Comment les violences urbaines du 17 octobre ont soulagé Bardella avant le congrès du RN
Noël avant l’heure. Ce samedi 24 octobre, à l’occasion du congrès du Rassemblement national à Orléans, Jordan Bardella va être reconduit à la tête du parti d’extrême droite, au bout d’un suspense inexistant puisqu’il est le seul candidat à sa succession. Une véritable bouffée d’air pour le dauphin de Marine Le Pen, bien heureux de se retrouver ainsi confirmé et débarrassé de l’attention médiatique provoquée par les révélations de Mediapart au sujet des écrits antisémites qui lui sont attribués.
Car depuis l’éclatement de « l’affaire Bardella », qui a semé le doute au sein des troupes lepénistes et interrogé sa capacité à être envoyé à Matignon en cas de victoire de la (vraie) patronne, les images chaotiques du 17 octobre lui ont permis de détourner l’attention médiatique et de dérouler, en prime, sur des thèmes chers au RN : la sécurité et l’immigration. Des sujets qu’il ne compte pas lâcher ce week-end.
Contexte favorable
« Dans son discours, il va rentrer dans le vif de l’actualité, avec un point important sur l’ordre », a prévenu son entourage en amont du congrès, précisant que l’eurodéputé compte aussi parler du pouvoir d’achat, dans un contexte où le prix des carburants continue de plomber le portefeuille des Français. Soit précisément les deux thèmes qui accrochent l’actualité de cet automne social. « Le contexte joue en [sa] faveur et le sentiment de destruction du pays ressoude le parti », savoure un interlocuteur de l’eurodéputé cité par Libération, constatant que le président du RN « se frotte les mains » avec cette séquence.
Exit les mensonges en cascade pour se dépêtrer des révélations de Mediapart, dont il n’a pas été du tout question lors de sa conférence de presse du 19 octobre (une première depuis fin septembre). Terminées les affres estivales de « Jordan de Monaco » (dixit Jean-Luc Mélenchon) trinquant devant le Grand Prix monégasque alors que le pays se recueillait pour Lyhanna. Oubliées les divergences de fond aggravées par le deuil de sa candidature putative à la présidentielle, conduisant à la mise au ban de plusieurs de ses proches. Sous le tapis aussi, son étrange mise en scène avec Nigel Farage sur l’immigration, donnant l’impression d’un dirigeant se pliant sagement aux exigences exprimées outre-Manche.
Cerise sur le gâteau
Désormais, et à la lumière des événements sur lesquels le RN assume de capitaliser, le duo avec Marine Le Pen semble consolidé. Du moins, en façade. « On est toujours sur la présentation du binôme », confirme en amont du congrès le porte-parole de Marine Le Pen, Andréa Kotarac, précisant que seuls Jordan Bardella et Éric Ciotti auront droit à un discours le dimanche, en amont de celui de la candidate. Cerise sur le gâteau, sa principale rivale au sein de l’appareil, Marion Maréchal, a été privée de micro.
« On a déjà trois intervenants », élude-t-on en interne, minimisant les tensions qui existent entre la nièce de Marine Le Pen, qui sera bien présente à Orléans, et le candidat à Matignon. Alors que son prochain livre, Gouverner (éd. Fayard), sortira le 4 novembre, Jordan Bardella espère clore le chapitre des polémiques et esquiver les pièges qui lui seront tendus au moindre faux pas. Car il ne suffit pas d’afficher ses ambitions dans un ouvrage pour survivre en terres lepénistes, où la mission qui lui a été confiée consistait initialement à élargir le socle du RN. Au-delà d’un deuxième sacre à la soviétique, les semaines qui viennent diront si, aux yeux de Marine Le Pen et de son entourage, il en est encore jugé capable.


