Les mises en scène de Bally Bagayoko dans les manifestations lycéennes se font remarquer à l’international
À 53 ans, Bally Bagayoko a quitté depuis des décennies les bancs du lycée. Mais cela ne l’empêche pas d’être partout dans les manifestations lycéennes, au point de se faire remarquer par les médias internationaux. Alors que la réponse du gouvernement est jugée très insatisfaisante, le maire LFI de Saint-Denis a réussi à se faire une place dans le mouvement de protestation qui secoue les établissements depuis la mi-septembre.
Dès les premiers jours de la protestation lycéenne, Bally Bagayoko s’est rendu sur le terrain. Le 28 septembre, il se trouve ainsi à proximité du lycée Paul-Éluard situé sur sa commune lorsqu’un feu de poubelle est allumé devant le portail de l’établissement. Une courte vidéo le montrant penché sur le début de feu avant de s’approcher des lycéens qui l’acclament est reprise par Europe 1 et présentée à tort comme la preuve de sa participation aux dégradations. La droite et l’extrême droite s’en saisissent. L’édile insoumis dément et prouve en images qu’il a au contraire essayé de limiter l’incendie.
Quelques jours plus tard, le voilà qui s’interpose, bras tendus, entre des jeunes cagoulés et les forces de l’ordre, criant « Arrêtez ! Reculez ! Arrêtez de pousser ! ». Jeudi 8 octobre, alors que la manifestation parisienne statique se déroule dans le calme place de la Bastille, le maire est accueilli par des cris de joie. Les séquences où il apparaît sont tellement partagées sur les réseaux sociaux qu’elles arrivent jusqu’en Russie, où un influent conseiller du président russe, Kirill Dmitriev, décrit l’insoumis comme le « Robespierre de la Révolution française 2.0. »
Émoji cœur de TMZ
La presse américaine n’est pas en reste. Le 7 octobre, CNN lui consacre une vidéo où il revient sur son intervention face aux forces de l’ordre. Le lendemain, c’est le media social américain Pop Base et le tabloïd TMZ qui relaient une série de clichés issus de la même séquence : « Bally Bagayoko, le maire de Saint-Denis, se tient aux côtés et défend les étudiants qui réclament de meilleures conditions d’apprentissage », légende le site people sur X. Accompagné d’un émoji « cœur » qui dit tout de l’enthousiasme autour de sa personne. « De rien Bally t’es un bon wlh » (wallah, ndlr), a repris aussi Victor Wembanyama après que le maire de Saint-Denis a félicité le joueur NBA pour son engagement.
Le contraste avec la France est d’autant plus flagrant. Le 30 septembre, le préfet de police de Paris a ainsi saisi la justice contre le maire de Saint-Denis pour « des faits présumés de provocation à commettre un délit ». En cause : sa déclaration au micro de BFM où il a estimé que « la violence, à un moment donné, peut être légitime » – avant d’immédiatement nuancer en déclarant qu’« à chaque fois qu’on peut éviter (la violence), c’est mieux ». À droite et à l’extrême droite, où il est pris pour cible depuis son accession à la mairie, Bally Bagayoko est accusé de dévoyer sa fonction en s’affichant sur les blocages aux côtés des lycéens.
« C’est la place d’un élu »
Ce qu’il conteste. « C’est la place d’un élu », a-t-il affirmé sur franceinfo le 1er octobre, ajoutant que sa « responsabilité en tant qu’élu est d’apprécier l’ensemble quasiment de la population, les lycéens en font partie. » Le maire met en avant les risques de violences policières – une dizaine d’enquêtes ont été ouvertes sur des faits présumés – estimant que la présence d’un élu de la République contribue à apaiser les tensions. Et insiste sur le soutien à apporter aux revendications, alors que « le Premier ministre fait de la gesticulation verbale mais sans rien sortir en termes de proposition » déclare-t-il au lendemain de l’intervention de Sébastien Lecornu.
Alors que le mouvement de protestation est partie de la banlieue parisienne, et que la question des inégalités – qu’elles soient logistiques ou sur Parcoursup – sont au cœur des revendications, le maire de Saint-Denis sait qu’il a une carte à jouer, autant pour lui que pour son parti. Le discours insoumis résonne avec les revendications et la présence des élus mélenchonistes sur le terrain tranche avec l’absence de la plupart des autres partis.
Alors Bally Bagayoko multiplie les preuves d’engagement. Depuis le 28 septembre, pas un jour n’est passé sans une publication dédiée aux lycéens sur ses réseaux sociaux. Ici pour appuyer les revendications en citant un rapport parlementaire sur « l’établissement le moins bien doté de Paris mieux loti que le mieux doté du 93 », là pour fustiger l’attitude du gouvernement et « l’usage totalement disproportionné de la force » dont il dit avoir été « témoin »… Le maire de Saint-Denis va jusqu’à publier ses propres images capturées par ses équipes au plus près des manifestants. Le visuel est toujours soigné et montre toujours sous un angle avantageux la mobilisation. Ainsi que l’édile.



