Lycées, grève, colère sociale… Une semaine à haut risque pour l’exécutif
Une semaine noire pour le gouvernement ? Malgré les pronostics de certains ministres, qui misaient sur un essoufflement du mouvement lycéen avec les vacances scolaires, le retour du froid et de la pluie, rien n’a entamé la colère de la jeunesse qui s’apprête à redescendre dans la rue. De nombreux blocus sont d’ores et déjà annoncés dans les établissements scolaires.
« Les lycées seront bloqués, et ce dès lundi », a prévenu Pierre Sourzat, le président de l’organisation Les Lycéens !, sur RMC. Un peu plus tôt, lors d’une interview à HugoDécrypte, Emmanuel Macron avait pourtant appelé les lycéens à reprendre le chemin des salles de cours, dans « le calme », « compte tenu du fait que la jeunesse a été entendue ».
Dimanche, l’entourage du Président a enfoncé le clou auprès d’une poignée de journalistes : « Le temps d’un retour en classe est venu » même si « ce genre de mouvement ne se termine jamais de manière absolument nette ». « Le président ne nous a pas entendus, il ne nous a presque rien donné », rétorque Pierre Sourzat. Ajoutant : « Le gouvernement a fait avec nous de la politique de comptoir. Il nous a un peu méprisés. Il se moque de nous. »
« On ne demande pas le luxe, on ne demande pas des MacBook dans chaque salle de classe, on ne demande pas un restaurant gastronomique, assure Ryad Rani, le président de l’USL. Nous demandons des conditions de dignité, des conditions correctes pour pouvoir étudier un plan national sur le bâti. » Plusieurs organisations de jeunesse se joindront donc à la mobilisation, avec des blocages prévus toute la semaine.
Reste une inconnue : l’ampleur de la mobilisation. Le 6 octobre, au pic de la contestation, jusqu’à 90 % des universités ont été bloquées, et 1 600 lycées mobilisés, selon les syndicats. Au retour des vacances scolaires, la question du nombre sera déterminante pour juger de la fragilité (ou non) du gouvernement. Et de la capacité de la jeunesse à remporter le bras de fer.
Jusque-là, le gouvernement a été très critiqué pour le retard à l’allumage qu’il a accusé au début du mouvement, et son incapacité à apporter de vraies réponses, privilégiant une forme de maintien de l’ordre via l’envoi de forces de police et de gendarmerie aux abords des établissements.
Conjonction des colères ?
Le danger qui guette le gouvernement repose sur une conjonction des colères qui pourrait trouver une première expression cette semaine avec la grande journée de mobilisation à laquelle participent la quasi-totalité des syndicats. Le 5 novembre, salariés du public comme du privé sont appelés à faire grève et à manifester pour les salaires, l’emploi, les services publics.
« L’heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation, la grève doit prendre le relais », a assuré la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, convaincue qu’une mobilisation sociale qui réunirait les salariés, les lycéens, les étudiants et éventuellement les gilets jaunes permettront d’arracher des victoires. « Ce ne sera pas un jeudi noir, a promis Thomas Vacheron, de la CGT, sur BFMTV, mais un jeudi arc-en-ciel. Il faut que tout le monde s’y mette ».
Signe que ce 5 novembre pourrait être historique : même les syndicats de l’enseignement privé sous contrat, qui scolarise autour de 17 % des élèves français, appellent à faire grève. Il s’agit, selon eux, d’une « première » dans l’histoire du privé.
« Un six-seven populaire »
La spécificité de ce mouvement est qu’il ne s’est pas construit en opposition à un texte ou à une réforme. D’où la difficulté du gouvernement à y répondre complètement. Quelques réponses ont bien été apportées sur les lycées ou les prix du carburant, mais il dispose de très faibles marges de manœuvre pour aller beaucoup plus loin. D’ailleurs, même l’annonce du remplacement progressif de Parcoursup d’ici 2028 n’a pas eu l’effet escompté. Le ministre de l’Éducation nationale et celui de l’Enseignement supérieur s’attendaient à un reflux du mouvement.
Rien de tout ça ne s’est produit. Les gilets jaunes appellent à se joindre à la mobilisation et ont lancé un mot d’ordre original : « Un six-seven populaire ». Reprenant le nom d’un geste prisé de la Gen Z, né sur TikTok, ils invitent ainsi les Français à se mobiliser les 6 et 7 novembre en reconduisant grèves, blocages et participations aux manifestations.
Une telle mobilisation est inédite à moins de six mois d’une élection présidentielle. Le chef de l’État étant en fin de règne, et ne disposant d’aucune majorité à l’Assemblée, n’a plus les moyens de mettre plusieurs milliards d’euros sur la table comme il l’avait fait à l’époque des gilets jaunes en 2018.
Dimanche, on a appris que le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé au ministre de l’Éducation nationale d’apporter le plus rapidement possible des réponses aux 200 lycées qui ont remonté le plus de problèmes sur la plateforme lancée en octobre. Suffisant pour répondre à une colère qui, chaque jour un peu plus, gagne du terrain ?



