Politique

Cet autre point de la défense de Jordan Bardella est (encore) un mensonge

Les éléments de la défense jusqu’au-boutiste de Jordan Bardella dans l’affaire des écrits antisémites tombent les uns après les autres. Cette fois, le mensonge ne porte pas sur l’existence d’un compte Facebook ou sur d’autres éléments confondants mis en évidence par Mediapart, mais sur sa propre défense, consistant à mettre en cause le sérieux du travail du site d’investigation.

Rappel des faits. Le 28 septembre, Mediapart publie une bombe, en affirmant que celui qui est aujourd’hui président du Rassemblement national, et promis à Matignon en cas de victoire de Marine Le Pen en 2027, a tenu des propos antisémites dans plusieurs conversations sur l’application Messenger, via Facebook. Le soir même, l’eurodéputé s’invite sur le plateau de Pascal Praud, sur CNews, pour se défendre et tenter de jeter le discrédit sur l’enquête publiée quelques heures plus tôt.

Parmi les éléments qu’il met en avant pour dénigrer ce « torchon », Jordan Bardella dénonce des « incohérences de dates majeures » concernant son parcours militant. « Ils expliquent qu’entre 2012 et 2013, je militais physiquement pour le parti. C’est faux. J’ai pris ma carte à l’âge de 16 ans et pendant deux ans, je n’ai eu aucun contact avec les militants du parti. Il y a même des erreurs factuelles dans les dates », accuse-t-il. Or, ce qui est faux, c’est manifestement cette présentation des choses.

Trahi par un reportage et des mails

Ce mardi 13 octobre, le site Les Jours révèle que le jeune Jordan Bardella était bien actif au sein du Front national à cette époque, avant l’année 2014 donc. Comme pour les éléments biographiques ayant permis à Mediapart de l’épingler dans les conversations, Jordan Bardella est encore trahi par lui-même. Pour preuve notamment, un reportage réalisé par RFI en novembre 2013 et dans lequel il est cité dans le cadre d’une opération militante. « Je m’appelle Jordan, j’ai 18 ans. Je suis militant au Front national de Seine-Saint-Denis depuis un peu plus d’un an maintenant », se présente-t-il au micro de la radio.

Le site exhume également plusieurs mails de Jordan Bardella, attestant du fait qu’il prend part à des actions du FN. Certains indices de cette activité militante au sein du parti lepéniste demeurent en ligne. Dans la soirée du 25 septembre 2013, à 22h44 précisément, celui qui deviendra plus tard président du RN publie un tweet dans lequel il explique revenir « d’une conférence au Forum FNJ (Front National de la jeunesse, ndlr) par le normalien Romain Lasserre ». Pour rappel, le Forum était un lieu de réunion et de formation politique des jeunes militants du FN dans le Paris des années 2010, et où les thèses de l’antisémite Alain Soral étaient alors en vogue. Le tweet est toujours en ligne sur son compte officiel (voir ci-dessous).

Or, certains propos soraliens que lui prêtent Mediapart datent précisément de ce mois de septembre 2013. Des éléments qui contredisent ce qu’il a affirmé chez Pascal Praud, à savoir qu’il n’avait pas mené d’actions militantes « pendant deux ans » après son adhésion en février 2012. Ils attestent aussi qu’il était bien « un militant actif du FN » au moment des écrits antisémites comme l’a écrit Mediapart dès le premier volet de son enquête. En outre, si ce même Jordan Bardella a été nommé par le FN secrétaire départemental du 93 en 2014, c’est bien qu’il avait (a minima) des mois de militantisme au compteur.