Politique

« La claque de 2022 n’a produit aucun effet » : La victoire de Glucksmann met le PS face à sa déroute

Tout n’est pas si rose. La nette victoire de Raphaël Glucksmann dimanche 11 octobre, dès le premier tour de la primaire organisée par le Parti socialiste et ses satellites, offre une bouffée d’air bienvenue à la gauche dite modérée. Elle va pouvoir se mettre en ordre de bataille pour essayer de rattraper son retard sur un Jean-Luc Mélenchon qui multiplie déjà les démonstrations de force à un peu plus de six mois de l’élection présidentielle.

L’eurodéputé ressort incontestablement renforcé de cette première épreuve (dont il ne voulait pas). En récoltant 66 % des votes, il a écrasé la concurrence et infligé une sévère défaite à son principal concurrent Olivier Faure (14 %). Plus contesté que jamais, le Premier secrétaire du PS incarne, lui, la déroute de sa formation politique.

C’est le paradoxe de cette primaire : un processus plutôt réussi pour l’espace social-démocrate, mais qui met le Parti socialiste face à ses difficultés – mortelles. Pour la première fois depuis sa création, en 1969, le parti qui a porté deux de ses dirigeants à l’Élysée, François Mitterrand entre 1981 et 1995, puis François Hollande entre 2012 et 2017, n’aura pas de représentant issu de ses rangs sur la ligne de départ de l’élection présidentielle.

Manque d’incarnation et d’idées

La question n’est pas uniquement symbolique. La victoire de Raphaël Glucksmann, une personnalité hors les murs mais que le PS est allé chercher pour en faire son chef de file aux deux dernières européennes, vient effectivement entériner l’affaiblissement progressif de la maison rose, désormais menacée d’effacement. Une pente prise il y a dix ans, que ses dirigeants n’ont pas su remonter.

« Il est incontestable que la claque de 2022 (quand Anne Hidalgo récoltait 1,75 % des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle) n’a produit aucun effet en interne sur la question du casting et du programme », résume, en ce sens, l’essayiste Mathieu Souquière auprès du HuffPost. Autant de manques mis en lumière ces dernières semaines au fil de cette campagne interne.

« La faiblesse programmatique a été vue et remarquée à l’aune des débats de la primaire, qui n’ont pas permis de révéler ce que pense cette gauche modérée, sans grandes idées phares », analyse ainsi l’expert à la Fondation Jean Jaurès (proche du PS), pour qui « on imagine ce que peut être le programme des sociaux-démocrates, mais par effet de contraste avec celui de Jean-Luc Mélenchon ou d’une gauche plus radicale ». Quant à la question de l’incarnation, ou du casting, les résultats de dimanche soir son éloquents, avec un Premier secrétaire à la tête du parti depuis huit ans mais incapable de récolter le soutien de 18 000 militants.

Que reste-t-il au PS ?

« On a vu quelques nouvelles têtes émerger au sein du PS ces dernières années, à l’image de Boris Vallaud (le chef des députés et soutien de Raphaël Glucksmann), mais sans qu’elles parviennent à s’imposer auprès des Français », explique Mathieu Souquière, en qualifiant l’héritage de François Hollande (et son ombre toujours planante) de « coresponsable du désastre » des socialistes. Ou, en d’autres termes, de l’impossible renouvellement des idées (Boris Vallaud a bien tenté de faire émerger le concept de démarchandisation, mais sans réel succès) et des générations chez les roses.

« À ce stade, tous sont considérés comme des joueurs de deuxième division », estime l’essayiste, au contraire peut-être d’un Raphaël Glucksmann qui a pu bénéficier de son statut particulier dans la sphère politique, à la tête d’un parti relativement neuf, créé en 2019, en marge du PS. « Son seul mérite, ou presque, c’est d’être dans le système mais sans l’être totalement. Il incarne donc une forme de rupture », ajoute Mathieu Souquière.

Dans ce contexte, que reste-t-il désormais au Parti socialiste ? Pas grand-chose, si ce n’est son étiquette, sa force militante et ses finances, qui seront désormais consacrées à l’aventure élyséenne de l’eurodéputé. De quoi imaginer des négociations difficiles entre l’appareil et le candidat, pour influer sur sa ligne ? C’est sans doute ce qui aurait pu se passer, si Raphaël Glucksmann avait dû ferrailler dans un deuxième tour. Après son plébiscite, les rapports de force sont clairs. « Le PS sera au service du candidat qui a gagné », selon les mots du porte-parole Arthur Delaporte, sur RMC. Le coût du déclassement.