Le RN et l’UDR ont rivalisé d’obstruction pour bloquer cette loi LFI sur le SMIC
Mieux vaut ne pas parler des sujets sensibles. La journée parlementaire réservée de la France insoumise à l’Assemblée nationale jeudi 29 octobre s’est achevée sur l’adoption de trois textes. Mais les insoumis n’ont pas réussi à faire examiner celui sur l’augmentation des salaires et des pensions, en raison de l’obstruction des deux groupes d’extrême droite.
La proposition de loi visant à « augmenter le salaire minimum à 1 700 euros net, les pensions et indexer les salaires sur l’inflation » figurait en 5e position de la journée parlementaire réservée de la France insoumise. Avant, l’Assemblée a adopté sans difficulté un texte sur le foncier dans les Outre-mer et un autre sur la revalorisation du métier d’AESH. Mais les débats se sont tendus à partir du troisième texte sur la création d’un parcours de soins pris en charge pour les victimes de VSS puis sur le texte suivant relatif aux droits des enfants placés. En cause : le dépôt par le Rassemblement national et son allié UDR de plus d’une centaine d’amendements sur chacune des propositions de loi, qui ont fait durer les échanges et empêcher l’examen des textes restants.
Cette technique de l’obstruction est utilisée par la plupart des groupes parlementaires, y compris la France insoumise qui ne s’en cache pas. Mais en prolongeant les débats, les groupes d’extrême droite ont surtout réussi à éviter une situation inconfortable pour eux avec l’examen d’une proposition de loi visant à augmenter le SMIC. Explications.
Le RN est contre le SMIC à 1 700 euros
L’augmentation du SMIC ne figure pas dans le programme de Marine Le Pen pour 2027. « Je ne vois pas comment on peut, aujourd’hui, augmenter le SMIC » faisait valoir le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy sur CNews le 26 octobre dernier, estimant que le risque était « d’écraser les entreprises. » Le Rassemblement national propose de « favoriser et inciter les entreprises à augmenter les salaires nets de 10 % » et a tenté de faire adopter une proposition de loi en ce sens lors de sa journée réservée en 2023. En vain.
Mais alors que le pouvoir d’achat est une priorité des Français dans la course à la présidentielle et que Marine Le Pen tente d’apparaître comme la candidate la plus en pointe sur le sujet, voter contre une mesure aussi symbolique que l’augmentation du SMIC est difficilement explicable sur le plan électoral. Pour ne pas être pris en défaut, les élus d’extrême droite ont donc tout simplement rallongé les débats pour que le texte n’arrive jamais sur la table.
« Nous pointerons le fait que le Rassemblement national aidé par son allié de l’UDR et de la droite dite républicaine ont empêché le vote d’un texte et surtout le vote des textes suivants, notamment sur l’augmentation du SMIC à 1 700 euros net (…) Nous vous tiendrons personnellement responsables » a tonné la cheffe de file insoumise Mathilde Panot à l’issue de la séance.
Le Rassemblement national a réfuté toute obstruction. Mais au-delà de la France insoumise, la stratégie leur a aussi été reprochée par l’élue socialiste Océane Godard au moment de l’examen de la proposition de loi sur les VSS. « Depuis une heure et demie vous lisez des amendements qui ont été faits par ChatGPT, ils sont absolument infâmes vous ne saviez même pas ce que vous lisiez », a fustigé la députée. Sur les onze textes prévus par la France insoumise, seulement quatre ont finalement été débattus. Mais à la différence du RN début octobre, la formation mélenchoniste a réussi à en faire adopter trois. Contre zéro pour le parti d’extrême droite.


