À quoi peut bien servir le débat (sans vote) convoqué par Lecornu sur Parcoursup ?
Un (petit) débat pour sortir de la crise ? L’Assemblée nationale bouscule son agenda ce mercredi 28 octobre, en fin d’après-midi, pour discuter à la demande de Sébastien Lecornu sur « l’avenir du processus d’orientation » des lycéens. Autrement dit, de Parcoursup, cette plateforme honnie par les jeunes et au cœur de leur mouvement social.
Plus d’un mois après le début des blocus, le gouvernement a annoncé lundi qu’il allait faire évoluer en deux temps les règles de ce fameux outil. Une première réponse tangible à la colère des étudiants, qui s’est accompagnée de plusieurs autres promesses, sur la rénovation du bâti scolaire, l’accès aux bourses ou la création de milliers de places dans les facultés. Alors, à quoi bon organiser ce débat au Palais Bourbon, qui plus est sans vote, à ce moment-là ?
Pour le Premier ministre, l’objectif peut être double. Ce rendez-vous va lui permettre d’incarner, enfin, et d’expliquer, encore, ses mesures à l’attention de la jeunesse, pour tenter de juguler leur fronde. Un nouveau plaidoyer qui ne sera pas de trop dans une semaine cruciale, avant la rentrée et l’éventuelle reprise des blocus. Mais ce n’est pas tout. Une telle discussion obligera aussi chaque camp à se positionner et à préciser les réponses normalement crédibles qu’ils proposent au mal-être de la jeunesse.
Quel plan pour le gouvernement ?
Sébastien Lecornu va donc détailler le plan du gouvernement. Concernant Parcoursup, la première phase doit permettre une « évolution forte » dès la rentrée 2027, avec plus de clarté concernant les algorithmes. Les formations devront par exemple rendre leurs critères de sélection plus transparents, justifier le recours aux lettres de motivation et expliquer systématiquement les refus de candidature.
Suivra une deuxième phase, avec « le remplacement » de la plateforme à la rentrée 2028. D’ici là, un comité de réforme associant lycéens, enseignants et ministres sera installé dès ce mois d’octobre et devra rendre des décisions définitives d’ici à fin novembre. Parmi les autres détails que Sébastien Lecornu pourrait approfondir dans l’hémicycle ce mercredi soir, l’idée intégrer un outil d’orientation enrichi par l’IA dans le futur système et de renforcer les logiques d’accompagnement dès la classe de seconde.
En somme, son message sera clair : « Il faut que nos élèves retiennent qu’on va remplacer Parcoursup et que dès cette année, ils vont voir leur vie changer », comme l’expliquait le ministre de l’Éducation nationale, lundi soir, sur France 2. Suffisant pour calmer une fronde qui menace de faire des émules ? Peut-être pas, en témoignent les nombreuses réactions des organisations syndicales promptes à reprendre la mobilisation.
Élargir la focal
Charge donc à Sébastien Lecornu et ses ministres de faire œuvre de pédagogie, après avoir accepté de faire tomber ce totem, qui a cristallisé tant de rancœurs. Pour le reste, il espère mettre les oppositions au pied du mur en les forçant à s’engager sur des enjeux sans doute plus complexes que les promesses de campagne ou un simple soutien au mouvement social.
La question (que le gouvernement n’a pas tranchée d’ailleurs) est simple, et peut être résumée en quelques mots : que mettre à la place de Parcoursup ? Les réponses, elles, sont forcément plus ardues. Car derrière cet objet, que la gauche promet de mettre à bas depuis sa création ou presque, à l’origine pour remplacer « Admission post-bac », une autre plateforme critiquée en son temps, ce sont bien les questions liées à l’orientation des étudiants, leur débouché, puis l’emploi des jeunes, qui se posent.
Sans ce filtre, les organisations étudiantes qui réclament sa suppression pure et simple estiment qu’il serait nécessaire de créer 250 000 places dans les universités pour permettre à chaque élève de s’inscrire là où il le souhaite. Une politique plus favorable aux jeunes dans l’immédiat, mais qui serait fort coûteuse pour les finances publiques, et, qui, surtout, pourrait se transformer en machine à désillusion sans les débouchés nécessaires. Bref, le débat, en réalité, est très large. Et il commence ce mercredi, à l’orée de la campagne présidentielle.



