Ce qui est reproché à Rima Hassan, jugée pour apologie du terrorisme à partir de ce lundi
Liberté d’expression ou apologie du terrorisme ? L’eurodéputée LFI Rima Hassan est jugée ces lundi 19 et mardi 20 octobre à Paris à la suite d’un tweet depuis supprimé qui citait l’un des auteurs de l’attentat responsable de la mort de 26 personnes en 1972 à l’aéroport de Tel-Aviv.
Posté le 26 mars, ce tweet de l’élue insoumise aux 420 000 abonnés a été immédiatement signalé au parquet par le ministre de l’Intérieur, puis par l’Organisation juive européenne (OJE) et la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Une procédure qui a entraîné une semaine plus tard la garde à vue de l’eurodéputée qui a défrayé la chronique.
Sur sa page X, Rima Hassan avait publié une citation attribuée à un Japonais combattant de la cause palestinienne : « Kozo Okamoto : J’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir. »
Tempête politico-médiatique
La garde à vue de l’Insoumise de 34 ans a déclenché une tempête politico-médiatique lorsque plusieurs médias ont fait état de la découverte d’une petite quantité de drogue de synthèse dans son sac, une information qui s’est révélée fausse. La militante de la cause palestinienne a depuis porté plainte contre le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui nie avoir contribué à la diffusion de cette « fuite ». « Rarement une élue n’aura été autant poursuivie en raison de ses opinions, avec autant d’éléments convergents qui révèlent les motivations politiques sous-jacentes », estime auprès de l’AFP son avocat Vincent Brengarth.
La présidente de l’OJE, Muriel Ouakine-Melki, fera citer à l’audience le fils d’une des victimes françaises de l’attentat de 1972 à Tel-Aviv. « Les propos que l’on peut tenir dans l’espace public, avec la viralité, la temporalité des réseaux sociaux (…) ont des conséquences parfois dramatiques sur certains profils, avec des passages à l’acte violent », a-t-elle estimé à l’AFP.
Initialement prévu en juillet, le procès de Rima Hassan avait été reporté à la demande de la défense, qui avait dénoncé un « déferlement de constitutions de parties civiles » au dernier moment. Des centaines de personnes, dont le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon, étaient venues soutenir l’élue lors de la première audience au tribunal correctionnel de Paris. La figure de la cause palestinienne avait dénoncé un procès politique, visant « à intimider toutes celles et ceux qui refusent le silence face aux crimes israéliens ».
Habituée des polémiques
Ses prises de position s’inscrivent dans le contexte de la guerre déclenchée par l’attaque sans précédent menée par le Hamas le 7 octobre 2023 sur le sol israélien, qui a entraîné la mort de 1 221 personnes. L’offensive lancée en représailles par Israël à Gaza a fait plus de 74 000 morts, selon le ministère de la Santé du territoire, contrôlé par le Hamas et dont les chiffres sont jugés fiables par l’ONU.
Régulièrement taxée d’antisémitisme par ses opposants politiques en raison de ses positions très critiques envers Israël, Rima Hassan est une habituée des clashs sur X, où elle a tweeté un peu plus de 1 200 fois en 2026, selon un décompte de l’AFP. Le 5 octobre, lors d’une exposition au Parlement européen consacrée à l’attaque du 7 octobre 2023, l’eurodéputée a été accusée d’avoir renversé des drapeaux israélien et européen. Son geste s’inscrivait, selon elle, « dans la dénonciation du génocide toujours en cours mené par le gouvernement israélien », sans viser « les personnes auxquelles cet événement entendait rendre hommage, ni leur mémoire ».
Presque au même moment, la juriste a déposé plainte pour menaces de mort sur les réseaux sociaux contre un homme muni d’une arme, qui l’avait menacée, mais avec lequel elle a par la suite raconté avoir longuement échangé. Une vingtaine de plaintes visant l’eurodéputée ont été classées sans suite, selon le parquet de Paris. Elle-même figure comme victime dans une dizaine de procédures, selon la même source.


