Les 4 grands thèmes qui éloignent le programme de Mélenchon du reste de la gauche
Santé, écologie, école, travail, fiscalité, numérique… Le programme de La France insoumise, dont une version actualisée sort en librairie ce vendredi 6 novembre, embrasse un éventail très large de sujets. Riche de plus de 1 000 propositions, il est le fruit de dizaines d’auditions, de réflexions et de contributions de citoyens, menées sous la houlette de la députée Clémence Guetté. Et s’impose pour l’heure comme le plus gros travail programmatique de la présidentielle.
L’ouvrage, vendu au prix de 4,90 euros et paru aux éditions La Dispute, devrait être tiré à 130 000 exemplaires. « L’heure n’est pas aux arrangements, aux bricolages ou aux demi-mesures. Oui, pour préparer une vie meilleure, il faut tout changer », écrit Jean-Luc Mélenchon en introduction. Puisque ce même programme a servi de base de discussions lors de la création des alliances Nupes en 2022 puis NFP en 2024, il est intéressant de voir quels sont les points communs et les différences avec les autres candidats de gauche.
Europe et international
C’est souvent présenté comme le plus gros sujet de désaccord à gauche. La vision des relations internationales défendue par LFI suscite parfois des crispations chez leurs partenaires. Dans L’Avenir en commun, Jean-Luc Mélenchon dit vouloir bâtir « une France indépendante » et renouvelle sa vision de « non-alignement », marquée par un refus de l’atlantisme. Pour cela, il propose de sortir du commandement intégré de l’OTAN (une constante depuis sa première campagne en 2012), de renforcer le rôle de l’ONU ou encore « d’agir pour le respect du droit international ».
Des propositions qui le rapprochent du candidat PCF Fabien Roussel… mais qui l’éloignent de Raphaël Glucksmann (PS-Place publique). Celui-ci entend construire « une défense européenne » et propose « d’augmenter drastiquement l’aide militaire à l’Ukraine ». Lors de la campagne des élections européennes en 2024, l’ex-essayiste défendait la création d’un fonds européen de défense de 100 milliards d’euros. Pour Jean-Luc Mélenchon, c’est à l’échelle de la France que doit se construire la politique de défense, tandis que son programme reste discret sur l’aide à fournir à l’Ukraine, comme sur la menace russe.
Sur l’Europe, exit « la désobéissance aux traités » et le « plan B ». Le candidat de La France insoumise met désormais sur la table la création « d’un droit d’objection sur certaines politiques européennes » qui lui permettrait de refuser certaines normes de l’UE si celles-ci contreviennent à son programme social et environnemental. Pas franchement de nature à convaincre Raphaël Glucksmann, « fédéraliste » convaincu.
Retraites
On trouve là beaucoup plus de convergences. Jean-Luc Mélenchon est bien décidé, s’il accède à l’Élysée, à abroger la réforme des retraites de 2023 qui avait repoussé l’âge légal de départ à 64 ans. Son objectif, a terme : « Restaurer le droit à la retraite à 60 ans à taux plein pour 40 années de cotisation ». Une proposition qu’il partage avec Marine Tondelier, la candidate des Écologistes, qui entend elle aussi abroger la réforme Borne, avant de « viser » un départ à 60 ans, « en priorisant les personnes ayant travaillé tôt et dans des conditions pénibles ».
En revanche, pour Raphaël Glucksmann, pas de retour à 60 ans prévu. « Non, on ne pourra pas. Ce sera 62 », indiquait-il lors de la campagne pour la primaire du PS et de Place publique début octobre. Jean-Luc Mélenchon veut aller encore plus loin : il propose de comptabiliser le RSA dans le calcul des trimestres. Une mesure financée, selon lui, « grâce au partage des richesses et aux économies réalisées sur le coût du malheur ».
Institutions
À gauche, le sujet a parfois été considéré comme mineur par rapport aux priorités sociales ou écologiques mais il refait peu à peu surface, au gré notamment de l’hyperprésidence d’Emmanuel Macron. Pour Mélenchon, aucune surprise : il faut la convocation d’une Assemblée constituante et le passage à une VIe République, qui laisserait plus de place au Parlement et à la démocratie directe. Objectif : « Abolir la monarchie présidentielle ».
Au Parti socialiste, si on reconnaît que « la Ve République est à bout de souffle », on ne propose pour autant pas d’en changer. Dans le programme présenté cet été, et coordonné par l’eurodéputée Chloé Ridel, figurent plutôt des propositions comme l’instauration « d’un mode de scrutin proportionnel » aux législatives ou la facilitation du recours au référendum.
Raphaël Glucksmann non plus n’entend pas changer de Constitution, mais il porte une proposition originale : « Instaurer la motion de censure constructive ». Concrètement, si les députés souhaitent faire tomber un Premier ministre, ils doivent d’abord se mettre d’accord sur le nom de son successeur (et l’alliage politique sur lequel il pourra se reposer).
Énergie
Autre sujet de désaccord : la politique énergétique. La France insoumise prône une « planification pour un passage à 100 % d’énergies renouvelables au plus tard en 2060 », avec la « fermeture progressive des centrales nucléaires » et la « fin des subventions aux énergies fossiles ». « Le nucléaire n’est pas une solution d’avenir », est-il martelé dans le programme. Un point qui rapproche la formation de gauche radicale des Écologistes, où l’on juge que « le nucléaire n’est pas une option viable ni une alternative crédible car il est à la fois trop cher, trop lent pour atteindre la neutralité carbone, trop vulnérable et trop dangereux ».
Au PS, c’est le mix énergétique qui est défendu, avec un principe simple : « Le nucléaire autant que nécessaire, les énergies renouvelables autant que possible ». Raphaël Glucksmann est d’ailleurs convaincu qu’il faille « conforter le rôle du nucléaire en assurant la sûreté des centrales existantes et la construction à temps de nouvelles unités », selon son programme. Au PCF, Fabien Roussel est sur la même ligne.
Reste des sujets sur lesquels toute la gauche est d’accord : la hausse du Smic (à 1 700 euros net), le retour de l’ISF ou la conditionnalité des aides aux entreprises. Et même des points de convergence assez nouveaux sur « la lutte contre l’épidémie de solitude » (reprise dans les mêmes termes par Les Écologistes et La France insoumise) ou la maîtrise de l’IA, qui fait son entrée dans l’ensemble des programmes des candidats à la présidentielle.



