Après sa victoire à la primaire PS, les quatre défis qui attendent Raphaël Glucksmann
C’est donc lui que la famille socialiste a désigné pour porter les couleurs de la gauche dite « sociale-démocrate » à la présidentielle. Avec 66 % des voix, Raphaël Glucksmann peut savourer. Il a plié le match dès le premier tour, plus de 50 points devant son premier poursuivant : le Premier secrétaire du PS Olivier Faure. « Ce résultat dit quelque chose de puissant : une gauche fidèle à ses valeurs peut rassembler, gouverner et gagner », a-t-il affirmé dans la foulée des résultats.
Pour autant, le fondateur de Place Publique aurait tort de penser que le plus dur est fait. Car plusieurs batailles bien plus délicates qu’une victoire obtenue dans une primaire fermée, qui plus est avec un corps électoral restreint, l’attendent désormais. Tour d’horizon des défis qu’il devra relever pour mener à bien sa candidature jusqu’en avril 2027.
Réunir le Parti socialiste
Premier sujet : maintenir une cohérence entre sa boutique et le Parti socialiste, qui va largement mettre la main au portefeuille pour financer sa campagne. Au-delà des détails logistiques, l’enjeu est surtout politique. Comment celui qui a été dépeint par Olivier Faure et Ségolène Royal en avatar macroniste va-t-il réussir à embarquer tout ce petit monde, dans un contexte où le PS se retrouve pour la première fois de son histoire sans un de ses membres sur la ligne de départ ? Auprès du HuffPost, un lieutenant du vainqueur se veut rassurant, soulignant que la présence à ses côtés de Boris Vallaud, président du groupe PS et auteur du concept de « démarchandisation » de la société, témoigne de la volonté de l’eurodéputé d’ancrer un logiciel de gauche, proche de la ligne portée par Emmanuel Maurel. Ce qui devrait se voir dans son programme.
Reste que certains entendent déjà peser sur son orientation. À commencer par Ségolène Royal, qui s’est dite prête à soutenir le vainqueur « parce que c’est la charte » mais « à condition qu’il y ait un rassemblement à gauche qui se fasse ». Ce qui n’est pas forcément la tasse de thé de Raphaël Glucksmann, représentant d’une gauche dite « sociale-libérale ». Dans son discours de remerciement, le Premier secrétaire du PS y est aussi allé de son coup de pression. « Nous gagnerons cette élection présidentielle par la gauche unie », a prévenu Olivier Faure, citant la gauche « socialiste, écologiste, communiste » mais aussi « syndicale » et « associative ». Une référence au deuxième défi qui l’attend.
Élargir à gauche
Au regard des forces en présence, le candidat désigné n’a pas vraiment d’autre choix que de tendre la main aux autres forces de gauche, hors LFI, s’il souhaite accéder au second tour. En effet, l’espace central est pour le moment saturé, et risque bien de finir occupé par Édouard Philippe, qui domine pour le moment la primaire sauvage qui oppose les héritiers de l’ère Macron. Le salut de Raphaël Glucksmann passe par une capacité à embarquer dans son aventure les forces politiques qui gravitent entre le PS et La France insoumise. À commencer par les écologistes, qui devront trancher sur leur stratégie au mois de décembre. Une échéance sur laquelle Raphaël Glucksmann n’a aucune prise.
En outre, les anciens insoumis, qu’il s’agisse de ceux de L’Après (Raquel Garrido, Alexis Corbière, Clémentine Autain ou Danielle Simonnet) ou de François Ruffin, auront sans doute du mal à nouer le dialogue avec celui qui s’est opposé à la primaire ouverte réunissant toutes les forces de gauche, pour laquelle ils militaient. Ce qui vaut d’ailleurs pour Marine Tondelier, la cheffe des Écologistes. Dans un communiqué, elle a jugé que la victoire de Raphaël Glucksmann était celle « du repli », écartant « toute perspective d’alliance large de toute la gauche et des écologistes ». Ce n’est pas gagné.
Éviter l’embuscade de François Hollande
Dans la perspective où Raphaël Glucksmann n’arriverait pas à surmonter les deux premiers défis, il s’exposerait au risque d’affaiblissement, qui entraverait une dynamique. Un scénario qui ne serait pas pour déplaire à François Hollande, en embuscade pour se présenter en recours en cas de crash. Ce n’est pas qu’une vue de l’esprit : l’ancien président de la République s’est doté de locaux, a réuni une petite équipe et sème opportunément des propositions dans le débat public.
Et alors que les désordres géopolitiques sont nombreux, il n’hésite jamais à mettre en avant son expérience d’ancien chef de l’État, rompu aux rapports de force internationaux. Ainsi, dans l’hypothèse où Raphaël Glucksmann n’arriverait pas à créer un élan avec une candidature réussissant à rassembler hors des bases socialistes, François Hollande pourrait faire d’une pierre deux coups : incarner une alternative « utile » face au risque d’une victoire de l’extrême droite, tout en récupérant le sillon social-démocrate creusé pendant des mois par le fondateur de Place publique. Les éléphants du PS le savent, tout comme Jean-Luc Mélenchon : l’ancien président a souvent su être au bon endroit au bon moment.
Mais officiellement ce dimanche, tout va bien. L’ancien président a salué le vainqueur pour son succès qui « qui clarifie une ligne et engage une démarche qui doit donner de l’élan ». Il y voit « une première étape la victoire ». Réponse de l’intéressé, ce dimanche soir sur France 2 : « Je lui dis qu’il est le bienvenu dans cette dynamique ».
Résister aux assauts insoumis
Enfin, le dernier défi consiste faire le match contre Jean-Luc Mélenchon. Expérimenté, le quadruple candidat à la présidentielle bénéficie d’une dynamique sondagière inédite qui ne cesse de s’amplifier depuis la fin de l’été. Comme le montre notre compilateur de sondages, le tribun est désormais aux portes du second tour, et sa capacité à imposer ses thèmes dans le débat impressionne les autres écuries. Même chose pour la cohérence de son offre, répétée avec discipline par ses lieutenants.
Surtout, l’insoumis qui a réuni encore des dizaines de milliers de militants ce dimanche à Clermont-Ferrand semble sur le point de se positionner comme le candidat naturel de la gauche. « Une partie de l’électorat de gauche se dirige vers le candidat le mieux placé et c’est lui. C’est la logique de vote utile », observe pour franceinfo le sondeur Mathieu Gallard (Ipsos). Pour rattraper son retard, charge à Raphaël Glucksmann de lui ravir l’étiquette du vote utile, en misant sur le fait que toutes les projections de second tour donnent Jean-Luc Mélenchon largement perdant face à Marine Le Pen. Le tout, en subissant les assauts constants des troupes insoumises, qui auront beau jeu de souligner que celui qui entend « tourner la page du macronisme » compte dans son entourage le plus proche un ancien ministre d’Élisabeth Borne (Aurélien Rousseau) et un marcheur historique (Sacha Houlié, porte-parole de sa campagne). De quoi mesurer l’ampleur de la tâche.



