Ce qu’est le DPI-A, ce test illégal en France auquel Tondelier révèle avoir eu recours
Pour la journée mondiale de la fertilité, Marine Tondelier est revenue sur une étape particulière de son parcours de PMA : son recours au le diagnostic génétique préimplantatoire des aneuploïdies, ou plus simplement « DPI-A ».
Ce n’est pas la première fois que la dirigeante écologiste évoque le sujet, sur lequel elle s’était déjà confiée dans un épisode de podcast de la radio Ici dédié à l’infertilité et à la PMA, le 25 juin dernier. « À la fin de mon parcours PMA, j’ai eu recours à un examen interdit en France, peut-on lire sur son compte Instagram. Et si je prends la parole sur ce sujet aujourd’hui, c’est pour qu’il soit enfin autorisé. Qu’on évite aux femmes et aux couples les souffrances inutiles que j’ai, comme tant d’autres, subies. »
Pendant trois ans, elle explique avoir vécu un parcours de PMA « non-fructueux », ponctué de plusieurs fausses couches, sans que les médecins ne puissent expliquer pourquoi. « Tous les tests que j’avais faits correspondent à 20 % des causes possibles d’échec. Les 80 % restantes ? Elles proviennent des embryons. Mais en France, on n’a pas le droit d’investiguer dans cette direction. » C’est ainsi qu’elle confie avoir découvert le diagnostic génétique pré-implantatoire des aneuploïdies, ou DPI-A, un examen qui permet « d’identifier les anomalies chromosomiques des embryons à 5 jours d’évolution, avant congélation ».
Vérifier a priori que l’embryon est viable
Si elle découvrira plusieurs mois plus tard qu’elle est tombée enceinte de manière naturelle, ce qu’elle qualifie de grossesse « miraculeuse », Marine Tondelier a eu recours au DPI-A en Belgique dans un parcours de FIV, dont elle évoque le coût à « 10 000 euros au moins ». Cela a permis aux médecins de diagnostiquer que sur cinq embryons, deux étaient viables.
C’est bien là le but du DPI-A : savoir avant même le transfert d’un embryon dans l’utérus s’il est viable, et éviter une fécondation in vitro vouée à l’échec. L’analyse génétique, qui est réalisée en prélevant une ou quelques cellules sur les embryons, permet en effet d’identifier les anomalies du nombre de chromosomes. Celles-ci sont la principale cause d’échec d’implantation et sont responsables de près de la moitié des arrêts spontanés de grossesse précoces, rappelle l’Erege, dispositif public de réflexion sur les sujets bioéthiques dans la région Grand-Est.
En France, le DPI-A n’est pas tout à fait interdit, mais il l’était pour Marine Tondelier. À l’heure actuelle, le diagnostic préimplantatoire (DPI) est réservé aux couples présentant un risque élevé de transmission d’une maladie génétique grave et incurable à leur descendance, à l’image de la mucoviscidose ou de la drépanocytose par exemple. Ainsi, évidemment, que les anomalies chromosomiques structurelles portées par l’un des parents.
Un cadre différent en France et ailleurs
En revanche, dans la loi de bioéthique française, le diagnostic ne peut avoir d’autre but que la recherche de l’anomalie génétique préalablement identifiée. Il ne s’agit aucunement d’un dépistage génétique global comme avec le DPI-A. Il ne peut en outre être réalisé que dans cinq centres spécialisés (à Paris, Strasbourg, Montpellier, Nantes et Grenoble), et doit être approuvé par un médecin, sous la surveillance de l’Agence de la biomédecine.
Pour les opposants à la généralisation de cet examen, l’argument phare est qu’elle pourrait conduire à une forme d’eugénisme, notamment du fait d’une « sélection » des embryons aux dépens de ceux porteurs de la trisomie 21 par exemple. Certains, parmi les plus fervents détracteurs du test, font même valoir qu’à terme, des parents pourraient choisir la couleur des cheveux ou des yeux de leur futur enfant.
Ce qui serait aller largement au-delà du test tel qu’il est actuellement autorisé dans de nombreux pays, tels que le Royaume-Uni, le Canada, l’Espagne, les États-Unis ou la Hongrie. Des endroits où des conditions strictes encadrent l’examen, qui ne sert qu’à s’assurer que l’embryon soit viable et puisse devenir un enfant en bonne santé. Mais en allant, certes, au-delà de la pratique française avec un dépistage général des anomalies chromosomiques chez l’embryon. D’où le « DPI-A », plus large que le « DPI » français.
Reste qu’à l’heure actuelle, comme le rappelle cet article publié par The Conversation, les données scientifiques restent limitées au moment de prouver les bénéfices du DPI-A. Du fait de la méthode de sélection des quelques embryons parmi les ovocytes fécondés durant une FIV (fécondation in vitro), certaines études évoquent même une baisse du taux de naissance après un DPI-A, parce que certains embryons potentiellement viables ont été exclus du test. C’est sur cette base que les sociétés savantes ne recommandent pas l’utilisation systématique du DPI-A pour les personnes en parcours PMA.
Si Marine Tondelier s’est d’ores et déjà dite favorable, « dans un cadre bien défini », au diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies, des États généraux de la bioéthique se sont ouverts en début d’année, avec notamment ce thème à aborder. Le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) doit rendre un avis à l’automne sur les propositions citoyennes, avant un éventuel débat politique sur une révision de la loi bioéthique. Ce ne sera pas avant la fin du second quinquennat d’Emmanuel Macron.



