Le gouvernement a-t-il vraiment moins anticipé l’éclipse de 2026 que celle de 1999 ?
Pour l’amour du ciel. Plusieurs responsables politiques accusent le gouvernement d’avoir mal anticipé l’éclipse solaire de ce mercredi 12 août, et ses potentielles conséquences sanitaires. La cheffe des écologistes Marine Tondelier dénonce par exemple comme un « fiasco » de santé publique l’absence d’une large distribution de lunettes de protection.
« Que se passe-t-il dans notre pays pour que la santé publique ait ainsi été reléguée au second plan ? Pour qu’on ne sache plus anticiper, jusqu’à ne pas garantir à toutes et tous l’accès aux lunettes de protection indispensables pour observer une éclipse solaire en toute sécurité ? », s’est-elle interrogée ce mardi sur les réseaux sociaux, rappelant qu’observer le phénomène sans ces équipements peut provoquer des lésions de la rétine.
Comme plusieurs députés de gauche qui ont interrogé le gouvernement ces derniers mois sur ce sujet (sans réponses), Marine Tondelier prend l’exemple de l’éclipse de 1999, un événement massivement suivi, comme devrait l’être celui de ce mercredi. Pour cette éclipse totale (quand celle de 2026 ne sera que partielle dans l’Hexagone), le gouvernement de l’époque, mené par le socialiste Lionel Jospin, s’était mobilisé bien davantage.
Ce que le gouvernement avait fait en 1999
Concernant les enjeux de promotion et de préventions, l’exécutif de l’époque avait débloqué 16 millions de francs (environ 2,5 millions d’euros) pour, en amont, faire circuler un train baptisé « Exposition éclipse 1999 » aux quatre coins du territoire. Puis, quelques jours avant l’événement, l’État avait organisé une campagne de tractage et d’affichage (les réseaux sociaux n’existaient pas !) pour sensibiliser la jeunesse, notamment, aux risques sanitaires liés au phénomène.
Une forme de proactivité qui n’avait pas empêché les critiques, déjà, sur le stock de lunettes de protection et le manque d’anticipation. Ce sont effectivement les associations d’astronomie et de protection de la vue, puis les collectivités territoriales, qui avaient pressé les pouvoirs publics à s’engager davantage les derniers mois avant l’éclipse. Au final, le gouvernement avait joué le jeu auprès des fabricants, participé à la création de points « éclipse info » et organisé la distribution de 2 millions de paires de lunettes (sur les 40 millions disponibles) dans les centres de vacances ainsi qu’aux personnes démunies.
De ces initiatives, force est de constater qu’il ne reste plus grand-chose 27 ans plus tard. La parole du gouvernement en matière de prévention s’est résumée à un communiqué de presse, fin juin, plusieurs publications relayées sur les réseaux sociaux (Facebook ou Instagram), et une page de « foire aux questions » sur le site des ministères. Aucune campagne n’a par exemple été prévue par l’agence Santé Publique France, ni à la télévision, ni à la radio. Même discrétion de la part de Stéphanie Rist, la ministre de la Santé, qui a disparu des médias depuis la fin juillet, comme l’essentiel du gouvernement.
Jusqu’à présent, ses conseillers se bornent surtout à expliquer que le système de santé est prévenu, et paré aux éventuelles complications – il y en a eu près de 130 en 1999. « Un message spécifique a été adressé aux professionnels de santé concernés, notamment aux pharmaciens et aux ophtalmologues, afin qu’ils puissent relayer les recommandations et rappeler les bons réflexes », assure par exemple le ministère à la presse, rejetant les critiques en impréparation.
Une forme de service minimum qui tranche, là aussi, avec la mobilisation générale décrétée pour la précédente éclipse. En juillet 1999, quelques semaines avant l’événement, le gouvernement avait effectivement organisé une grande conférence de presse à laquelle pas moins de cinq ministres concernés de près ou de loin avaient participé (de la Santé aux Transports). L’occasion, alors, de parler des risques et de promouvoir malgré tout un moment hors du commun. Trente ans plus tard, l’éclipse n’est, semble-t-il, pas que solaire.



