Entre le centre et la gauche, le dilemme stratégique de Glucksmann pour 2027
De quel côté se tourner ? Auréolé d’une large victoire, dès le premier tour, à la primaire (66,13 %), Raphaël Glucksmann est sommé de définir son espace politique. « Les emmerdes commencent », sourit le député européen François Kalfon, qui le soutient, auprès du HuffPost. Et pour cause. Désormais soutenu par le Parti socialiste, le candidat va devoir trancher entre deux lignes : s’adresser prioritairement aux macronistes déçus ou au cœur de l’électorat de gauche.
Son refus de toute alliance avec La France insoumise, ainsi que la présence d’ex-proches d’Emmanuel Macron dans son entourage (l’ancien ministre de la Santé Aurélien Rousseau, le député Sacha Houlié, l’ex-conseillère d’Édouard Philippe Marguerite Cazeneuve…), ont jeté le trouble sur son réel positionnement.
« Ses marges de progression sont plus importantes dans l’espace modéré et central qu’au sein de l’électorat de la gauche mélenchoniste », estime le politologue Jean-Yves Dormagen, dans Le Point, qui résume le dilemme que va devoir résoudre Raphaël Glucksmann : « Il lui faut gagner des voix au centre, sans perdre la frange la plus à gauche de ses électeurs ».
Absence d’appels
Pendant la campagne, Ségolène Royal a accusé son rival de vouloir tourner le dos à la gauche en préparant des alliances avec « le centre et la droite ». Olivier Faure est allé dans le même sens, reprochant à Raphaël Glucksmann de défendre « une option centriste » dans cette élection. « Il y a un grand mensonge à prétendre que l’on veut changer la vie des gens et considérer que ça doit se faire indépendamment des Écologistes, des communistes, des ex-insoumis qui sont nos partenaires naturels », affirmait-il le 8 octobre sur franceinfo.
Raphaël Glucksmann se défend, lui, de toute tentation centriste. « Investi d’une responsabilité immense », il s’est engagé à « rassembler » son camp dès le soir de sa victoire à la primaire, tendant la main « à tous les citoyens écologistes, humanistes qui regardent la catastrophe arriver ». La référence est à peine dissimulée aux Écologistes, tiraillés entre le fait de le rejoindre, de soutenir Jean-Luc Mélenchon ou de poursuivre l’aventure solo (et hasardeuse) autour d’une Marine Tondelier qui, pour le moment, n’arrive pas à dépasser le seuil des 5 %.
Malgré l’absence d’appel clair et net en direction de l’électorat vert, l’eurodéputé prévoit de bientôt présenter les 100 jours de sa « révolution écologiste », imaginés notamment par le sénateur Yannick Jadot, ex-candidat à la présidentielle (4,6 % en 2022). Espérant que cette séquence permettra à des électeurs écolos de le rejoindre. « On va constituer une équipe large autour de notre candidat, puis élargir au reste de la gauche démocratique », promet Jérôme Auslender, chargé des relations extérieures au sein de Place publique.
« Qu’il y ait des électeurs du centre, du centre gauche ou du centre droit qui votent Raphaël, c’est évidemment ce qu’on va essayer de faire. Il faut convaincre un maximum de Français », assure la co-présidente de Place publique Aurore Lalucq dans les colonnes du Parisien. Si pour elle, Raphaël Glucksmann reste un candidat de gauche, rien ne l’empêche de s’adresser plus largement à des électeurs perdus ou hésitants.
« Mécanisme naturel »
« Il faudra évidemment aller prendre quelques points à Gabriel Attal et à Édouard Philippe. On n’y arrivera pas sinon », concède aussi un proche de Raphaël Glucksmann auprès du HuffPost… tout en refusant de dire si cela suppose d’envoyer des signaux politiques en direction du centre. C’est pourtant tout l’enjeu. Faut-il amender le programme, y injecter quelques mesures qui pourraient plaire à un électorat plus libéral, amoindrir certaines réformes plus « sociales » ?
Pour un cadre influent du PS, qui a soutenu Raphaël Glucksmann face à Olivier Faure, « il n’y a pas besoin de faire de gestes » en ce sens, le fondateur de Place publique ayant manifestement la capacité d’aimanter les soutiens sans avoir besoin d’inscrire des marqueurs dans son programme. « Les électeurs de Gabriel Attal se dirigeront vers Raphaël Glucksmann ou Édouard Philippe. Le mécanisme sera naturel », assure-t-il auprès du HuffPost. Mieux : il assume de ne vouloir aller « chercher personne », renvoyant la responsabilité sur chaque électeur. « On a un programme, une incarnation, on n’a pas de gestes à faire », insiste notre source.
Quant à d’éventuels alliés à gauche, ils semblent, de toute façon, difficiles à trouver. Dimanche soir, Marine Tondelier a semblé fermer la porte à une alliance avec Raphaël Glucksmann, fustigeant « le choix du repli » et regrettant que « toute perspective d’alliance large de toute la gauche et des écologistes » ait été enterrée. Même refus pour François Ruffin, qui a moqué « une primaire allant de Raphaël à Glucksmann », et pour l’ex-LFI Clémentine Autain, qui a estimé que « la dynamique de gauche et écologiste se joue ailleurs ». À Raphaël Glucksmann de démontrer le contraire s’il veut atteindre le second tour.



