Laurent Nuñez reconnaît un « manque d’anticipation » après les violences du week-end
Après un week-end extrêmement tendu sur le territoire, la réponse politique du gouvernement est très attendue. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a confirmé ce lundi 19 octobre avoir remis sa démission à Emmanuel Macron, qui l’a refusée, reconnaissant une « perte de contrôle dans certaines grandes villes ».
« J’ai remis ma démission parce que je suis responsable de tout ce qui se passe, au vu des dégâts qu’il y a eus », a déclaré le ministre de l’Intérieur au micro de France Inter.
« Le dispositif que nous avons mis en place s’est trouvé par certains endroits en asymétrie par rapport aux volumes de participants et de manifestants pour les cortèges normaux, mais aussi de casseurs, de pilleurs, et de militants d’ultragauche qui ont fait dégénérer les cortèges », a admis Laurent Nuñez.
Le ministre de l’Intérieur a aussi reconnu un « manque d’anticipation » dans la mobilisation des forces de l’ordre, dont l’effectif était sous-dimensionné face aux casseurs et pilleurs venus en masse en marge des manifestations. Il a confirmé que 60 000 policiers et gendarmes avaient été mobilisés partout en France.
« Maintenant, le sujet qui se pose, c’est que ces violences ne se reproduisent pas. Il faut évidemment être meilleurs dans l’anticipation de la mobilisation telle qu’elle se produit », a affirmé Laurent Nuñez.
Darmanin reconnaît que les autorités ont « failli »
Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a de son côté annoncé qu’il y avait eu au total « 2 331 gardes à vue » en France durant le week-end et des « dizaines de détentions provisoires, dont 13 à Marseille ». « 70 % des personnes en garde à vue sont des majeurs, donc ce ne sont pas des lycéens. (…) Très souvent, ils sont connus des services de police et de justice », a-t-il ajouté au micro de France 2.
Le garde des Sceaux a lui aussi admis que les renseignements de l’État avaient « failli » face à l’ampleur de la mobilisation. « Ce qu’ont dit le président de la République et le ministre de l’Intérieur, c’est qu’il y a eu un défaut dans les renseignements ».
« Manifestement, [notre renseignement] ne sait pas lutter contre l’ultragauche », a reconnu Gérald Darmanin, qui a voulu montrer sa solidarité envers Laurent Nuñez. « C’est un très grand professionnel. C’est très dur d’être ministre de l’Intérieur, je l’ai été pendant quatre ans et demi. […] Il y a un moment difficile, nous avons failli, incontestablement, il l’a reconnu lui-même. Mais je suis heureux de continuer avec lui pour protéger les Français ».
Sur TF1, la procureure de Paris, Laure Beccuau, a quant à elle tempéré les déclarations de Gérald Darmanin, affirmant qu’elle ne « peut absolument pas confirmer » que les personnes interpellées sont « politisées vers l’ultragauche ». Selon elle, les gardés à vue sont « en grande majorité des gens peu connus » et « gardent le silence et ne donnent pas de revendications politiques ».
« Nous ne lâcherons rien » pour retrouver les pilleurs, a-t-elle également assuré, appelant les commerçants victimes à signaler à la justice d’éventuelles preuves et à les conserver.
Macron appelle à de « nouveaux modes d’actions »
Plus tôt ce lundi, l’Élysée a annoncé qu’Emmanuel Macron avait refusé la démission du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez et lui avait demandé de déployer une nouvelle doctrine de maintien de l’ordre « face aux casseurs », tentant ainsi d’enrayer la crise politique après les scènes de chaos dans de nombreuses villes samedi.
Sous pression après les violences en marge de la mobilisation du 17 octobre, le chef de l’État a reçu dimanche la démission de Laurent Nuñez. Mais il a choisi de reconduire le locataire de la place Beauvau, au nom « de la nécessité d’un commandement continu des forces de l’ordre dans le contexte actuel », a fait savoir l’Élysée dans un communiqué lundi.
Le président a par ailleurs de nouveau réclamé de la « transparence », pointant « les défaillances d’anticipation et de renseignements » qui ont conduit à des émeutes et des destructions.
Surtout, face au saccage des rues et aux pillages des magasins dont l’ampleur a sidéré le pays samedi, Emmanuel Macron a également demandé au ministre de l’Intérieur de déployer « au plus vite sur le terrain de nouveaux modes d’action (…) en matière de lutte contre les casseurs ».



