Politique

Sous pression après sa rentrée compliquée, le RN fait feu de tout bois contre la presse

Retour aux sources. Malgré des sondages au beau fixe pour Marine Le Pen, le Rassemblement national traverse une période de troubles à six mois de l’élection présidentielle. Depuis les accusations d’antisémitisme portées à l’encontre de Jordan Bardella, le parti nationaliste accumule les séquences susceptibles de rappeler ses racines, son penchant autoritaire et in fine, sa singularité sur le spectre politique.

C’est encore le cas ces dernières heures, avec leur grand congrès de rentrée organisé à Orléans samedi 24 et dimanche 25 octobre. Un événement censé mettre en orbite la candidature de la fille de Jean-Marie Le Pen, mais perturbé, entre autres, par les conséquences de l’attentat raciste survenu quelques heures plus tôt à Trappes.

Les cadres ont effectivement dû composer avec la présence dans la ville de plusieurs milliers de manifestants réunis pour dénoncer le rôle de l’extrême droite et ses discours xénophobes dans la dégradation du climat social. Mais dans ce contexte, c’est dans la salle que les incidents sont survenus, avec l’implication de militants et du service d’ordre du parti. Le point commun de ces épisodes divers ? À chaque fois que les lepénistes sont mis en difficulté, ils redoublent d’attaques contre la presse. Un réflexe.

Du « costard en kevlar » aux violences

Ainsi, des journalistes de Mediapart ont été exfiltrés violemment par l’équipe de sécurité à plusieurs reprises, samedi, puis dimanche, alors qu’ils étaient pris pour cible par des spectateurs. Peut-être ceux-ci étaient-ils motivés par la campagne violente des élus du parti à l’égard du site d’investigations à l’origine des révélations des écrits antisémites de Jordan Bardella. Ces mêmes journalistes à qui Marine Le Pen avait conseillé en septembre dernier d’enfiler des « costards en kevlar », la matière des gilets par balles.

Le président du RN, lui, a en tout cas profité de ces incidents dimanche pour de nouveau cibler le média. Il a effectivement accusé un des reporters de Mediapart exfiltrés manu militari d’être « complice » (au même titre que d’autres journalistes de Politis) de l’action menée par des membres de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), lesquels ont tenté de perturber son discours en déployant une banderole rappelant les accusations d’antisémitisme dont il fait l’objet. Le tout, sans preuve.

Une sorte de montée en tension qui pousse une quarantaine de rédactions à signer une tribune commune ce mardi pour réclamer au RN de « pouvoir travailler librement » et que cesse cette logique d’intimidation. « Marine Le Pen a fait de ce congrès la rampe de lancement de sa campagne présidentielle. Il n’est pas acceptable que des journalistes soient ainsi exfiltrés et malmenés », écrivent notamment ces sociétés de journalistes, dont celles de BFMTV, LCI, Le Monde, Le Figaro, RMC ou encore France Télévisions.

Haro sur « Le Monde »

Ce message, de fait, peine à être entendu, en témoigne par exemple la diatribe publiée par Pierre-Romain Thionnet, un proche du président du RN, ce même jour, sur les réseaux sociaux. « En l’espace de 24 heures les journalistes français auront donc tenté de perturber un meeting (Mediapart, Politis), de présenter les coupables en victimes (L’Express), de fantasmer un geste nazi (LCP) », écrit ainsi l’eurodéputé enchaînant les contrevérités, avant d’ajouter : « et d’inventer des liens entre le terroriste de Trappes et le RN (Le Monde). »

C’est là, la dernière lame (en date) de cette offensive automnale des lepénistes contre la presse. Alors que l’extrême droite est au cœur des critiques depuis la fusillade, au motif raciste, à Trappes (un mort et cinq blessés), les dirigeants du Rassemblement national concentrent toutes leurs attaques sur le quotidien (qui appartient au même groupe que Le HuffPost), qui a publié une information lundi finalement démentie quelques heures plus tard.

Dans un premier temps, Le Monde avait affirmé, en citant une source anonyme proche de l’enquête, que des tracts du RN avaient été retrouvés dans la voiture du suspect avant de rectifier les choses quand le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, a indiqué que ce n’était pas le cas. Depuis, les huiles d’extrême droite enchaînent les flèches et le parti annonce poursuivre le média en diffamation, en l’accusant de « manœuvres », dans une volonté de discréditer le travail de la presse en général.

Relayée par les médias Bolloré, cette furia cache mal en réalité l’embarras des élus RN, contraints désormais de s’expliquer à chaque interview sur leurs déclarations promptes à faire des immigrés les principaux boucs émissaires de la société. Ou à stigmatiser, précisément, la ville de Trappes.