Et soudain, Paris est devenue l’Amérique : on était à la première de la NFL en France
Le temps d’un après-midi, Paris a été transportée de l’autre côté de l’Atlantique. Ce dimanche 25 octobre, pour la première fois, une rencontre de NFL s’est jouée en France. Pour le compte d’une rencontre officielle du prestigieux championnat de football américain, les Saint de New Orleans « accueillaient » les Steelers de Pittsburgh dans un Stade de France où pratiquement aucun des 80 000 sièges n’est resté vacant.
Un rendez-vous qui se voulait grandiose, exubérant, et qui visait à poser les bases d’une implantation de la NFL en France, marché où ce sport qui se joue essentiellement à la main peine encore à dépasser une audience confidentielle. L’avenir dira si cet après-midi (plutôt) ensoleillé aura été le début de quelque chose, mais en attendant, avec ses feux d’artifice, ses paillettes et un volume poussé au maximum, le cirque de la NFL a réussi son arrivée en ville.
Si la NFL prévoyait environ 70 % de Français dans le public ce dimanche, l’impression a plutôt été celle d’une grande célébration internationale. Et d’Américains débarqués massivement à Saint-Denis. Au sonomètre, lorsque les animateurs de la rencontre demandent aux spectateurs de se manifester en hurlant, les Étasuniens remportent d’ailleurs largement la manche face à des Français pourtant loin d’être timides. Et tant pis s’il n’y a pas de tailgate party, ces apéros dont raffolent les supporters aux États-Unis, où l’on installe le buffet et parfois même le barbecue à l’arrière de son pick-up sur le parking du stade.
La grande fête du football américain
Dans ce Stade de France qui a connu les Jeux olympiques, on retrouve le même public cosmopolite qu’en 2024. Aux abords du stade, les accents des différents États américains se font entendre largement, comme l’allemand et l’anglais du Royaume-Uni, les deux principaux marchés de la NFL sur le Vieux continent. L’ampleur de l’événement se ressent d’ailleurs jusque dans la tribune de presse, où les journalistes viennent d’Italie, d’Irlande ou d’Angleterre. Et bien sûr de l’autre rive de l’Atlantique, à l’image de l’ancien joueur Jason Kelce qui s’agite à son poste commentateur.
Dans les travées, on voit de tout. Un maillot des Minnesota Vikings, une casquette des Dolphins de Miami, une veste des Patriots de New England, un bonnet des Eagles de Philadelphie… Ce dimanche, ce n’est pas uniquement un match entre les Saints et les Steelers qui se joue, c’est le football américain qui est fêté à Paris. Et avec la manière.
Le « Cheer krewe » des Saints, avec ses pom-pom girls qui brandissent des panneaux « Plus fort ! » et ses danseurs survoltés, ne cesse pas un instant de haranguer la foule. Côté people, les apparitions de Paul Pogba, Antoine Dupont ou Teddy Riner ravissent le public français (pour qui il valait mieux connaître les règles, pratiquement jamais expliquées dans le stade à l’exception de rares messages sur les écrans géants). Et si une averse de bruine glacée oblige une troupe d’Américaines tout aux couleurs des Saints à enfiler en vitesse un poncho, un quinquagénaire en maillot XXXL des Steelers se réjouit quelques instants plus tard auprès de sa femme d’avoir enfin droit à une belle journée dans une excursion parisienne marquée par le passage de la tempête Austen.
« Terrible Towels » contre costumes bling-bling
Il peut aussi compter sur The Soul Rebels, un ensemble de cuivres venu de la Nouvelle-Orléans, pour mettre l’ambiance tout au long du match. Notamment avec un hymne américain sans paroles, juste interprété au son de leurs instruments, pour le plus grand plaisir du public, visiblement charmé. La France n’est pas en reste, avec une version beaucoup plus lyrique de La Marseillaise, tout aussi acclamée.
Dans les tribunes, où 78 488 personnes ont pris place, total final, c’est l’affrontement entre les « terrible towels » (des chiffons jaunes que les fans de Pittsburgh agitent pour encourager leurs joueurs ou impressionner l’adversaire, et qu’ils ont emportés jusqu’en haut de l’Everest et dans la Station spatiale internationale) et les accoutrements fous des supporters venus de Louisiane. Dans les rangs des fans des Saints, on ne compte plus les masques de carnaval extravagants, les vestes recouvertes de strass, les fausses chaînes en or démesurées ou les mitres bling-bling. En face, c’est le terrain qui parle, avec un vacarme impressionnant sur une action de classe entre Aaron Rodgers et DK Metcalf pour les Steelers, forcément récompensée par une nuée de serviettes jaunes.
Mais dans ce sport fait d’actions de jeu qui ne durent que quelques secondes séparées de longs temps morts, il faut occuper la foule. Et pour cela, comme lors des JO au même endroit, Johnny Hallyday est un atout qui paie toujours : balancé à fond dans les enceintes du stade, Allumer le feu déclenche la première ola de l’après-midi. Et comme elle est suivie par un exploit du quarterback des Saints, l’équipe qui évolue « à domicile » dans ce match, c’est toute l’arène qui rugit de bonheur.
Le seul temps plus faible de la journée aura peut-être été le concert de la mi-temps. Si la NFL avait promis un « mini Super Bowl » avec le show de la superstar Burna Boy, le public est resté sur sa faim. Trois chansons (avec quelques mots en français, on salue tout de même l’effort) et un spectacle plié en cinq minutes, le tout face à un stade qui s’était partiellement vidé pour remplir les buvettes et autres sanitaires pendant la pause.
Mais l’essentiel n’était pas là. Le public de connaisseurs – galvanisé en fin de rencontre par un Sweet Caroline scandé à l’unisson – a pu apprécier un match à l’américaine, avec ses innombrables coupures pub, ses éruptions de joie à chaque exploit sportif et un scénario à suspense (les Steelers ont fini par l’emporter 16 à 10). On peut douter que cet après-midi parisien ait permis à la NFL de conquérir les millions de cœurs français dont elle rêve, mais il aura à coup sûr offert un beau moment de football américain au Stade de France.



