazole baissera de 12 à 18 centimes par litre. Cela est rendu possible grâce à la libération de 10 millions de barils de gazole, issus des stocks stratégiques achetés avant la guerre en Iran, pour réduire le prix à la pompe, aujourd’hui fixé à 2,38 euros le litre.

Une réponse qui, sur le papier, semble plutôt bien calibrée pour soulager les automobilistes qui roulent au diesel (67 % de la consommation française en janvier 2026) qui vont jusqu’à réduire leurs déplacements ces derniers mois. Pour preuve, la consommation de carburant a baissé de 12 points en un an en septembre 2026 en France, selon des chiffres transmis par Bercy.

Pour relancer la machine, la France va irriguer le marché des distributeurs avec 10 millions de barils, répartis équitablement sur trois mois, au prix d’avant-guerre en Iran. De quoi permettre une baisse jusqu’à « 18 centimes par litre » à la pompe dès le 1er novembre, assurait encore Bercy ce jeudi 29 octobre lors d’un brief presse. Un beau programme derrière lequel se cache une mise en œuvre complexe et encore incertaine sous bien des aspects.

1er ou 2 novembre ?

« On sera prêts », assurait Philippe Casbas, président de l’UFIP Énergies et Mobilités, sur RMC mercredi 28 octobre. Le patron de l’Union française des industries pétrolières nuancera ses propos quelques secondes plus tard : « Le 1er novembre est un dimanche donc je ne suis pas absolument certain que ce sera en place le jour J ».

Ce jeudi, il nous assure pourtant l’inverse. « Tout le monde est dans l’axe de tir pour que ce soit effectif au 1er novembre », déclare Philippe Casbas au HuffPost, reconnaissant que les choses ont pu beaucoup évoluer ces derniers jours. Selon ses informations, la baisse des prix est possible à cette date car les contrats de vente devraient être signés « vendredi ou samedi », les plus gros distributeurs en priorité. Or, dès que le contrat est signé, la remise peut alors se faire. Et ce, avant même la livraison de ces fameux stocks stratégiques, comme le fixe un décret publié samedi dernier. « Cela va arriver en stations dans les jours suivants. Ça demande un peu de logistique pour que les camions sortent réellement ces stocks », nous explique Bercy.

Le décret leur permet justement de ne pas attendre ces camions pour baisser leur prix au plus vite. « On a tout fait pour que la baisse puisse être mise en place le 1er », nous rétorque-t-on, sans manquer de mentionner l’aide aux grands rouleurs prolongée jusqu’à décembre. Pour autant, le ministère de l’Économie est un peu moins ferme sur le calendrier que le président de l’Ufip, et table sur « une baisse affichée au 1er ou au 2 novembre ».

Ici, tout est question de sémantique : les opérateurs ont « la possibilité » de répercuter le prix à la pompe « dès » le 1er novembre, fait savoir Bercy. C’est donc à l’appréciation de chacun de décider quand donner le coup d’envoi de la baisse des prix. La prudence d’attendre que les stocks physiques soient dans les cuves pourrait jouer. Mais surtout, que les automobilistes n’aient pas trop d’espoir de faire un plein à moindre coût sur le chemin du retour des vacances de la Toussaint : les modifications de prix par les stations-service le dimanche sont rares et ne représentent que 2,4 % des changements hebdomadaires, selon les chiffres du site spécialisé « prix du carburant ».

Notons que les stations ont tout intérêt à ne pas être les dernières à afficher cette remise afin de rester concurrentiels. Thierry Cotillard (Intermarché), Dominique Schelcher (Système U), Patrick Pouyanné (TotalEnergies)… Tous les grands patrons du secteur ont par ailleurs salué la démarche et se sont engagés, selon le gouvernement, à l’honorer.

Un prix qui n’est pas une science exacte

Reste à savoir si la baisse des prix sera bien appliquée partout. Il faut savoir que les distributeurs sont tenus de répercuter cet avantage économique sur le consommateur au titre d’avoir eu accès à un carburant trois à quatre fois moins cher par rapport au tarif actuel du marché. La Répression des fraudes veillera au grain, nous assure Bercy. « L’enjeu est que personne ne se fasse de marge là-dessus », affirme-t-on. À noter que les distributeurs se sont aussi engagés à proposer la même remise dans toutes les stations de leur réseau.

Quant aux plus petites stations (de campagne, de montagne ou des outre-mers par exemple), elles pourront demander un prêt à taux zéro qu’il leur permettra d’avoir une « trésorerie sans frais » pour qu’elles soient en capacité, dès le 1er novembre, de baisser le prix par anticipation.

Cela ne veut pas dire pour autant que les prix seront identiques d’une station à une autre. Déjà car les distributeurs recevront un certain pourcentage de ce stock stratégique en fonction de leur part de marché en 2025. C’est pour cela que la baisse annoncée est une fourchette : entre 12 et 18 centimes, comme on peut lire partout dans la presse. Par ailleurs, les grandes enseignes sont toujours libres d’appliquer les politiques commerciales qu’elles veulent en plus de cette baisse, à l’instar de TotalEnergies qui a plafonné les prix de l’essence (1,99 €/L) et du gazole (2,25 €/L). Lundi, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, s’est déjà engagé à baisser de 8 à 12 centimes le prix du litre de gazole pour les particuliers. À partir de dimanche, nous allons peut-être découvrir que l’horizon des 18 centimes n’est peut-être qu’un mirage ?

Beaucoup d’informations à intégrer pour l’automobiliste donc. Ce dernier doit d’ailleurs se préparer à être proactif quand l’heure sera venue de se rendre à la pompe ces trois prochains mois. « La baisse des prix ne sera pas affichée sur les totems (que l’on peut voir de loin sur l’autoroute par exemple, NDLR), c’est infaisable », nous explique Philippe Casbas. Pour savoir combien le consommateur gagnera sur son plein, il faudra aller consulter la petite « affichette », le terme consacré par Bercy, au-dessus des pompes. Si le carburant coûtera moins cher, il faudra certainement investir dans de l’huile de coude.