« Nous exprimons notre colère » : 200 autrices dénoncent le « sexisme » des grands prix littéraires
C’est un ras-le-bol collectif. Plus de 200 autrices, dont Annie Ernaux, Virginie Despentes ou Aurélie Valognes, signent, ce vendredi 6 novembre, une tribune dans Libération pour dénoncer le « sexisme » des grands prix littéraires, après le palmarès très masculin de 2026.
« Cette semaine, les jurys des grands prix littéraires d’automne ont accompli l’exploit héroïque de ne récompenser que des hommes », dénoncent-elles d’emblée. « D’autant plus héroïque qu’il s’agissait d’une rentrée littéraire qui avait été qualifiée d’ouverte (…). D’autant plus héroïque qu’il y avait cette année de très nombreux beaux et importants textes écrits par des femmes », estiment-elles.
La tribune, écrite par Camille Froidevaux-Metterie, Louise Chennevière et Anne Godard, est signée par nombre de leurs pairs, dont plusieurs étaient en course pour les prix littéraires de la rentrée, comme Emma Marsantes et Ananda Devi, sans en être récompensées. Seules certaines de ces autrices ont obtenu des prix moins connus, comme le prix Décembre pour Anne Godard et le prix de Flore pour Lucie Rico.
Les cinq grands prix de la rentrée littéraire ont, eux, récompensé des auteurs. Le prix Goncourt a distingué Philippe Jaenada pour L’Inconnue du quai de Javel et le Renaudot François-Henri Désérable pour Le Palais.
Des conséquences concrètes
« Le jury Médicis (…) a ouvert le bal en donnant le prix au seul auteur sur la liste, qui comptait par ailleurs six femmes », retrace la tribune. « Naïvement, nous en attendions un peu plus du Femina dont le jury est composé exclusivement de femmes, mais il a échu à un finaliste déçu du Goncourt », est-il ajouté.
Pour les autrices signataires, ce palmarès masculin a des conséquences concrètes. « Nous pourrions nous moquer d’obtenir des prix littéraires s’ils n’avaient un tel impact sur le destin des livres et des personnes qui les écrivent », soulignent-elles, faisant référence au traditionnel succès en librairie qui accompagne les lauréats. « Ce que dit ce palmarès, c’est qu’aucune autrice ne se verra accorder la tranquillité matérielle, et donc de création », appuient-elles.
« Il faut aussi voir derrière la réticence des jurys à primer des femmes une forme de mise à distance de textes qui traitent de sujets “incarnés” et qui élèvent à la dignité littéraire tous ces sujets “féminins” qui font horreur », ajoutent Camille Froidevaux-Metterie, Louise Chennevière et Anne Godard.
« Le sexisme n’est pas le seul problème, mais il est énorme »
Les signataires déplorent aussi des sélections qui « font très vite disparaître les autrices racisées ». « Nous exprimons notre colère face à ce système de récompenses littéraires dont le fonctionnement, propre à la France, ne nous semble pas du tout à même de refléter la richesse et la diversité de la littérature qui s’écrit aujourd’hui », écrivent-elles.
« Le sexisme n’est pas le seul problème (…), mais il est énorme », appuient-elles encore, rappelant que seules quatre autrices ont remporté le prix Goncourt ces 20 dernières années. « Il n’y a dans le monde littéraire aucun changement. Les causes sont anciennes et déniées », a aussi confié Annie Ernaux à Judith Godrèche, qui a aussi dénoncé le palmarès de cette année sur Instagram.
Face à ce manque de parité, « il serait temps de changer de fonctionnement, par des jurys tournants et paritaires, représentant une vraie diversité éditoriale », conseillent les signataires de la tribune.
« Nous sommes nombreuses, nous sommes lues, nous sommes appréciées, par un lectorat qui s’avère être majoritairement féminin », rappellent-elles. Et d’interroger : « Serait-ce cela qui fait si peur aux jurys littéraires ? »



