Politique

Cette alerte dans les sondages qui devrait être prise au sérieux par Philippe (et Attal)

« Franchement, on s’en fout. » Devant les caméras de France Télévisions, Édouard Philippe joue la partition du candidat serein, aussi imperméable à la météo sondagière que confiant dans sa capacité à rassembler et à l’emporter en mai 2027. Mais en coulisses, les études d’opinion sont bel et bien scrutées avec attention, comme c’est le cas chez toutes les écuries présidentielles. Et celle publiée ce lundi 28 septembre par Toluna-Harris interactive pour RTL et M6 a effectivement de quoi provoquer quelques inquiétudes au sein du bloc central.

Et pour cause : Jean-Luc Mélenchon est qualifié au second tour dans tous les cas de figure, tandis que Marine Le Pen continue de dominer outrageusement le match du premier tour. Certes, les sondages ne sont rien d’autre qu’une photographie essayant de refléter, sans prétendre à une exactitude infaillible, les rapports de force à l’instant T. Et certes, la campagne présidentielle tient davantage du marathon que du sprint.

Il n’empêche : cette étude intervient après une précédente, laquelle faisait déjà apparaître un affaissement de l’offre Philippe, la plus robuste du « bloc central ». Dans un sondage réalisé par Cluster 17 pour Politico et publié vendredi 24 septembre, le maire du Havre se retrouve au coude-à-coude avec Jean-Luc Mélenchon, malgré le fort de taux de rejet que concentre le candidat de la France insoumise. Résultat : une qualification incertaine pour le second tour.

Un recul de l’ensemble du « bloc central »

Plus inquiétant pour Édouard Philippe, ce trou d’air ne s’explique pas par la seule présence de Gabriel Attal dans la course, conduisant de fait à un éclatement de l’électorat centriste. Car dans l’hypothèse d’un désistement du candidat Renaissance, le maire du Havre plafonne à 16 % dans la dernière étude Toluna-Harris interactive. Dit autrement : même sans Attal, Philippe n’est plus qualifié. Et il y a un autre signal délicat à prendre en compte. Dans un sondage similaire réalisé par le même institut le 14 septembre, les deux étaient mesurés plus haut, et dans toutes les hypothèses testées. Aujourd’hui, ils accusent jusqu’à trois points de moins selon les configurations.

À titre d’exemple, le maire du Havre était testé à 19 % dans un premier tour sans Gabriel Attal mais comprenant François Hollande. Quelques jours plus tard, il est mesuré à 16 % dans ce même scénario, sans que cette perte profite à l’ancien président socialiste, ou au candidat LR Bruno Retailleau. Ce qui fait craindre à certains une érosion pure et simple du socle sur lequel Édouard Philippe comptait s’appuyer. Soit, en langage politicien, l’installation d’une « dynamique » négative, synonyme de toboggan sondagier.

« Beaucoup trop tard »

Et ce n’est pas Gabriel Attal qui pourrait, à date, lui être d’une grande aide. L’ex-Premier ministre ne parvient ni à enrayer son recul, ni à imposer ses sujets dans le débat. Et ce, alors que sa stratégie de campagne, marquée notamment son opération des « 1000 bistrots » au succès tout relatif, ne produit pas d’élan autour de sa candidature. Ce qui fait craindre le pire aux héritiers du macronisme, dont certains ont du mal à cacher un début de panique.

« C’est désormais clair et net : le rassemblement de la droite et du centre – quel que soit le candidat – est devenu une question de survie. C’est le seul moyen de protéger la France des conséquences de l’affrontement identitaire que nous promettent l’extrême gauche et l’extrême droite », s’alarme sur X Charles Rodwell, député Renaissance des Yvelines. Ancien député macroniste, Jean-Baptiste Moreau appelle à accélérer le calendrier, alors que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon déroulent tranquillement leurs thèmes de prédilection, de l’interdiction du voile à la « congélation » d’une partie de la dette et progressent dans les sondages.

« On siffle la fin de la récré à quel moment ? Parce que janvier ce sera beaucoup, mais alors beaucoup trop tard. Gabriel Attal et Édouard Philippe pourront se retirer tous les deux simultanément car ils seront tous les deux aux fraises », redoute cet agriculteur de profession. Jean-Baptiste Moreau somme les deux candidats de « bosser sur une vision et des réformes structurelles communes » pour reprendre la main sur les débats qui font la campagne. À la décharge du maire du Havre, son plan initial a été percuté par l’irrésistible envie d’Emmanuel Macron d’alerter les Français sur les tensions internationales, reportant au 8 octobre l’émission L’Heure de Vérité, durant laquelle Édouard Philippe était censé faire le service après-vente de sa réforme des retraites.

S’érige alors une autre difficulté pour le juppéiste : reprendre la main en proposant un dispositif consistant à expliquer à une grande partie des électeurs qu’il faudra travailler plus longtemps. Pas facile. D’autant qu’il n’est pas certain que le maire du Havre saura bénéficier d’un hypothétique retrait du candidat LR, Bruno Retailleau, à son profit. Dans une vaste étude menée pour le think tank Terra Nova début septembre, l’institut Cluster 17 montrait que l’électorat cible de l’ex-ministre de l’Intérieur penchait davantage en faveur de Marine Le Pen (qui attire 4 électeurs sur 10 de la « droite libérale-conservatrice ») que du côté du candidat LR (3,5 électeurs sur 10 sur ce même segment).

De quoi relativiser l’ampleur de l’éventuel réservoir dont pourrait bénéficier Édouard Philippe en cas de retrait de Bruno Retailleau. S’il est bien évidemment trop tôt pour tirer des conclusions des signaux mesurés dans l’opinion, le candidat Horizons a tout intérêt à ne pas négliger leur lecture. Comme les mouvements de fond qu’ils peuvent suggérer.